November 27, 2022
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Opinion

L’INTÉRÊT DES ENFANTS MAURICIENS AVANT TOUT

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La polémique déclenchée par les résultats accablants du SC, par rapport à l’exigence des 5 « credits » plaide pour un renouveau de l’éducation à Maurice. Une refonte nécessaire qui doit placer l’intérêt de l’enfant, du jeune avant toute autre préoccupation, quitte à mettre la politique du chiffre et les directives de côté. Qui oseront avoir des « guts » pour monter au créneau et dire les choses crûment ? Peu ou prou, l’important est que la balle est partie et quoiqu’on en fasse, chaque Mauricien se sent plus que jamais concerné.

Il existe un bastion qui résiste depuis des décennies au changement, c’est l’école. Alors qu’un tsunami politique vient de maintenir Pravind Jugnauth au pouvoir, surtout avec une nouvelle génération d’hommes et de femmes soucieux d’en finir avec une certaine manière de faire de la politique, il est souhaitable qu’ils affirment leur engagement en faveur de l’éducation et de la jeunesse et par ricochet ruent dans les brancards pour saisir l’occasion de remettre à plat le système éducatif. Quoiqu’il advienne, ils auront raison.

Car, la profondeur du malaise qui sévit chez les pédagogues, experts, enseignants, comme chez les élèves et les étudiants, est une bombe à retardement qui ne peut plus être désamorcée par de simples mesures adminis- tratives ou le seul critère des « credits », aussi justes soient-ils. Les faits parlent d’euxmêmes : un pourcentage d’enfants continue de ne pas s’exprimer correctement, à la sortie du primaire; l’école reste la plus inégalitaire ; le nombre d’étudiants qui n’arrive pas à décrocher un diplôme de qualité (apte à leur assurer un emploi à un salaire digne) est assez élevé ; les violences qui se sont emparées du circuit éducatif s’accentuent.

Cette proposition d’un grand monsieur de l’éducation (qui, de loin, se soucie encore du sort de nos enfants et jeunes) de convoquer des « États généraux de l’éducation », pensés sur des modèles ayant réussis ailleurs, devraient arriver sur la table de la ministre. Si elle agit dans ce sens, tant mieux. Cela montrera, si besoin est, la profondeur du traumatisme d’un système englué depuis si longtemps dans la bureaucratie et le déni.

Il y a aussi des visionnaires qui fustigent la politique qui n’a, selon eux, que « les chiffres à la bouche » alors que le principe fondamental d’éducation devait être avant tout « une affaire d’humanité, de culture et de personnalité ». Ils ont raison, puisque le gouvernement devrait, avant qu’il ne soit trop tard, faire sien « une conception humaniste de l’école et de l’université » avant d’en imaginer les structures et les moyens. Ce signal d’alarme, relayé à leur manière, par différents observateurs avertis, devrait faire sortir les politiques de leur position figée. L’heure est de s’affranchir de la langue de bois éducative et de penser les choses autrement. Rêvons un peu !

Sérieusement, il y a des conditions qui sont toutefois nécessaires. La première, accepter de laisser les chiffres et les directives de côté pour ne parler que du fond des choses ; la deuxième, percher haut un discours premier ministériel sur les valeurs et les résultats attendus de l’éducation et de la transmission; la troisième enfin, accepter que tous les acteurs du système éducatif fassent l’effort de dépasser leur statut et leur sort pour ne penser que l’intérêt des élèves et de la société tout entière. Il sera toujours temps, alors, d’en venir aux moyens.

Le débat sur l’éducation est plus que jamais ouvert. La ministre de l’Éducation, Mme Dookun s’emploie à hausser la question au niveau des chiffres et du niveau. Nous sommes d’accord que le nivellement doit s’opérer par le haut et non par le bas. D’où la nécessité d’imposer un critère de « credits ». Mais, il faut dans le même souffle considérer que les enjeux de l’éducation, en bien des domaines (famille, école…), sont urgents à clarifier en ce temps de crise de la transmission, de « brouillage » et les fractures du lien social.

Le débat ne cessera jamais d’être ouvert. La question permanente est de savoir quelle jeunesse on veut former pour quel projet de société. Nous les entendons dans le vacarme actuel : la jeunesse est le miroir d’une société, ses fractures sont l’indice d’un malaise de la civilisation ; l’école ne peut se contenter d’instruire, mais doit aussi éduquer à l’autonomie individuelle et au vivre ensemble. Pour certains, son rôle est même d’aller jusqu’à élever l’individu en lui procurant du sens, en prenant en compte ses besoins.

À la faveur du progrès économique et social, chaque Mauricien se plaît à vouloir que les enfants du pays fassent mieux que les parents en accédant au savoir, à la culture, à un meilleur métier pour permettre à leurs propres enfants de s’intégrer au modèle actuel. Dans un tel contexte, il est naturel que l’harmonie règne entre la famille, l’école, la loi et les mœurs, l’autorité et l’institution. Ce n’est pas peu dire, mais c’est aussi la moindre des choses à laquelle tous aspire.

Notre analyse ne s’arrête pas là. La responsabilité des parents revêt une importance capitale dans la mesure où les dérives de leurs progénitures prennent leurs racines à domicile. Qu’il s’agisse de l’incivilité, la délinquance, les violences et les méfaits du Smartphone et des réseaux sociaux. Parallèlement, le poids décisif de l’apprentissage et de la formation dans l’avenir fructueux de nos jeunes ne peut être sous-estimé. Nous y reviendrons.

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