December 3, 2022
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Politique

Sir Gaëtan Duval : un king creole pas comme les autres

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Nous revenons encore une fois cette semaine-ci sur ces personnages politiques qui ont joué un rôle déterminant dans l’avènement de l’indépendance à l’île Maurice. Cette semaine-ci nous revenons sur rôle qu’a joué le « Roi Créole », Sir Gaëtan Duval et son PMSD dans les années 60 avant la proclamation de l’indépendance de l’île Maurice. Une brève introduction sur la personne : Sir Gaëtan Duval est né le 9 octobre 1930 et il aurait eu 90 ans cette année-ci. Sir Gaëtan Duval a eu une longue et très fructueuse carrière de politicien et d’avocat. Après des études de droit à Paris, il se lance sur la scène politique aux côtés de Jules Kœnig, véritable fondateur du PMSD (Parti Mauricien Social-Démocrate/ Ex-Parti Mauricien). Bien que le PMSD ait perdu les élections en 1967, Sir Gaëtan Duval a rejoint Sir Seewoosagur Ramgoolam en 1969 pour former un Gouvernement d’unité nationale. Il a occupé divers postes clés au sein du gouvernement et a également été lord-maire de Port-Louis.

Sir Gaëtan Duval a joué un rôle important dans le développement du secteur touristique à Maurice, a toujours maintenu de bonnes relations avec plusieurs dirigeants africains et il a même aider à positionner Maurice comme un pays clé dans la région africaine. En reconnaissance de sa contribution, il a été décoré par la reine Elizabeth et est devenu Sir Gaëtan Duval. Il a également reçu la Légion d’honneur en France.

Personnage populaire à Maurice, il adorait les courses de chevaux. Sir Duval, géant de la politique mauricienne, était également un homme des arts et de la littérature

Le combat pour l’indépendance a été rude, il faut l’avouer, et cela fut un combat mené, notamment par le Mauritian Labour Party de Sir Seewoosagur, l’Independant Forward Block de Sir Sookedeo Bissoondoyal et le Comité d’Action Musulman de Sir Abdool Razack Mohamed, sur deux fronts, externe et interne.

D’un côté, il fallait « combattre » le gouvernement britannique et de l’autre côté, il fallait amener le peuple mauricien à voter pour l’indépendance contre le PMSD de Sir Gaëtan Duval. Il fallait impérativement se battre contre les forces locales dirigées par Sir Gaëtan Duval, qui était contre l’indépendance de l’île Maurice et qui favorisait une « association » avec la Grande-Bretagne. Bien que, comme cela a été souligné dans la chronique du 21 mars sur Sir Abdool Razack Mohamed, le principe de l’indépendance ait été convenu vers la fin de la Conférence constitutionnelle de Londres de 1965, sa concrétisation dépendait, ou non du résultat des élections de 1967.

Les élections générales de 1967 ont simplement achevé le processus constitutionnel avec une motion déposée à l’Assemblée législative demandant l’indépendance. Quel que soit le résultat des élections générales de 1967 et celui qui aurait formé le gouvernement, la décision a été annoncée le 24 septembre 1965 : le gouvernement nouvellement formé après les prochaines élections générales devrait conduire le pays à l’indépendance

En 1965, deux députés anglais, Tom Driberg, et Nigel Fisher, vinrent à Maurice afin d’examiner la situation politique du pays. Ils conclurent que les Mauriciens étaient assez mûrs pour l’Indépendance et que l’intégration à la Grande-Bretagne, comme cela a été demandée par le PMSD de Sir Gaëtan Duval, n’était qu’une illusion

Sir Gaëtan Duval s’attendait à ce que les élections de 1967, aient lieu vers la fin de 1966 ou au début de 1967. Mais il constata que les élections allaient être retardées car il y avait de plus en plus de rumeurs sur le fait que les élections vont avoir lieu en 1968.

Il décida de presser le Commonwealth Office afin de fixer une date pour les prochaines élections.

De son côté, Sir Seewoosagur Ramgoolam espérait qu’au cours de la deuxième phase constitutionnelle après les élections de 1963, Maurice deviendrait indépendante avant la tenue des prochaines élections comme cela fut le cas pour La Barbade (Pendant plus de trois siècles, la Barbade a été sous domination britannique et le souverain du Royaume-Uni est encore le chef de l’État. Cependant elle est indépendante depuis le 30 novembre 1966, en qualité de Royaume du Commonwealth).

