Relance économique : comment y intégrer le développement durable

La Redaction

1 month ago - Last update:

L’année dernière, durant le premier confinement, la vue de rues sans papiers avait agréablement surpris les Mauriciens. Au sortir du confinement, il aura suffi de quelques mois pour que le papier recommence à envahir ces mêmes rues. Au même moment, les Mauriciens avaient retrouvé les mauvaises habitudes consistant à balancer leurs ordures dans des terrains abandonnés, sans se sentir le moindrement inquiéter. Car les collectivités régionales restent toujours sans réaction face aux propriétaires de ces terrains, en dépit de lois qui leur permettent de les sanctionner.

Il y a tout de même quelques sociétés, faisant partie des grands conglomérats de Maurice, qui ont déjà commencé à mettre en œuvre des pratiques consistant à éduquer leurs clients au respect de l’environnement. Au nom de l’économie circulaire, notamment, il y a la revalorisation de déchets récupérés dans certaines grandes surfaces, mais le gouvernement lui-même n’a pas encore proposé des stratégies à long terme en vue de réduire, entre autres, la consommation d’électricité dans les immeubles qui abritent ses services. Dans leur grande majorité, les autres sociétés n’encouragent pas les économies d’énergie ni ne promeuvent l’économie circulaire. Il n’est pas exagéré d’affirmer que les Mauriciens sont généralement insensibles à la protection de l’environnement. Et pourtant, ce devrait être un paradoxe, compte tenu du taux d’alphabétisation dans notre pays !

Indifférence

À quoi devons-nous une telle indifférence à l’égard de l’environnement ? À la classe politique et à notre système éducatif. À l›exception de l’organisation les Verts/fraternels et le mouvement Rezistans ek Alternativ, aucun parti politique n’a fait de l’écologie un idéal fort de son projet de société. Souvent, la classe politique se contente de faire référence à l’Environnemental impact Assessment (EIA), pour s’en dédouaner, alors qu’il faudrait sérieusement dépoussiérer cette loi pour l’adapter aux nouvelles normes internationales. Quant aux maires et présidents du Conseils de Districts, lorsqu’ils n’ont aucune idée ou sont carrément insensibles à la problématique de l’environnement, ils se contentent de répondre que les moyens leur manquent pour embellir leurs localités. Quant à notre système éducatif, l’absence même d’une filière écologie et environnement dans le cursus illustre le peu d’intérêt que le ministère de l’éducation accorde à l’écologie.

Logements sociaux

Il suffit de jeter un œil aux logements sociaux construits durant ces dix dernières années pour se rendre compte de l’indifférence des ministres de l’Environnement successifs à l’enjeu environnemental. Aucune unité construite à ce jour ne répond aux normes destinées à recueillir les eaux pluviales ou à exploiter l’énergie solaire. Les espaces eux-mêmes, de même que les matériaux de construction, les ouvertures et les vitres des fenêtres ne sont guère ‘eco-friendly’, c’est-à-dire destinés à réaliser des économies individuelles et à réduire la pression sur la CWA et le CEB. C’est vrai que de telles aménités ont un prix, qui se serait répercuté sur le prix de ces unités, les rendant ainsi inaccessibles aux classes sociales auxquelles elles sont destinées. Mais une chose est sure : dans 20 ans, ces logements sociaux deviendront anachroniques dans la même proposition que sont devenues les unités ‘Longtill’, construites avant l’Indépendance, les cités ouvrières ou encore les appartements de la NHDC.

Urgence de l’urbanisation

Ce phénomène, somme toute logique n’est pas nouveau. Il s’est déjà produit dans les pays industrialisés lorsqu’il avait fallu répondre à l’urgence de l’urbanisation, face à une démographie galopante dans les villes et la nécessité d’offrir des habitations à une main-d’œuvre naissante et employée dans les usines édifiées à la lisière des grandes villes. Aujourd’hui, les collectivités locales et les gouvernements se retrouvent avec ces cités anachroniques sur les bras, avec leurs problématiques sociales et cultures, sans oublier les inégalités qu’elles génèrent, en comparaison avec d’autres endroits. Les mêmes causes produisant les mêmes effets, nous avons vu apparaitre ces mêmes enjeux dans certains endroits devenus des ghettos à Maurice. Nous savons que l’indisponibilité de terrains à construire a toujours été une contrainte à laquelle se sont heurtés les différents ministres au poste du logement, des collectivités locales ou aux Terres.

Violences urbaines

A cet enjeu répond aussi de manière récurrente la pression des demandeurs d’un logement. Ceux qui possèdent la majorité des terres à Maurice doivent comprendre que le développement de leurs business ne pourra continuer dans le déni de l’enjeu du logement. Un jour ou l’autre, eux et le gouvernement pourraient se faire rattraper par des violences urbaines, si d’aventure des violences urbaines venaient à naitre de ces endroits exclus de développement et dépourvus des aménités d’inclusion sociale, éducative et culturelle.

La conception de tout immeuble aujourd’hui et sa construction, au moment où il s’agit de répondre à l’urgence sanitaire et économique, doit inclure la dimension environnementale. Celle-ci correspond à une double exigence : d’abord réduire l’empreinte ‘humaine’ puis permettre à l’édification d’un cadre de vie propice à l’épanouissement de tout individu. Mais le choix écologique fait aussi partie de l’offre touristique en ce qu’il permet d’envisager la relance du secteur touristique sur des nouvelles bases. Nous savons que les grands groupes touristiques de l’ile ont à cœur l’intégration écologique dans leurs stratégies puisqu’il s’agit de pérenniser des offres liées à la nature, dont la mer, les plages et l’environnement naturel de l’ile. Mais ce souci doit être partie intégrante d’un projet national dans toutes les activités économiques.