January 28, 2023
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Opinion Politique

Nando Bodha, Premier ministre ou rien

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L’ex-ministre MSM du tourisme, Nando Bodha caresse l’ambition de devenir Premier ministre. Un rêve légitime depuis qu’il s’est rendu compte que sa carrière était arrivée à une voie de garage, mais aussi depuis qu’il s’est convaincu que les conditions pouvaient lui être favorables avec un Parti travailliste (PTr) complètement aux abois, incapable de se donner une direction et sans programme de gouvernement alternatif. Mais rien ne presse, il lui faut construire son image et assister à l’évolution de l’opposition. Un bien triste spectacle qu’offre celle-ci en ce moment aux Mauriciens.

Bande à part

L’aile ramgoolamiste du PTr a décidé de faire bande à part depuis que Paul Bérenger, Xavier Luc Duval et Yousouf Mohamed ont tous réclamé que le PTr choisisse un autre leader, étant entendu qu’il s’agisse d’Arvin Boolell. Ici même, nous avons déjà écrit que les Boolell, Sir Satcam et son fils, Arvin, ressemblent à des éternels seconds au sein de leur parti. De son vivant, Sir Satcam Boolell a toujours dû affronter le duo Walter-Jagatsingh qui était proche du MMM. Au lendemain des élections de 1976, que ce parti avait remportées par une marge très étroite, des discussions avaient été initiées entre ce duo de même qu’avec Sir Veerasamy Ringadoo et les frères Ghurburrun, tous des barons rouges socialisants. Mais Sir Gaëtan Duval (SGD), très proche de Sir Satcam Boolell en idéologie, et Sir Seewoosagur Ramgoolam, soutenus par une aile très conservatrice du secteur privé formèrent rapidement une coalition qui priva le MMM de sa première expérience de gestion des affaires de l’État. Autre adversaire farouche du MMM, Yousouf Mohamed, alors ministre du Travail, avait lui aussi ses raisons de saboter tout rapprochement entre le PTr et le MMM du fait qu’il avait œuvré pour démolir la puissante fédération syndicale GWF qui permettait au MMM de fonder ses assises en milieu rural.

Déroute historique du PTr

Il ne faut pas croire que Navin Ramgoolam était favorable à un rapprochement avec Paul Bérenger qu’il a toujours tenu comme responsable de la première déroute historique du PTr aux législatives de 1982. Sans doute le parti le plus incompatible avec le MMM, a toujours été le PMSD dont l’idéologie dans les années 70-80 était profondément ancrée dans le mépris à l’égard de l’Asie, SGD étant l’homme des Français et de la culture hexagonale et de la droite. Ces réminiscences idéologiques, teintées de sectarisme, font qu’aujourd’hui certaines personnalités politiques ont toujours du mal à accepter la diversité économique où l’Inde et la Chine sont devenues des pôles économiques internationaux déterminants.

Comment la classe politique mauricienne va-t-elle s’organiser avec cette nouvelle configuration géoéconomie dominée par la présence de ces deux géants régionaux ? Grâce à son pragmatisme, le MSM a toujours réussi à maintenir l’équilibre dans ses choix de partenariat économique et culturel entre l’Occident et l’Orient. Depuis ces dix dernières années, le coût des produits et services offerts par l’Occident destinés à l’exportation est devenu insoutenable. Que ce soit des véhicules ou des biens de consommation courante dans divers domaines, leurs coûts en euros ou dollars ne permettent plus à Maurice de les acheter pour le marché local. Par ailleurs, même en Europe ou en Amérique du Nord, de nombreux produits sont importés de Chine devenue une immense usine à ciel ouvert.

Relations commerciales internationales

Depuis l’arrivée au pouvoir du MSM en alliance avec le PMSD ou le Mouvement Patriotique, les gouvernements successifs ont été très prudents dans leurs relations commerciales internationales, en tenant compte des équilibres indispensables afin de maintenir notre propre tissu économique, social et culturel. Il y a des semaines de cela, le gouvernement a tenu à célébrer l’anniversaire des 100 ans d’existence du Parti communiste chinois (PCC) dont le pragmatisme économique est un exemple à étudier. Il convient ici de chercher à comprendre les mécanismes qui font qu’un parti de nature socialiste parvient à laisser vivre un système qui a des allures libérales. Où sont les secrets de cet équilibre ? Sans aucun doute sont-ils ancrés dans l’histoire même de la Chine, de ses luttes internes qui remontent à l’ère des empereurs, de celle de la révolte des boxes et plus récemment, des luttes nationalistes et sociales. Néanmoins, il est évident que c’est la direction du PCC qui détient la clé de ces gouvernances publiques en tenant compte des attentes de la population et de la réalité géoéconomie.

Pays-clients

Nos politiques ne peuvent pas formuler des stratégies pour l’avenir de Maurice en ignorant ces réalités. Avec une économie fortement tributaire de l’économie mondiale, la moindre petite secousse dans les pays-clients est ressentie à Maurice. Pour exemple, de nombreux petits commerçants s’approvisionnent en Chine et en Inde. Avec l’épidémie de Covid-19 qui frappe ces deux pays, leurs affaires sont en arrêt total et la hausse du coût du fret et l’augmentation du dollar se répercutent sur les prix à la revente. De la même manière, notre secteur immobilier de luxe est lui aussi frappé de plein fouet avec des clients qui ont abandonné leurs projets de venir s’installer à Maurice, impactant du coup le secteur de la construction. Pour être crédibles, nos dirigeants politiques de l’opposition doivent être en mesure de répondre à ces défis et expliquer de quelle manière leurs propositions sont meilleures que les stratégies actuelles.

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