June 29, 2022
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Opinion

Priorité des priorités : le label «Covid-free»

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L’apparition de cas de contamination localisée fait encore une fois craindre la résurgence d’une deuxième vague plus dangereuse à Maurice, avec évidemment des répercussions sur l’économie. Surtout à l’approche des grandes vacances en Europe, période propice pour une reprise de notre industrie touristique moribonde.

Certes, l’île Maurice devra faire une croix sur une arrivée massive de touristes, mais certains spécialistes du secteur proposent de cibler les riches voyageurs, une stratégie sur laquelle misent déjà certaines destinations. L’archipel des Maldives semble toutefois avoir l’idée la plus intéressante, soit proposer la vaccination gratuite aux touristes. Dans l’immédiat, c’est le coût d’une telle stratégie qui semble poser problème. Néanmoins cela indique clairement tout le sérieux avec lequel des pays comme les Maldives ou d’autres destinations touristiques en Europe, considèrent leur secteur du tourisme, indispensable à leur reprise nationale. L’idée ferme d’un label «Covid-free» leur apparaît la première des conditions pour séduire les voyageurs. C’est, sans aucun doute, la priorité des priorités, à Maurice, de retrouver une telle situation.

«Mindset» général

Après une année 2020 où la Covid-19 et le premier confinement ont été plutôt bien gérés, permettant une première sortie indispensable pour le «mindset» général, la présente année semble plus compliquée avec l’apparition de cas sporadiques de contamination. Ceux-ci démontrent la difficulté qu’il y a à combattre un «ennemi» invisible et les conséquences sur la population, si certains n’observent pas les gestes barrières et le port du masque. La maladie surgit là où on ne l’attend pas et, surtout, provoque des mouvements de panique généralisés dans les grandes surfaces, prises d’assaut lorsque la population ressent la menace d’une rupture alimentaire. Et en ce moment, celle-ci pourrait venir de l’Inde, durement frappée par une seconde vague de la pandémie.

Premier fournisseur de notre riz et de certains de nos grains secs, mais aussi de produits textiles, l’Inde est également un partenaire d’affaires pour l’île Maurice. Ce n’est pas seulement l’arrêt de l’aviation qui empêche les hommes d’affaires indiens de venir à Maurice, c’est aussi — comme c’est le cas partout au monde — une économie en contraction qui a plongé la Grande péninsule en situation de crise. La grande préoccupation de l’Inde est surtout sa place dans la sphère des grandes économies émergentes et sa stratégie dans l’océan Indien face à la grande rivale qu’est la Chine. Or, il faut savoir que celle-ci avait déjà pris une avance considérable depuis l’année dernière, ayant été capable de contenir l’expansion de la pandémie et de relancer son économie. Avec la mise au point de son vaccin Sinopharm, homologué par l’Organisation mondiale de la santé (OMS), la Chine se donne encore plus de moyens de vaincre le virus, parti de son territoire. Et il y a mieux, selon le journal français Ouest France. Car les discussions sur l’homologation d’un second vaccin, le Sinovac, sont en cours, sans compter que les autorités chinoises ont formulé une demande à l’OMS pour qu’un deuxième vaccin Sinopharm, fabriqué à Wuhan, soit homologué.

La Chine

Il n’y a pas lieu de douter de la capacité du gouvernement chinois à relever les défis imposés par une pandémie dont l’épicentre se trouve sur son territoire. Contrairement à l’Inde, le grand rival économique, la Chine est un pays placé sous une seule autorité, le Parti communiste, qui impose depuis le règne de Mao, une discipline de fer et un autoritarisme qui ne souffrent d’aucune contestation. Toute tentation de contestation du modèle de développement, comme le «printemps de tien An Men», a été écrasée dans la violence, alors que le pays réprime toute aspiration régionale de nature religieuse comme les droits de sa minorité musulmane. Et grâce à sa place au sein du Conseil de sécurité à l’Organisation des Nations unies, mais aussi en raison de son poids économique mondial et ses accords de partenariat privilégiés et exclusifs avec des pays africains, entre autres, la Chine n’est jamais mise à l’indexe par l’opinion internationale. Toutes ces données mondiales indiquent à quel point les économies sont devenues tributaires les unes des autres et la seule reprise dans un pays donné ne saurait suffire.

États-Unis

Aux États-Unis, malgré la réussite de la campagne de vaccination, la reprise a du plomb dans l’aile, affectée par les chiffres du chômage rendus publics le vendredi 7 mai. Il n’y a eu que 266 000 emplois créés au mois d’avril, loin du million anticipé, selon la presse, avec un taux de chômage reparti à la hausse. C’est une situation préoccupante lorsqu’on sait que l’économie américaine a toujours servi de baromètre mondial. C’est surtout mauvais pour la filière textile mauricienne, qui avait obtenu une dérogation à l’Africa Growth and Opportunity Act (AGOA), ce qui permet encore à Maurice d’exporter ses produits textiles aux États-Unis, sans obligation de se conformer aux règles d’origine.

Il ne fait aucun doute, compte tenu de ces obstacles, que la relance de notre secteur touristique reste à ce jour le seul facteur capable de relancer l’économie mauricienne. Mais pour y arriver, il faudra qu’on retrouve notre label «Covid-free», une condition qui repose sur la capacité citoyenne à redoubler d’efforts en maintenant les gestes barrières.

CASSAM DHUNNY

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