January 27, 2023
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Opinion

« Enn zour dan enn pei »

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Il faut toujours s’étonner quand nos politiciens disent une chose. Car, ils pensent toujours le contraire intérieurement. Ainsi, Pravind Jugnauth souhaite « qu’un jour » l’île ait une femme Premier ministre. Difficile d’abonder dans son sens, surtout quand on sait que tous les partis politiques sont dirigés par des hommes. Et les « ailes féminines » ne sont que pour la galerie. Car, leurs membres ne peuvent opérer sans l’aval du leader. Et tout au plus, un 8 Mars, quand il s’agit de parler des « droits » de la femme.

Car, dans cette île machiste, où une femme vient encore de trouver la mort, cette foisci poignardée par son concubin dans l’autobus où elle travaillait, la femme ne peut vraiment pas aspirer à de plus hautes fonctions. Même si, comme l’a rappelé le Premier ministre, il y a eu une présidente de la république. Mais nous sommes toujours bons derniers sur la liste des pays de la SADEC, du fait que la femme n’a pas un rôle prépondérant en politique.

Et s’il y a eu une femme présidente de conseil de district, n’est-ce pas Véronique Leu-Govind, Pravind Jugnauth ayant sûrement oublié son nom du fait qu’elle est du PMSD, on peut compter sur les doigts d’une main les femmes qui ont pu jouer les premiers rôles dans le pays. Le jour où une femme dirigera le MSM, on prendra le vœu de Pravind Jugnauth pour du concret. Mais là encore, cela attendra. Car, si Louis Aragon soutenait que la femme est l’avenir de l’homme, nous postulons qu’elle est carrément l’avenir du pays !

En Afrique, continent dont nous faisons d’ailleurs partie, la femme est partie prenante de toutes les décisions prises par l’homme. Que ce soient à la maison, ou dans les officines présidentielles. Bien entendu, elles n’ont pas toujours joué les bons rôles, à l’instar de la compagne de Robert Mugabe, ou d’Isabel Dos Santos, la fille du président déchu d’Angola, accusée de malversation, corruption et crimes de col blanc. Mais il ne faut aussi pas céder aux clichés. D’autres femmes, Winnie Mandela par exemple, ont bien aidé à faire avancer leurs pays.

Mais le préjugé contre la femme est encore tellement tenace à Maurice qu’on a peine à croire dans les paroles de Pravind Jugnauth. D’ailleurs, il a bien dit « un jour ».Et cela ne signifie aucunement en 2024, mais bien dans un avenir très lointain ! D’ailleurs, il suffit de regarder du côté du MMM pour comprendre à quel point il est très difficile pour une femme de se faire accepter dans un parti. Joanna Bérenger a même dû donner un long entretien dans un hebdomadaire pour préciser qu’elle n’aspire pas à diriger son parti. Et pourquoi donc ? Parce qu’elle est la fille de son père et qu’il n’y a pas de « dynastie » au MMM.

Et donc, elle doit s’effacer. Tout comme se sont effacées les Sheila Bappoo, Stéphanie Anquetil, Shirin Aumeeruddy-Cziffra(on ne peut aller pas plus haut que ministre), Arianne Navarre-Marie, Françoise Labelle, Sandra Mayotte, Joceline Minerve, et tant d’autres. Toutes bloquées dans des cases spécifiquement réservées à elles. Et si elles montent en grade, ce sera par la seule volonté du leader. Pas pour leurs propres compétences !

Alors, une femme Premier ministre ? On le souhaite de tout cœur. Mais on sait bien que ce ne sera pas pour demain la veille. Car, la femme est toujours tenue pour quantité négligeable ici. Qu’on se rappelle de l’article fait par un quotidien du matin, quand une femme prit enfin la barre dans une banque privée du pays. C’était tellement rare que le journal en parlait comme d’un exploit. Alors que ç’aurait dû être chose normale.

Le jour où les leaders inamovibles laisseront volontairement leurs places à des femmes, à ce moment-là nous prendrons Pravind Jugnauth au sérieux. Pour l’heure, on ne peut que souhaiter qu’il ne bluffait pas, et veut vraiment bousculer les conventions et les traditions. En osant rêver qu’une femme puisse « un jour » diriger ce pays. Peut-être alors, cessera-t-on de parler de notre île comme d’une « wife-beating society ».Mais vraiment d’un pays où la femme puisse être pensée comme étant apte à montrer la voie aux hommes. Non seulement au sein de la cellule familiale. Mais aux plus hauts échelons du pays.

Pour l’heure, Pravind Jugnauth doit être « taken to task ».A ses prochaines sorties, il faudrait lui demander quand voit-il ce « un jour » quand il a parlé d’une femme à la tête du pays !

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