August 8, 2022
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Opinion

Obstination et patience, les maîtres-mots d’un combat

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Arvin Boolell a été clair et net dans une interview à l’Express : « Si Navin perd (le procès relatif à la fraude aux dernières élections), Je n’aurai pas à lui demander de quitter la scène. Cela coule de source. » Le leader de l’opposition est convaincu que le chef rendrait son tablier. A. Boolell estime que l’intérêt du PTR doit primer sur toute autre chose, à commencer par une ambition personnelle.

Ce que le fils de feu Sir Satcam ne dit pas et ne peut pas dire est que, s’il était de la même affiliation castéiste que Navin, cela ferait longtemps qu’il aurait été à la tête du Parti travailliste. Et, probablement Premier Ministre. Personne n’ose l’affirmer que le noeud gordien qu’on n’est pas arrivé à trancher est cette hiérarchie établie en politique, au niveau des appartenances des castes. Entretemps, venons-en aux péripéties du parti des rouges. Dans les réglementations du PTR, démocratiques sur papier, tout repose depuis son accession à la tête du PTR, et de plus en plus chaque année qui passait, sur le pouvoir absolu de Navin Ramgoolam.
On peut y voir l’héritage d’un père, mais celui-ci bénéficiait d’un certain prestige. Il va de soi que dans les conditions convenant comment des leaders de parti comme NCR accaparent, confisquent tous les leviers de contrôle, l’aura des concernés n’a jamais rayonné sur l’opinion populaire. C’est le cas de Navin. Dans le texte de la constitution du PTR, le caractère démocratique a évolué d’une façon proportionnelle au respect qu’ont inspiré, l’un après l’autre, les dirigeants irréprochables que furent Anquetil, Curé, Seeneevassen et Rozemont entre autres.
Leur leadership s’imposait de manière naturelle. Aujourd’hui, plus que jamais, ils inspirent de la nostalgie et de l’estime. Les inconditionnels du parti ne cesseront de regretter ces titulaires de la période antérieure. En fait, après une durée de plus de trois quarts de siècle, avec Navin écrasant de tous ses excès et de toute sa dictature le mécanisme du PTR, le personnel même du parti s’est dégradé et avec, le mode de fonctionnement du parti s’est dénaturé. On ne devrait pas manquer de s’interroger sur le fait que la dictature n’a cessé de s’aggraver, le droit de fraction étant retiré aux membres. N. Ramgoolam s’est emparé d’un pouvoir grandissant, mais la popularité de certains est devenue secrètement plus grande que celle du chef.
C’est malheureux que NCR ait érigé en doctrine sa méfiance, ses décisions bancales et iniques. Ceux qui connaissent bien de l’intérieur le fonctionnement du personnage sont inquiets. Ils savent qu’il n’y a rien à faire et que Navin ne cèdera pas, quitte à régner sur un cimetière. N’importe quel cheval mettra une dizaine de secondes à évaluer la nullité de son cavalier. Mais, Navin est si fort avec les faibles qu’il n’éprouve aucune peine à les mettre sous l’éteignoir. «Les élections frauduleuses » sont mises en avant pour que Navin justifie qu’il se maintienne au sommet du PTR.
Les figures, qui dans l’imagerie populaire, peuvent mettre à l’avant leur expérience (de par les postes publics qu’ils ont occupés, ministres et députés parmi eux) n’ont jamais désiré l’affronter. La psychose constituée par les menaces de dossiers compromettants les a toujours retenus. Malgré tout, l’intelligence de la vérité, la clarté des problèmes et l’urgence de la situation ont fini par faire certains manifesté à leur manière leur intention de préparer l’après-Navin. L’ancien PM pour les décrédibiliser réclame la reconnaissance (par les membres) d’une bande de traîtres. Certes, il y a des « ramgoolamistes » qui lui concèdent le bien-fondé de ses accusations. Tel Zeus qui rendait fou ceux qu’il voulait perdre.
Cependant, cette fois, l’affaire se corse vraiment. Ceux qui prennent position contre Navin Ramgoolam sont bien décidés à ne pas lâcher leur prise en faisant les autres prendre conscience que leur avenir au sein du PTR ne leur garantira que ce que vaut la parole du leader. Parole et promesse pas crédibles du tout. Ce qui amène des membres estimés par l’ensemble des troupes rouges à sortir leurs griffes et à rejoindre le bataillon. Des cafouillages qui contrarient désormais l’intention stratégique de NCR, lequel est de plus en plus chancelant dans la pratique et les affirmations de ses prétendues certitudes qui ne sont plus péremptoires. D’évidence, l’instinct de Navin est moins aiguisé et il n’y a pas ces reculades d’avant qui lui fournissaient des arguments et des ailes pour étouffer toute fronde. Et, c’est là qu’on découvre que le monsieur n’a jamais eu l’intérêt du PTR dans son coeur.
Ce vide créé expressément autour de sa succession n’assure pas du tout. C’est voulu de la part de Navin, car il sait fort bien qu’à force de bien tourner et retourner les choses, les membres ne verront que le vacuum et n’auront d’autre choix que de perpétuer son règne. La salve de A. Boolell serait-elle le coup de grâce pour NCR ? Difficile à répondre, dans la mesure où c’est la politique du crabe (un pas en avant pour deux en arrière) qui a toujours caractérisé la marche chez les rouges. Jusqu’à preuve du contraire, Navin Ramgoolam continue à cocher toutes les cases. Une route semée d’embûches semble séparer le règne de Navin de la certitude d’un revirement définitif. L’obstination et la patience sont les deux maîtres-mots pour faire aboutir le projet.

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