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En ce début de 2022, à 36 mois ou presque des prochaines législatives, la marmite politique de l’opposition est en ébullition. C’est cette semaine que sont annoncés des changements majeurs pour faire revivre l’entente entre les partis de la minorité parlementaire et extra-parlementaire. On se souviendra qu’une plateforme des opposants au régime dirigé par Pravind Jugnauth avait été constituée quand Arvin Boolell était le leader de l’opposition. Elle sera toutefois scindée et reconstituée sans le Parti travailliste avec Xavier Duval succédant au député travailliste de Belle-Rose/Quatre-Bornes.

La vérité est que sans un dirigeant hindou fort et charismatique au sein de ce regroupement, on ne vendait pas chère sa chance de déboulonner le leader du MSM comme Premier ministre. Roshi Bhadain ne faisant pas le poids malgré son ambition personnelle et démesurée, Paul Bérenger, principal animateur de la famille de l’Espoir, a cru avoir eu la main heureuse avec la démission de Nando Bodha comme ministre des Affaires étrangères. Le profil de l’ex-secrétaire général du parti Soleil satisfaisait ses calculs de communalisme scientifique, mais seulement voilà qu’en régions rurales, il n’accrochait pas. Il lui a même été proposé de quitter VacoasFloréal (No.16) pour Montagne Blanche-GRSE (N0.10) et il devait d’ailleurs annoncer sur une radio privée qu’il changerait de circonscription. Là aussi, le décollage de ce nouveau premier-ministrable tardait…

Tout compte fait, il n’y a pas cinq ou six principaux challengers de Pravind Jugnauth selon le nombre de leaders qui constitueront la nouvelle Entente de l’opposition. Valeur du jour, seul Navin Ramgoolam dispose de cet atout pour contester le poste suprême s’il décidera d’allier le Parti travailliste avec le MMM, le PMSD, le Reform Party et le Ralliement Mauricien. Ce front uni des opposants dans une lutte à deux est donné vainqueur aux élections générales de 2024 par certains observateurs. D’autres penchent en faveur de l’actuel Premier ministre parce qu’il n’a pas encore dévoilé sa stratégie pour rester au pouvoir car dans trois ans tout est possible si « a week is a long time in politics » comme l’avait dit le Premier ministre britannique Harold Wilson. Le seul hic pour le chef incontesté des rouges est sa santé fragile et instable. Après son infection à la Covid-19 et un transfert en quatrième vitesse dans un avion-ambulance à destination de New Delhi en septembre dernier, l’ancien chef du gouvernement a terminé l’année écoulée à la clinique en raison d’une crise cardiaque. Après cette angiographie qui s’est heureusement bien passée, il a dû soigner une infection pulmonaire suivant la pose de deux ‘stents’. Même si l’on confie que son retour sur l’échiquier est incessant, reste qu’à 75 ans, il n’a plus la même forme de sa première législature en raison de ses récents ennuis de santé.

Parallèlement au problème que pose son état de santé, le Dr Ramgoolam jouit d’une confiance et d’une solidarité tous azimuts de sa troupe, qu’importe les préférences ou ambitions des uns et des autres. Aujourd’hui, son leadership n’est plus remis en question et sa convalescence ne pousse personne à prendre les devants sans qu’il n’ait donné son aval. Tous les parlementaires travaillistes parlent le même langage que leur gourou politique. Ils orientent leur discours comme il veut l’entendre. Étant le seul maître à bord, c’est lui qui dictera les prochains ‘moves’ du Labour, lesquels rejoignent enfin la volonté des principaux animateurs de la plateforme de l’Espoir. Tous comptent sur son expérience et sa maturité pour faire partir le gouvernement et donner un nouveau souffle au pays sur plusieurs plans, dont celui de l’économie.

Pas plus tard que samedi dernier, Paul Bérenger déclarait que « nou pensé ki l’opposition bizin vine ene sel pou fer eleksion zeneral vini ek fer sa gouvernman-la allé pou sov sa péi là. » Selon lui, ce n’est pas important de savoir qui assumera le poste de leader de l’opposition, ou encore qui sera le président du Public Accounts Committee (PAC). C’est le sort du pays et la survie de la démocratie qui l’intéressent. « Mé selma, bizin kozé, bizin diskité car il y a des considérations comme l’état de santé du Dr Navin Ramgoolam. Nous souhaitons que l’opposition s’unisse pour sauver le pays », a déclaré le leader du MMM lors de la conférence de presse de la plateforme de l’Espoir. Xavier-Luc Duval, leader de l’opposition et du PMSD, a affirmé, pour sa part, que « nous sommes à la disposition du Parti travailliste (Ptr) afin d’entamer des discussions portant sur la prochaine rentrée parlementaire. Le but est d’avoir une plus grande unité au sein de l’opposition ».

Arvin Boolell, soutenu par Shakeel Mohamed, Patrick Assirvaden, Osman Mahomed et Eshan Juman, entre autres élus rouges, poursuit sa croisade contre la majorité gouvernementale. Son tête-à-tête avec Xavier Duval ce lundi s’inscrit dans une logique de nouvelle configuration de l’opposition à l’Assemblée nationale. Bérenger parle d’un accord complet, le leader du PMSD a jeté les bases de cette réunification et en attendant que Navin Ramgoolam retrouve tous ses moyens physiques et sa force de frappe, les interviews de presse se succèdent pour confirmer que tous les rouges se rallieront derrière leur leader. Boolell est-il allé vite en besogne en déclarant que toute alliance avec le MSM se fera sur son cadavre ? En retrouvant son poste de leader de l’opposition, il se posera comme le candidat capable de remplacer Pravind Jugnauth comme Premier ministre devant toute défaillance de Ramgoolam. C’est pourquoi il affûte ses armes avec des déclarations fortes et sans équivoque.

Ritesh Ramful, le premier député de Mahébourg-Plaine Magnien et gendre de Kailash Purryag, faut-il ne pas l’oublier quand il s’agit de peser le poids de ses interventions, disait, hier dans la presse dominicale, que « les Mauriciens ont tendance à se fier au leadership quand ils vont voter. C’est pourquoi le plus important dans une alliance, c’est d’avoir un leader expérimenté qui aura la poigne pour prendre les décisions. Pas ce leader que nous avons, ce PM qui doit se soumettre aux pressions de Lakwizine et des groupes socioculturels. Pa kumsa ki roule ène péi. » Il est d’avis que pour sauver le pays, il faut aller aux élections en alliance avec tous les partis de l’opposition. « La bonne formule, c’est qu’il faut que le PTr soit la locomotive et qu’on tombe d’accord sur un projet de société. »

Pour Ritesh Ramful toutefois, « il ne faudra pas faire les mêmes erreurs du passé. Nous ne faisons plus face à cette population d’avant. Les jeunes sont éduqués. À travers les réseaux sociaux, la population est bien informée et elle veut voir du renouveau, une autre façon de faire la politique. Il faut un leadership renouvelé et dynamique. Et aussi un changement en termes d’image. » L’élu rouge du No.12 sait de quoi il parle et il est l’un des favoris pour succéder un jour à Ramgoolam. Ce dernier souhaite un dernier mandat à la tête du pays avant de passer le témoin. L’actualité politique en 2022 tournera autour de Navin Ramgoolam. Il sera le joker. Il sera le leader le plus courtisé une fois établi. Son poids dans la balance d’une alliance électorale vaudra son pesant d’or. Attendons voir.

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