Read Time:6 Minute, 23 Second

Le Mouvement Militant Mauricien (MMM), avec un demi-siècle d’existence et d’histoire, a un synonyme : Paul Raymond Bérenger (PRB), son mâle (homme fort au sens figuré), son fondateur. Il est l’âme même de ce parti politique dont personne ne peut nier sa contribution dans l’avan- cement du pays et la consolidation de la démocratie et de l’unité nationale. Mais pourquoi donc un tel mouvement a-t-il passé plus de temps dans l’opposition qu’au gouvernement malgré la présence, en son sein, d’hommes et de femmes intègres et compétents ?

Au fil de son évolution, le MMM a connu beaucoup plus de défections et de cassures que n’importe quel parti sur l’échiquier. En 1976, à sa première participation aux élections générales, il représentait réellement l’espoir de tout un peuple. La qualité des candidats qui avaient défendu ses couleurs, leur talent oratoire et leur proximité ne manquèrent pas d’attirer des foules et des jeunes de toutes les communautés. Paul Bérenger et ses camarades seront toutefois privés du pouvoir par la coalition post-électorale Ptr-PMSD. Les trente députés mauves seront insuffisants quand les 25 élus travaillistes et les 7 bleus s’allieront pour former le gouvernement.

Était-ce une erreur capitale ?

Aux législatives de 1982, le MMM, plus fort que jamais comme le vantait son slogan et avec l’expérience d’un premier mandat parlementaire, avait cru de bien faire de mettre toutes les chances de son côté en contractant une alliance avec le Parti Socialiste Mauricien (PSM) constitué de dissidents travaillistes et mené par Harish Boodhoo. Était-ce une erreur capitale ? Les résultats des urnes seront sans appel : un 60-0 historique, une première dans les annales pour balayer hors du pouvoir le Parti de l’Alliance Nationale (PAN) et un régime travailliste miné par une mauvaise gestion de l’économie, des ministres corrompus et des atteintes aux droits et aux libertés des travailleurs.

Neuf mois après le premier 60-0 de l’histoire, ce sera la cassure du gouvernement MMM-PSM. Son leader, le mauve Sir Anerood Jugnauth (SAJ), successeur de Sir Seewoosagur Ramgoolam (SSR) à la tête de l’Hôtel du gouvernement, finira par rompre avec Paul Bérenger pour former le Mouvement Socialiste Militant (MSM). Le Parlement sera dissous et des élections générales anticipées seront organisées en août 1983, la victoire revenant à l’alliance bleu-blanc-rouge (MSM-Ptr-PMSD) face à un MMM qui aura perdu de nombreux cadres lors de cette première grande crise politique attribuée à l’orgueil et la manière de faire de Bérenger. Ce dernier commencera par développer une mauvaise manie : réclamer de nouvelles élections après une défaite électorale. En 1987, quand l’électorat renouera sa confiance en l’équipe de Sir Anerood Jugnauth, Paul Bérenger ne sera même pas élu. Et sa soif de vengeance le fera patienter durant de longues années parce qu’au sein du MMM, tout le monde n’épousait pas sa stratégie.

« Not his doing »

Ainsi, après la première cassure qui donna naissance au MSM, une deuxième surviendra quelques années plus tard. Auparavant, un trio mené par Prem Nababsing, Jean-Claude de l’Estrac et Cassam Uteem négociera avec SAJ pour que se concrétise une alliance MSM-MMM en marge des législatives de 1991. Bérenger admettra plus tard que cette négociation « was not his doing » et même s’il avait accepté un poste de conseiller en désarmement au bureau du Premier ministre comme l’une des conditions pour que son parti s’allie avec celui du Sun Trust, il était tombé sous le charme d’un nouveau venu de Londres, en la personne de Navin Chandra Ramgoolam (NCR). Le nouveau leader travailliste se dira être perplexe à l’annonce des résultats de 1991, ne s’attendant pas à une si sévère défaite de 57-3.

