July 13, 2024
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Opinion

Atteindre la sécurité alimentaire mythe ou réalité ?

La question figurant dans le titre de cet article mérite d’être posée. Non pas pour les besoins de la discussion mais parce qu’on en parle depuis des années sans parvenir à cette sécurité alimentaire si indispensable pour la population mais aussi pour le pays et son économie. On a souvent argué dans le passé que l’exiguïté de notre territoire ne permettait pas de réaliser de réelles avancées dans ce domaine.

La réalité c’est que très peu a été fait pour faire bouger les choses. La taille du pays ne saurait justifier l’absence d’une véritable politique de sécurité alimentaire car Madagascar ainsi que certains pays africains ont mis d’immenses zones agricoles à la disposition de Maurice sans que nos opérateurs économiques en prennent vraiment avantage. On évoquait même l’idée que Maurice contribue à faire de Madagascar le grenier de l’océan Indien mais en vain.

Les choses sont désormais appelés à changer avec les nombreuses mesures proposées par le ministre des Finances dans son dernier budget. En fait, la vision du gouvernement en la matière est tout autre car il s’agit cette fois d’accélérer la transition vers un modèle de développement plus durable et plus inclusif. Du coup, les métiers de planteur, d’agriculteur, de pêcheur et d’apiculteur sont revalorisés.

Ce que propose le ministre des Finances c’est une rupture avec un modèle de développement économique basé uniquement sur le tourisme, l’industrialisation, et les services financiers. C’est ce qu’attendait la communauté des affaires qui réclamait que le budget adresse à la fois les priorités du court et du long terme.

Des mesures incitatives attrayantes

C’est désormais chose faite car un des axes du budget met l’accent sur la consolidation de l’agro-industrie avec une série de mesures incitatives dont la plus remarquable est sans doute les congés fiscaux (tax holidays) de huit ans pour encourager les planteurs à s’engager dans des pratiques innovantes, un peu comme on l’avait fait dans le passé pour la zone franche. A cela s’ajoute la subvention de 50% jusqu’à concurrence de Rs 500 000 aux planteurs pour l’achat d’une première ferme abritée pour la culture hydroponique, une mesure incitative qui sera étendue pour l’achat d’une seconde ferme abritée. Le Crop Replantation Fund mis en place par la Banque de Développement, afin de permettre aux planteurs de reprendre les 2 terrains agricoles laissés à l’abandon et de les remettre sous culture, devrait contribuer à augmenter la production de cultures vivrières. Le soutien aux planteurs prend aussi la forme d’une subvention variant de 50% à 75% pour l’achat de semences d’oignions, de pomme de terre et de haricots vendus par l’Agricultural Marketing Board.

Pour ce qui est de l’élevage, Un Zero Budget Natural Farming Scheme de Rs 100 000 est mis en place à l’intention des sociétés de coopératives pour l’achat de vaches et la construction d’étables alors qu’une subvention de Rs 15 000 sera accordée aux éleveurs pour l’achat de veaux de moins d’une année. La Banque de Développement investira pour sa part Rs 200 millions dans la création de cinq zones dédiées à l’élevage. Il s’agit là de mesures phares qui viendront s’ajouter à d’autres facilités accordées aux éleveurs de porcs, de cabris et de moutons.

Relance de la pêche

La pêche, jusqu’ici considérée comme le parent pauvre du développement, retrouvera ses lettres de noblesse grâce à des mesures jamais imaginées auparavant avec, tout d’abord, a création de six barachois pour la production de crabes, de crevettes et pour la culture d’huîtres perlières. Une somme de Rs 35 millions sera allouée pour une évaluation des stocks sur le banc de Saya de Malha afin d’identifier les espèces de petits poissons pour la consommation locale. Les coopératives de pêche voient leur subvention passer de Rs 4 millions à Rs 6 millions pour l’achat de chalutiers semi industriels. De plus, Rs 10 millions seront consacrés à la construction d’une écloserie supplémentaire au centres de recherches d’Albion afin d’augmenter la production d’alevins de 100 000 unités. Quand on sait que deux tiers du poisson consommé à Maurice est importé on ne peut que s’en réjouir. Même les apiculteurs n’ont pas été oubliés dans le budget.

Le secteur privé, plus particulièrement la Chambre d’Agriculture, qui appelait de tous ses vœux un tel changement de politique, agricole depuis les années 80, se félicite d’avoir été enfin entendue et promet de consacrer toutes ses ressources à la réalisation d’un programme aussi ambitieux, Croisons donc les doigts et espérons que des conditions climatiques défavorables ne viennent pas perturber ce bel élan qui se dessine.

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