July 12, 2024
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Politique

Plate et sans forme comme la Plateforme de l’Espoir

Paul Bérenger a encore prouvé qu’il peut être le ver dans le fruit de l’espoir. Le germe de l’instabilité. Nando Bodha doit amèrement regretter lui avoir fait confiance en démissionnant du gouvernement. Il doit réaliser que le leader du MMM n’est plus le faiseur de roi que jadis. N’a-t-il pas échoué lamentablement en 2014 dans sa quête de faire de Navin Ramgoolam le premier président de la République avec pouvoirs, l’équation rouge et mauve ne faisant plus recette comme en 1995 avec un nouveau chef travailliste qui l’avait impressionné comme leader de l’opposition dès sa première tentative en 1991 ?

Après avoir détruit la première entente de l’opposition quand Arvin Boolell était le leader, Bérenger veut reconstruire ce qu’il a détruit. Lui qui ne voulait pas de Ramgoolam comme Premier ministre d’un éventuel gouvernement qui regrouperait les partis de la minorité parlementaire a fini par céder pour le proposer comme nouveau locataire du Bâtiment du Trésor si cette équipe gagne en 2024. Après avoir jeté les bases de cette nouvelle entente lors des retrouvailles du 27 janvier dernier, le premier député de Stanley-Rose-Hill prépare une deuxième rencontre pour bientôt à River Walk. À l’ordre du jour devrait figurer la titularisation du poste de leader de l’opposition pour la rentrée du mardi 29 mars depuis que Xavier-Luc Duval en a discuté avec Arvin Boolell le 17 janvier dans le cadre des pourparlers pour la réunification des opposants au régime de Pravind Jugnauth.

En Bérenger germe une certaine instabilité qui a limité sa marge de manœuvre. Il ne peut plus faire les yeux doux au MSM qui a rallié à sa cause des anciens fidèles bérengistes comme Collendavelloo, Obeegadoo et Ganoo. Après avoir fait éclater la première entente entre le PTr, le MMM et le PMSD qui avait propulsé Arvin Boolell comme leader de l’opposition et conscient que ni dans ses rangs il y a quelqu’un et ni Roshi Bhadain n’ont l’étoffe d’un challenger au poste suprême, il a jeté son dévolu sur Nando Bodha. Se rendant vite compte que l’ex-ministre des Affaires étrangères et ancien secrétaire général du MSM n’est pas vendable non plus, il est retourné vers Navin Ramgoolam. Ce dernier n’est pas né de la dernière pluie politique et sait pertinemment que du leader mauve, il faudra s’attendre à tout. Même jusqu’à la plus pire des ingratitudes et des traîtrises comme vécue par le regretté Sir Anerood Jugnauth suite au gâteau d’anniversaire empoisonné que lui avait fait manger Bérenger en mars 2014. Chat échaudé craint l’eau froide et Ramgoolam n’en est pas seulement conscient. Il est surtout méfiant, mais prévoyant sans doute pour ne pas mettre tous ses œufs dans le même panier déjà percé.

En l’absence d’un engagement ferme et solennel de Navin Ramgoolam pour la reconstitution de cette plateforme de l’opposition capable de mater la majorité gouvernementale, Paul Bérenger n’a encore rien acquis qui puisse l’aider à galvaniser ses troupes. Refaire l’erreur de 2019 en allant seul aux élections générales est un suicide politique. Contrairement au Parti travailliste qui peut s’allier avec n’importe quel parti sur l’échiquier, le MMM doit impérativement s’appuyer sur la béquille rouge pour revenir au pouvoir. Le MSM et les Collendavelloo, Ganoo et autres Obeegadoo ne veulent pas et ne peuvent pas travailler avec Bérenger. Le Reform Party et le Ralliement Mauricien sont encore à leurs premiers balbutiements. Si le MMM avec sa longue histoire et sa lutte pour la classe ouvrière a du mal à faire élire un de ses candidats dans les circonscriptions rurales, ce ne sont pas les petits partis de Bhadain et de Bodha qui feront des exploits et des miracles.

Il est donc normal que le désordre et la désunion dans les rangs de l’opposition parlementaire et extra-parlementaire fassent sourire les élus de l’Alliance Morisien. Ramgoolam étant souffrant et comme beaucoup de décisions dépendent de son état de santé, il est fort probable que ce soit Xavier-Luc Duval qui continuera à être le leader de l’opposition en attendant de nouveaux développements et la concrétisation d’une vraie entente sérieuse et déterminée à faire un front commun et uni avec un objectif précis. Plus tarde cette réunification, plus il faudra comprendre que cette plateforme de l’Espoir est en vérité un mort-né politique qu’on essaie de ressusciter dans le désespoir. Sans compter la panique et la déception de l’échec. Avec un Bérenger qui n’intervient qu’occasionnellement au Parlement sur des projets de loi de son choix et qui n’a même pas une PQ inscrite en son nom et pour sa circonscription depuis belle lurette, gageons qu’il aura besoin d’un allié fort pour assurer les arrières de ses protégés.