Au gouvernement MSM-MMM, Paul Bérenger ne se comportera pas comme un vrai « team player », des frictions et sa révocation devenant inévitables. Le MMM scindera en deux une nouvelle fois avec la formation du Renouveau Militant Mauricien (RMM) de la bande à Nababsing, nouveau fidèle allié du MSM, depuis que le fameux dîner de River Walk entre Ramgoolam et Bérenger avait valu à ce dernier sa feuille de route. Beaucoup d’événements marqueront cette étape de notre histoire politique dont notre passage au statut de République et l’intronisation de Cassam Uteem à la State House en accord avec les arrangements avec SAJ. En 1995, le leader mauve parviendra enfin à prendre sa revanche sur Sir Anerood, son alliance avec le Parti travailliste de Navin Ramgoolam donnant au pays son deuxième 60-0. Moins de deux années après ce déferlement rouge-mauve, Bérenger sera révoqué et le MMM botté hors du Government House. Tumultueux parcours du leader historique, n’est-ce pas ?

Qui a empêché Bérenger de devenir Premier ministre en 1982 ?

Le mal du MMM a toujours eu pour origine l’ambition, l’orgueil et la façon d’imposer et de dicter de Paul Bérenger. Pas seulement. Ses calculs de communalisme scientifique ont été à son détriment. On ne se fait pas le grand défenseur de l’unité nationale en morcelant la nation. En voulant toujours chercher un paravent, il a fait beaucoup de tort aux ambitions de la jeune génération de voir à la tête du pays un vrai patriote, juste et sincère, animé par le besoin de servir et de bâtir la nation mauricienne comme le prônaient les idéaux du MMM des années 70-80. Qui a empêché Bérenger de devenir Premier ministre en 1982 ? Lui-même. Il avait la confiance de la majorité des Mauriciens eu égard à son combat pour la cause des travailleurs et pour lutter contre les injustices. En portant son choix sur Jugnauth et Boodhoo, il allait véritablement se mordre les doigts. Et comme s’il n’avait pas bien appris ses leçons, il commettra bourde après bourde jusqu’à se décrédibiliser, jusqu’à faire son parti devenir plus faible que jamais.

Si nous devions citer tous les choix de PRB comme premier-ministrables, nous risquerions de rater quelques noms tant il a ratissé large selon les critères de son communa- lisme scientifique. N’avait-il pas jeté, outre SAJ et NCR, son dévolu sur le couple Prem et Vidula Nababsing ? Sur Anil Bachoo, Madan Dulloo, Ashok Jugnauth, Ajay Guness, Pradeep Jeeha, etc. Et maintenant, comme il ne fait pas trop confiance à Roshi Bhadain, il a cru trouver en Nando Bodha l’homme au profil idéal qui le portera au pouvoir. En 2014, il avait tenté un malencontreux coup de poker, lequel aura été un retentissant échec, l’électorat rejetant son projet de faire Ramgoolam un président avec pouvoirs et lui, Paul Raymond Bérenger, le locataire du Bâtiment du Trésor. Lors des dernières élections générales en novembre 2019, il a compris que le MMM seul ne pourra jamais diriger le pays.

Croyant dur comme fer que les élections générales sont derrière la porte comme pour faire honneur à sa manie, il a mis sur pied une alliance de l’opposition pour faire monter la mayonnaise. Sachant que dans les rangs du MMM il n’y a pas un vrai challenger capable de se mesurer avec Pravind Jugnauth, il est allé pêcher Bodha. L’appât de Premier ministre a été irrésistible pour l’ex-ministre des Affaires étrangères et il risque de rester sur sa faim. Avec des vendeurs de rêve qui n’ont pas su se promouvoir et se vendre quand l’occasion était idéale, Nando Bodha doit se demander s’il ne s’est pas brûlé politiquement. Comme tous ceux que Bérenger ont mené à l’abattoir. Impitoyablement.

Happy
Happy
0 %
Sad
Sad
0 %
Excited
Excited
0 %
Sleepy
Sleepy
0 %
Angry
Angry
0 %
Surprise
Surprise
0 %
Previous post Aviation : « Air Seychelles » reprend ses vols réguliers vers Maurice – Deux vols hebdomadaires à partir du 3 octobre
Next post Quel avenir politique pour Salim Abbas Mamode, député démissionnaire du PMSD ?
Close