August 14, 2022
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Opinion

JEAN-MICHEL GIRAUD : Le loup devenu agneau

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Le président du Mauritius Turf Club (MTC), élu le 5 mars dernier, et annoncé comme le Zorro du Champ de Mars, s’est fait tout petit ces dernières semaines. Ce n’est pas que l’envie lui manque de faire ses diatribes, mais il a reçu des précieux conseils de se la fermer, après son passage catastrophique sur les ondes d’une radio, qui lui a valu une convocation aux Casernes Centrales mercredi dernier, suite à une déposition de bookmakers qui l’accusent de diffamation.

En un mois, son assurance et son arrogance affichées après sa nomination comme le patron du MTC se sont volatilisées. Son entourage immédiat a compris qu’il n’aide pas les bonnes relations entre les différents partenaires de l’industrie à chaque fois qu’il l’ouvre.

Giraud avait d’abord choisi de défier la loi du pays, insistant sur les prérogatives de son club bicentenaire. Une attitude d’une autre époque qui a froissé le régulateur – la Gambling Regulatory Authority – aussi bien que le gouvernement du jour. Même s’il est écrit noir sur blanc dans la GRA Act que cette autorité peut réguler et contrôler les courses hippiques, Giraud ne voulait pas des directives. Pourtant, ces ‘guidelines’ ont été finalisés après de nombreux correspondances entre le MTC et la GRA, et même des avis de techniciens du Champ de Mars. Mal conseillé ou alors pas au courant de ces faits, le président du MTC a voulu s’attaquer à la GRA, ce qui aurait fait de lui et de son club des hors-la-loi. Heureusement que le bon sens a prévalu, et même si Giraud avait hurlé que le MTC ne publiera pas les directives pour la saison 2021 sur son site, cela a été fait, soi-disant ‘under protest’. C’était seulement pour ne pas perdre la face.

Pour démontrer que Jean-Michel Giraud ne maîtrise pas son dossier (ou qu’il se laisse influencer par des conseillers ignorants en la matière), il est venu dire à la radio qu’une compagnie de paris n’est pas reliée au serveur de la Mauritius Revenue Authority. Une ineptie ! Heureusement que Dev Beekharry, présent sur le plateau, a démenti l’information et l’a expliqué que le serveur en question n’enregistre pas les ‘exotic bets’ (combinaisons) qu’offrent les Tote et SMS Pariaz. Ces derniers ont jusqu’au lundi suivant une journée de courses pour soumettre les données manquantes à la MRA.

Au lieu de le rassurer, cette précision l’a fait perdre face, et il s’en est cette fois pris à des bookmakers qui opèrent au Champ de Mars sans payer de locations au MTC, et qui déclareraient des revenus bien en dessous de la moyenne. En disant cela à la radio, Giraud ne savait pas que le boomerang lancé allait lui revenir à la tête. Il fait l’objet d’une mise en demeure de cinq bookmakers qui lui réclament Rs 10 millions chacun, avec une plainte similaire servie au MTC.

La déposition au CCID par un de ces cinq bookmakers a plongé Giraud davantage dans un silence digne du Tombeau Malartic. Et mercredi dernier, il a gravi les marches de ce bureau en compagnie de son homme de loi, Me Gavin Glover, pour un long interrogatoire qui s’est poursuivi le lendemain. Giraud a été autorisé à partir mais le dossier est désormais entre les mains du DPP, qui devra statuer si la police devra loger une plainte en justice pour diffamation criminelle.

Son cas référé au Directeur des poursuites publiques et sa demande d’une Personal Management Licence (PML) pour pouvoir opérer sur le board de la Mauritius Turf Club Sports and Leisure (MTSL) Ltd en attente, Jean-Michel Giraud est dans ses petits souliers.

Si auparavant les positions du MTC étaient « pas de PML pour Giraud pas de courses hippiques » ou encore le fameux « over my dead body » du président pour que la saison démarre sans lui, les choses ont évolué.

Face à la colère des propriétaires, le MTC a porté le débat sur le terrain financier. Dans un premier temps, on avait fait part du refus des Tote d’opérer à huis clos. Sauf que les Tote sont montés au créneau pour démentir. Ils ont même eu une rencontre avec la GRA en début de cette semaine pour discuter des protocoles, et il a été agréé que les mêmes conditions en vigueur l’année dernière seront de rigueur.

Giraud s’est effacé complètement et le MTC recevra de l’aide du gouvernement à partir de ce mois pour payer les salaires de ses employés, comme c’était le cas en 2020, après que l’ancien président Kamal Taposeea avait fait inscrire l’organisation comme offrant un service essentiel et avait obtenu le ‘Wage Assistance Scheme’. Et ils osent dire que l’Etat n’aide pas l’industrie !

Cette fois, pour calmer l’ardeur des propriétaires qui réclament le début de la saison une fois pour toute, le MTC a publié des chiffres pour expliquer que le huis clos n’est pas rentable. Ce qu’on ne dit pas, c’est que plus il n’y a pas de courses, plus le déficit ira en grandissant, car il y a des ‘operating costs’ à prendre en considération. Les chiffres avancés dans la presse par l’ancien Administrateur Rajesh Servansingh prouvent que le manque à gagner pendant le huis clos sont rattrapables lorsque la saison reprend normalement.

Pour revenir à Giraud, il fait aussi l’objet d’une enquête approfondie sur son statut en tant que ‘Politically Exposed Person’ (PEP), même s’il se défend d’en être une. Ayant pris la parole lors d’un meeting du Mouvement Militant Mauricien lors des élections générales de 2019 et ayant participé à l’élaboration du programme de société de ce même parti indiquent qu’il n’échappera pas à une ‘enhanced due diligence’. Giraud, ramené à la raison par ses conseillers légaux après ses bourdes de départ, fera-t-il cette fois preuve de sagesse en laissant les courses hippiques démarrer sans lui, en attendant que ses papiers soient à jour ? La nomination de Jerome Tuckmansing comme Acting CEO de la MTCSL est un pas dans cette direction. ‘Over whose dead body now ?’

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