Le tourisme : un enjeu décisif

La Redaction

2 months ago - Last update:

Jamais un secteur économique n’avait autant suscité d’intérêt. Depuis l’année dernière, lorsque le gouver- nement avait mesuré l’ampleur de l’impact de la Covid-19 sur le secteur du tourisme, aucun effort n’a été épargné pour sauver les emplois. Pour la simple raison que c’était quelque 100 000 emplois directs et indirects qui étaient en jeu. Mais aussi la pérennité d’un secteur historique qui dépend de trois ressources naturelles : la mer, la plage et le soleil. Pour le reste, il ne s’agit que d’une question d’investissement dans des hôtels de grands standings et leur entretien, la formation des ressources humaines, l’offre alimentaire et le marketing. Mais ce sont ces ressources naturelles qui sont à l’origine de ces postes, pas le contraire.

Aussi ne faut-il jamais perdre de vue que ces ressources naturelles ne resteront pas éternellement intactes et qu’elles sont soumises au changement climatique et à la pression humaine. Elles sont encore la vitrine de l’île Maurice, perçue comme un paradis pour touristes en mal d’exotisme. Certains observateurs dans le domaine du tourisme font valoir que c’est cette vision de Maurice qu’il faut surtout ‘vendre’ auprès de riches clients restés confinés durant plus d’une année et qui seraient à la recherche d’une certaine idée du paradis sur terre. Ce sont les mêmes voix qui sont partisanes de nos bases traditionnelles ‘sun, sand, sea’, qui ont fondé la réputation étoilée de notre secteur touristique et mettent en garde contre toute tentative de diversifier cette offre dans un contexte risqué, ou la concurrence, elle, mise sur ses valeurs sûres. Ont-elles raison ?

Clientèle asiatique

Dans un passé pas trop lointain, le secteur du tourisme avait tenté une timide ouverture vers la clientèle asiatique, en l’occurrence l’Inde et la Chine. À ce jour, personne ne sait s’il existe des études sérieuses entreprises en Inde et en Chine auprès des ‘touristes’ indiens et Chinois afin de sonder les souhaits de ce dernier. Or, selon certains opérateurs, cette tentative serait venue d’une illusion qu’on appelait alors les ‘Big Fat Indian Wedding’ censés rapporter en un mois l’équivalent de trois mois de recettes pour les organisateurs de ces mariages de riches familles indiennes. Selon leurs calculs, il suffirait d’une moyenne de quatre de ces mariages pour faire tourner un hôtel 3-4 étoiles. Mais, peu de temps après, on s’est rendu compte que ces évènements entrainaient plus d’inconvénients que de bénéfice.

‘Big Fat Wedding’

Selon des organisateurs à Maurice, le profil du touriste asiatique ne ressemble en rien à son ‘homologue’ européen qui, lui, aime l’exotisme, le bronzage, le soleil, la fête et n’hésite pas à dépenser en shopping. Si le milliardaire indien souhaite dépenser, il partira à Dubaï ou à Singapour dans les grands malls qui abritent des hôtels et restaurants de classe, pas dans le littoral nord de Maurice.

Pour se rendre compte des choix des Indiens, pour peu que ces derniers aiment le soleil, le sable et les palaces, il suffit de jeter un coup d’œil aux magazines indiens qui suivent à la trace les stars de Bollywood : ces derniers s’exhibent à Maldives ou aux Seychelles ou dans des hôtels de Dubaï ou de la Suisse. Ils prennent toujours soin de rester loin des gens qui leur ressemblent et vont rarement sous le soleil afin de ne pas perdre de leur blancheur. Soulignons qu’en Inde, le blanc est la couleur de référence.

Ainsi, le ‘Big Fat Wedding’ s’est révélé une illusion à laquelle les véritables spécialistes marketing n’ont vraiment jamais cru. Il faudrait également réfléchir aux facteurs qui ont conduisent les producteurs de Bollywood à s’éloigner de Maurice alors qu’une vingtaine d’années auparavant, des équipes de tournage indiens posaient leurs équipements à Maurice tous les mois pour tourner des séquences de chansons. C’est la raison qui devrait inciter nos experts en marketing dans le tourisme à réaliser des études pointues afin de cibler les clients potentiels avec un infime risque de se tromper.

Produit culturel

Notre pays tout entier doit être vendu comme un produit culturel, soutenu par une économie stable et un environnement sain et sécurisé. Mais, pour y arriver et afin de faire face à la concurrence, le prix à payer est la promulgation de législations contraignantes afin de décourager les actes criminels de tous genres, de la petite délinquance à la violence sur les femmes et les seniors, en passant par la dégradation de l’environnement. Privés, de grands espaces, sans buildings commerciaux gigantesques, l’île Maurice n’a que ses atouts naturels du littoral à offrir ainsi que son accueil et sa richesse pluriculturelle. Pour reconquérir une clientèle fidélisée grâce à ces offres, faut-il encore les préserver ? Dans l’immédiat, personne ne connaît les attentes de la clientèle touristique frappée à son portemonnaie par une récession mondiale inédite. Nos concurrents dans la région ont déjà rouvert leurs frontières et affirment attendre des dizaines de milliers de touristes sur leurs territoires respectifs. Avons-nous des certitudes quant au retour de « nos » touristes ? Au sein de la communauté des opérateurs touristiques, chacun y va de ses pronostics, certains affichant un optimisme à tout crin tandis que d’autres préfèrent attendre la vérité des arrivées pour en avoir le cœur net. Attendons encore quelques mois pour voir l’hirondelle…