Le Secrétaire d’était lui a alors rappelé que des nouvelles élections étaient la condition préalable nécessaire afin de décider du statut final de Maurice, comme cela fut convenu à la Conférence de « Lancaster House » En mars 1966, des fonctionnaires du Commonwealth Office ont tenté d’obtenir une date pour les législatives auprès de Sir Seewoosagur Ramgoolam, mais ce dernier ne donna qu’une réponse très vague.

En mars 1967, Sir Seewoosagur Ramgoolam suggéra que le mois d’Avril serait possiblement le mois où se tiendra les prochaines élections, si tout allait bien. Mais au Bureau du Commonwealth, ils réalisèrent que des élections ne pourraient pas avoir lieu en avril dû à la saute saison cyclonique avant le début de juillet. Ils comprirent que Sir Seewoosagur Ramgoolam ne voulait que faire deviner ses opposants politiques. Le PMSD commença à s’agiter car en novembre 1966, un communiqué, signé par Raymond Devienne (Ancien député Bleu et Maire) et Monaf Fakira (Ancien député Bleu et Maire), commença à circuler sur le retrait de Jules Keonig de la direction du PMSD.

Sir Gaëtan Duval avait été élu à l’unanimité à la tête du Parti Mauricien. Revigoré par sa nouvelle position, Sir Gaëtan Duval fait pression sur le Commonwealth Office pour des élections anticipées. Le 28 novembre 1966, il rencontra des responsables du Commonwealth Office et protesta contre le retard dans la fixation de la date des élections. Sir Gaëtan Duval estimait que sa protestation dans le retard de la fixation de la date des élections était justifiée à tous les niveaux , étant donné que le PMSD avait précédemment accepté en juillet, la formule Stonehouse (A partir du 7 juin, le Parlement discuta d’une motion du Dr S. Ramgoolam rejetant le rapport Banwell et secondée par S. Bissoondoyal.

Londres envoya à Maurice John Stonehouse, «Parliamentary Under-Secretary for the Colonies». Après une semaine de discussions, il obtint, le 4 juillet 1966, l’accord unanime des partis à des modifications à être apportées au rapport Banwell. Le « variable corrective » fut abandonné et fut remplacé par le « best loser system »), bien que ladite formule allait à l’encontre des intérêts du PMSD, en échange d’une assurance du secrétaire d’État pour la tenue de élections anticipées.

De plus, Sir Gaëtan Duval estimait que 20 mois de campagne électoral étaient trop long pour un si petit pays. Cependant, Sir Gaëtan Duval se sentait confiant de remporter les prochaines législatives, et il avait même affirmait que s’il remportait les législatives, il opterait pour un « Self-government » et attendrait de vois comment évolueraient les choses, en particulier en ce qui concerne l’entrée éventuelle de la Grande-Bretagne dans le marché commun. Issue du traité de Rome de 1957, le Marché Commun regroupait l’Allemagne de l’Ouest, la Belgique, la France, l’Italie, le Luxembourg, et les Pays-Bas.

Le PMSD pensait que Maurice aurait ainsi pu réclamer, au même titre que l’île de La Réunion, non pas l’association au Marché Commun, mais une participation pleine et entière qui garantirait, non seulement un marché à nos sucres et nos autres produits mais aussi la libre circulation et le droit d’installation des Mauriciens dans tous les pays du Marché Commun.

“D’un seul coup, cela mettrait fin à tous nos problèmes : la vente de nos sucres, le chômage et le surpeuplement

commente Sir Gaëtan Duval. Il faut rappeler en effet que durant les années 60 Maurice était durement frappé par le chômage, que la population grandissait vite, que le contrôle des naissances était devenu un enjeu national et que le sucre était à la merci des taux en vigueur sur le marché mondial. Tout cela avait fait un éminent économiste britannique dire que « Mauritius was doomed ».

Mais incapable d’amener le gouvernement colonial à agir, Sir Gaëtan Duval menaça de tenir une « Civil Disobediance » en vue de forcer l’annonce d’une date pour la tenue des élections. Sir Gaëtan Duval avait annoncé lors d’une conférence de presse que le PMSD lancerait une campagne de « Civil Disobediance ».

