July 2, 2022
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Opinion

Cruelle injustice !

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La mort au terme d’une longue suffocation volontaire de 9 minutes de George Floyd, par un policier blanc, sous les yeux peu perturbés de ses collègues, est l’émanation d’une cruelle injustice, qui pérenne depuis la nuit des temps. Soudainement, nous nous demandons si nous vivions au 21ème siècle ou à une époque obscurantiste révolue; si ce drame se passe vraiment aux États-Unis, l’une des plus grandes démocratie au monde, ou sur une autre planète, où selon votre épiderme, vous êtes réduit à moins que rien. Comment ces flics de Minneapolis ont-ils pu affirmer que George Floyd résistait à son arrestation, alors que la vidéo d’un magasin montrait le contraire.

Comment le flic genou au cou de Floyd n’était pas un stéréotype du personnage rustre, enragé, mais un agent assermenté qui avait l’air calme, habilité mais ô combien impitoyable : la banalité du mal incarné. Soudainement, vous vous souvenez des deux justiciers blancs accusés d’avoir assassiné Ahmaud Arbery ; alors qu’il faisait son jogging dans le quartier des premiers nommés en février, et comment, sans cette vidéo qui a été lancée sur la toile, il y a quelques semaines, ils s’en seraient sortis. On se demande si tous les noirs ne devraient pas porter des caméras de surveillance, et non les flics. Que ressentez-vous lorsque vous voyez des manifestants noirs en colère s’amasser devant les postes de police en levant le poing ? Si vous êtes blanc, vous vous dites peut-être : « Ils ne sont certainement pas en train de respecter la distanciation sociale, liée au Covid-19 ou carrément ils se distancent de la société ». Puis vous remarquez les visages noirs qui pillent et vous pensez, « Eh bien, cela ne fait que nuire à leur cause ».

Puis vous voyez le poste de police en feu et vous remuez un doigt en disant : « C’est mettre la cause à l’envers. » Vous n’avez pas tort, mais vous n’avez pas raison non plus. La communauté noire est habituée au racisme institutionnel, inhérent à l’édu- cation, au système judiciaire et à l’emploi. Et même si là-bas, tout est fait pour sensibiliser le public et les politiques, les noirs sont toujours considérés comme des pestiférés. Le COVID-19 a exacerbé les conséquences de tout cela, car les noirs meurent à un rythme nettement plus élevé que les blancs; ils sont les premiers à perdre leur emploi et on assiste impuissant aux tentatives des Républicains pour empêcher bon nombre de noirs de voter. Au moment où le racisme institutionnel est mis à nu, on a l’impression que la saison de la chasse est ouverte, avec comme cible les Noirs. S’il y avait un doute, les récents « tweets » du président Trump confirment l’esprit du temps national, puisqu’il appelle les manifestants des « voyous » et les pilleurs de gibier à abattre. Oui, les manifestations servent souvent de prétexte à certains pour en tirer profit, tout comme lorsque des supporters qui célèbrent un championnat d’équipe sportive de leur ville natale, en brûlant des voitures et détruisant des vitrines. Personne ne veut pas voir des magasins pillés ou même des bâtiments brûler.

Mais les Afro-Américains vivent dans un immeuble en feu depuis de nombreuses années, s’étouffant avec la fumée nationaliste alors que les flammes brûlent de plus en plus près les bases même d’une Amériques rongée par le racisme. Sans parler du fait que Donald Trump ne se prive pas pour souffler sur les braises du racisme. Le racisme en Amérique est comme de la poussière dans l’air. Il semble invisible – même si vous vous étouffez avec – jusqu’à ce que vous laissiez entrer le soleil. Ensuite, vous voyez qu’il est partout. Mais le soleil ne pénètre pas chaque jour chez les noirs, qui n’arrivent pas à nettoyer partout où la poussière se pose. Cette poussière est toujours dans l’air. Donc, peut-être que la principale préoccupation de la communauté noire en ce moment n’est pas de savoir si les manifestants se tiennent à un mètre ou deux de distance ou si quelques âmes désespérées volent des T-shirts ou même mettent le feu à un poste de police, mais plutôt si leurs fils, maris, frères et pères seront assassinés par des flics ou des aspirants flics juste pour avoir fait une promenade, un jogging, une promenade en voiture. Ou si être noir signifie s’abriter chez soi pour le reste de sa vie parce que le virus du racisme qui infecte le pays est plus mortel que le COVID-19. Ce qu’il faut voir quand on voit des manifestants noirs à l’ère de Trump et du coronavirus, ce sont des gens poussés à bout, non pas parce qu’ils veulent que les bars et les salons de manucure ouvrent, mais parce qu’ils veulent vivre. Pour respirer. Le pire, c’est qu’on attend des noirs qu’ils justifient leur comportement, à chaque fois que le chaudron déborde. Et aujourd’hui, malgré les discours passionnés de dirigeants bien intentionnés, blancs et noirs, on veut faire taire la voix des noirs, voler leur souffle. Cette ruée vers les jugements doit faire place à une ruée vers la justice.

Tout ce que nous pouvons, c’est souhaiter que cette fois ce barbarisme policier devienne le déclic pour renverser définitivement le cours scandaleux, terriblement injuste des choses. Il convient à nous Mauriciens, d’en tirer des leçons. Cela n’arrive pas qu’aux autres. Chez nous aussi, il y a des signes qui ne trompent pas et qui couvent des conditions de vie et des situations extrêmes, intenables impossibles, voire infernales : les violences policières, la politique inadéquate de logement, le recrutement inégal dans la Fonction Publique, l’abandon quasi-totale du combat contre la pauvreté aux seules organisations non-gouvernementales (içi nous faisons référence à SMP, la seule à avoir mis en place une structure de distribution d’envergure nationale; alors que les autres opèrent par localités ou régions), la corruption gangrénée.

Que vous soyez un parent ou un étudiant, issu de ces composantes défavorisées, sachez que l’attente [en vain], la dépendance sont votre pire ennemi. Les yeux, l’esprit et l’énergie doivent être focalisées sur un élément vital, déterminant : l’éducation. Cette éducation ne devra plus rester un luxe, un privilège. Elle doit s’inscrire dans un cadre naturel, démocratisé.

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