June 29, 2022
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Opinion

Une version messianique de notre existence

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Tétanisés par la peur d’un éternuement qui pourrait leur transmettre une complication pulmonaire, les Mauriciens ont peu de temps pour s’intéresser à d’autres évènements. Oui, l’épidémie de coronavirus (COVID – 19) se propage et bouleverse les gens. Et avec elle, les amalgames. Alors que la pneumonie virale atteint désormais un bilan de plusieurs morts et des milliers de contaminations, la panique gagne les pays du monde et engendre des comportements lourds de préjugés. Parmi tous les problèmes auxquels peut être confronté un gouvernement, la gestion d’une épidémie est sans doute l’un des plus épineux. Ici, il n’y a pas le bien contre le mal comme pour le terrorisme, pas de rapports de forces comme dans un conflit social, pas d’adversité politique comme gouvernement/ opposition. Il convient de serrer les rangs, se serrer les coudes en attendant de se serrer la ceinture dans le pire des cas.

Valeur du jour, le ministère de la Santé s’en tire à bon compte. Pourtant, quel ingrat métier que celui du ministre de la Santé. Toujours sur le qui-vive, pour ne pas dire sur la sellette. Quand on ne l’interpelle pas sur la mort d’un nouveau-né, le premier Docteur du pays peut avoir à se justifier sur un autre cas épineux. Voilà à plein bras le Covid 19. Mais, alors que les grands pays sont plus fragiles qu’ils en ont l’air, Maurice est en train de « boxer » au-dessus de sa catégorie, ayant mis en place des dispositifs, efficaces jusqu’à l’heure. Dieu merci! L’auteur de ces lignes en a été témoin à l’aéroport de ce branle-bas de combat des autorités et qui ne laisse aucune marge à l’erreur ou le relâchement. On pourrait rétorquer que la superficie de Maurice est d’une dimension contrôlable, mais empressons-nous d’ajouter que le nombre de touristes qui nous visitent expose le pays à des risques certains. D’où le mérite du gouvernement à déployer une vigilance et des moyens à toute épreuve. Ce qui est bien c’est que tous ont compris que ce n’est pas l’heure de perdre du temps en palabres et en récupération politique, bombements de torses ou encore en démonstrations de forces. Malheureusement, ailleurs, comme en France et en Italie, c’est déjà le Niveau 3 en terme de prévention. Pour que le seuil 3 soit déclenché, il faut que le virus circule activement et largement dans le territoire et que le nombre de contaminations augmente. En plus, alors qu’elle n’avait pas besoin de cela, la France s’embarrasse du fléau de racisme dont des têtes d’oeuf ont assimilé à la propagation du virus. Les personnes d’origine asiatique ont donc dénoncé sur les réseaux sociaux les amalgames dont elles sont victimes depuis le début de l’épidémie. Sur Twitter, avec le hashtag « #JeNeSuisPasUnVirus », les témoignages affluent entre regards de travers, insultes dans les transports en commun et blagues de mauvais goût.

Le cri de colère vient de partout pour contrer la puanteur de ce racisme ambiant. On sait très bien qu’un virus n’a pas de nationalité, mais ce monde est ainsi fait que pratiquement tout tend vers l’irrationnel et la suprématie, tant les gens font abstraction du fait qu’ils auront des comptes à rendre. Des millions de personnes seraient-ils à ce point déconnectés des valeurs spirituelles pour agir de la sorte ? Personne ne sait de quoi demain sera fait et si l’on peut présumer d’un évènement, il n’en demeure pas moins que la certitude est du seul domaine de la Providence. Autant que faire se peut, l’homme tente de repousser ses limites et n’envisage pas, encore moins n’appréhende point la fin de son existence. Comme l’a si bien décrit Blaise Pascal, philosophe, esprit universel et penseur religieux, « tout est fait dans ce monde pour que l’homme oublie qu’il va mourir un jour ». Il précise que c’est l’inconsistance qui domine dans l’humaine nature. Ces références sont nécessaires pour comprendre l’état d’esprit, les réactions et les visées des hommes. Ils s’accrochent à leur vie comme s’ils allaient vivre pour toujours. Avoir le sens de la mesure ne fait pas partie de leur vocabulaire. Quand on regarde de plus près cette grande majorité, on se rend à l’évidence que dans leur regard il n’y a pas la peur de mourir. Vivre dans l’imminence de ce point terminal n’est pas dans leur objectif. À l’inverse, c’est cette gourmandise (de tout ce qui puisse procurer de l’exaltation, de la luxure) qui vit en eux en permanence, sans relâche. Que leur nom soit envoyé à la postérité et qu’ils soient à l’aise financièrement pour le reste de leur vie sont les deux maîtres-mots de leurs ambitieuse chevauchée.

Les épidémies, les calamités et les catastrophes sont des manifestations du Pouvoir Suprême pour rappeler à l’humanité qu’elle ne pourra jamais se suffire à elle-même, qu’elle doit cesser de se renfermer dans l’égoïsme, arrêter de faire du tort aux autres. S’il est un symptôme infaillible d’une société en crise et dans la perdition, c’est bien cette rupture avec la Foi et la course effrénée vers le matériel et la débauche. Et, ce qui est frappant c’est que pauvres et riches sont tous logés à la même enseigne quand un mal surgit. Cependant, quoiqu’on en fasse, rien n’arrêtera les mercenaires du profit, ceux qui prospèrent dans l’industrie pharmaceutique et pour lesquels il n’y a ni foi ni loi. Déjà avec les masques et le désinfectant pour les mains, ils font monter les prix. Sans compter que des masques périmés sont en vente. Ne serait-il pas grand temps que chacun commence à croire en une vision messianique de sa fonction, sa carrière, de son existence ?

Comme l’écrivain Léon Daudet l’a si bien défini : « …Les travailleurs manuels, revenus des utopies messianiques…, ne rêvaient plus que d’un petit capital et d’une petite propriété… ». La réalité n’est pas si loin. Pravind Jugnauth si bien informé de la situation actuelle invite les Mauriciens, en premier ses ministres, à s’astreindre à la mesure et la raison. « Costs cutting » tous azimuts. Notre forte dépendance du tourisme pourrait coûter très cher au pays si par malheur ce virus de Covid-19 persistait longtemps. Une raison de plus de rechercher sans relâche la clémence du Créateur.

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