James Johnson, probablement informé de la campagne du PMSD, a posé une question au secrétaire d’État sur l’anarchie alors en vigueur à Maurice. En effet, dans le cadre de la campagne de « Civil Disobediance », 175 chômeurs de Mahébourg avaient entamé une marche vers Port-Louis mais ont été arrêtés à Curepipe. Ils ont été détenus à la prison de Beau Bassin puis relâchés

Sir Seewoosagur Ramgoolam avait peut-être aussi besoin de temps pour que le Parti de l’indépendance se forme contre le PMSD, d’autant plus que les élections de 1963 avaient marqué le déclin du soutien au parti travailliste. L’alliance informelle entre le PMSD et l’IFB lors des élections de 1963 et leur utilisation intensive de l’ethnicité et de la casteisme respectivement dans la campagne électorale ont produit des divisions pour les deux partis dans les zones rurales et urbaines. Même en 1959, le siège de Ramgoolam avait été soumis à une menace intense à Triolet de la part du candidat de l’IFB, Juggurnauth Beedaysee et ce n’est qu’au cours de la dernière semaine de la campagne qu’il a pu sauver son siège avec le soutien de Sir Abdool Razack Mohamed et d’autres amis, tant à l’intérieur qu’à l’extérieur de sa circonscription.

Le 25 avril 1967, en dernier recours, le PMSD a démissionné du gouvernement. Sans se laisser décourager ni perturber par les tensions politiques, Sir Seewoosagur Ramgoolam a procédé avec prudence. Il a conservé sa prérogative de fixer la date des élections. Le 20 juin, il a annoncé que des élections auraient lieu le 7 août 1967. Avec du recul, l’élection de 1967 était un pari pour les deux partis. Bien que Sir Gaëtan Duval devait dire plus tard qu’il savait que le PMSD perdrait les élections, peut-être que lui-même ne se rendait-il pas compte qu’il était presque proche de la victoire. Au final, ce sont les trois circonscriptions rurales / urbaines de Port Louis Nord et Montagne Longue, La Caverne et Phoenix, et Vacoas et Floréal qui ont fait pencher la balance en faveur de l’indépendance.

L’IP (Parti de l’Indépendance) comprenait MLP, CAM et IFB. Environ 90% des électeurs ont voté le 7 août 1967.w Préférant maintenir des liens avec le Royaume-Uni, 44% étaient contre l’indépendance. Avec 39 sièges, l’IP a obtenu 53% des suffrages exprimés au niveau national. Le Parti de l’indépendance (IP) a vaincu le PMSD. Le PMSD a remporté 23 sièges soit environ 44% des voix, dont les deux sièges à Rodrigues. Une semaine avant les élections, le PTr promit l’éducation secondaire gratuite. Le parti de l’Indépendance (PTr 42, IFB 11 et CAM 7) présenta des candidats partout mais pas à Rodrigues.

Le PMSD présenta lui-aussi des candidats partout et deux à Rodrigues. Le All-Mauritius Hindu Congress présenta 13 candidats. Le PTr eut 39 élus (dont Sir Seewoosagur Ramgoolam, Sir Veerasawmy Ringadoo, Sir Satcam Boolell, Jagatsingh, Walter, Ramnarain, S. Bissoondoyal, Yousuf Mohamed et Raouf Bundhun), le PTr remportant 34 % des votes, l’IFB 15% et le CAM, 6%. Sir Abdool Razack Mohamed, Guy Forget et le Dr Chaperon furent battus. Le PMSD eut 21 élus plus les deux de Rodrigues (dont Duval, Lesage, Rivet et Jean Ah Chuen) mais Jules Koenig fut battu au n° 15 (La Caverne-Phoenix). Le All Mauritius Hindu Congress fut laminé. Le Dr Curé n’eut que 158 voix à Vacoas-Floréal et le Dr Millien 75 à Belle-Rose – Quatre-Bornes. Le best-loser system donna quatre élus au PTr (Guy Forget, G. Balancy, A.R. Mohamed et Eliezer François) et quatre au PMSD (Bussier, le Dr Maingard, Alex Rima et Tangavel Narainen).

Malgré un tel résultat en faveur de l’indépendance, les 44% de Maurice qui avaient voté contre l’indépendance, reste une interrogation importante de l’histoire mauricienne, ce qui était vraiment incroyable.

Sir Seewoosagur Ramgoolam affirma que : « C’est la fin d’un voyage et le début d’un autre »

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Sir Charles Gaëtan Duval, plus connu sous le nom de Gaëtan Duval est un avocat et homme politique mauricien, chef de file du Parti Mauricien Social-Démocrate de 1967 à sa mort. Leader charismatique et représentatif de la bourgeoisie créole, il est député à partir de 1960 et plusieurs fois ministre sous les gouvernements de Sir Seewoosagur Ramgoolam et Sir Anerood Jugnauth. Il reste dans les mémoires comme ministre mauricien du Tourisme de 1967 à 1973, puis de 1986 à 19881. Il est l’une des personnalités politiques les plus connues à l’île Maurice et à l’étranger, ayant particulièrement contribué à faire du pays une destination prisée par les touristes fortunés. Sa popularité lui vaut le surnom de « Roi des Créoles » auprès de la population mauricienne. Adversaire de l’indépendance aux côtés de Jules Koenig, Sir Gaëtan Duval engage par la suite son parti dans un Gouvernement d’unité nationale avec le Parti travailliste de Sir Seewoosagur Ramgoolam dès 19695. Ses différends avec le Mouvement militant mauricien de Paul Bérenger et ses frasques en tant qu’homme politique en ont fait un personnage controversé, parfois qualifié de « démagogue » et entretenant une proximité avec le milieu des affaires et l’élite franco-mauricienne de l’île. Il est enterré au cimetière de Saint-Jean à Curepipe et fait toujours l’objet d’homélies régulières de la part des partisans du Parti Mauricien Social-Démocrate et de ses sympathisants. Gaëtan Duval vécu dans une grande intimité avec des partisans, y compris ses nervis. Dont Baron, de petite taille son homme à tout faire. Il y avait aussi dans chaque coin du pays de fervents bleus, les indécrottables bien endoctrinés. Il faut croire qu’il avait une place dans le cœur de ses compatriotes qui lui ont donné des funérailles uniques à Maurice. Cet orgueilleux aimait dire qu’il ne “mourra jamais, mais fera semblant de l’être’. Gaetan Duval a eu deux fils Xavier Luc Duval et Richard Duval. Xavier Duval en désaccord plus tard avec son père a crée son fondateur de son propre parti, le Parti Mauricien Xavier Duval. La légion d’honneur lui a été décernée par la France et il fut anobli par la reine Élisabeth II. Devenu Sir Gaetan, il a continué a oeuvrer pour le développement du pays. L’aéroport de Plaine Corail de Rodrigues porte le nom de Sir Gaëtan Duval, en hommage au politicien. De sa vie privée beaucoup d’anecdotes sont véhiculés dans le public. On a dit que son droit à l’excès était proverbial. Il roulait sa Rolls Royce rutilante blanche et avait un haras à Poste Lafayette. Duval a beaucoup voyagé et était devenu quasiment universaliste. De bonne compagnie, il a reçu dans son manoir de Trou d’eau douce des grands de ce monde, des acteurs et actrices Connu pour sa grande générosité, il avait des amis dans tous les milieux. Une statue de Duval se trouve à la municipalité de Beau-Bassin-Rose-Hill. Lindsay Noë, dans son livre “L’Enfant Terrible de l’île Maurice”, a raconté l’enfance, la jeunesse et la vie de sir Gaëtan Duval dans le domaine politique et juridique. IL dit que Duval avait une intelligence hors du commun. Il termine ses études de droit Anglais et Français en 18 mois, la moitié du temps normal. Duval est mort le 5 mai 1996. On le regrette comme un grand patriote, qui ne voulait pas de barrières entre mauriciens. Il a été un précurseur qui avait choisi la voie du développement rapide du pays pour donner du travail aux petits qui luttaient contre la misère. Gaëtan Duval aurait dit que tous ont a un rôle à jouer, comme dans un long métrage, occupant plusieurs rôles à la fois.

ZUHAYR DHUNNY

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