April 20, 2024
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Accidents de la route: prévenir une hécatombe nationale

Les chiffres rendus publics par la Commission nationale sur la sécurité routière et présentés par le Premier ministre Pravind Jugnauth doivent interpeller : de janvier au début du mois d’aout 2023 les piétons représentaient 37 % des victimes d’accidents de route alors que les motocyclistes en constituaient 36%. Presque 60 % des accidents sont survenus en soirée. La baisse des accidents de 2017 à 2022 est en partie expliquée par les deux confinements suivant la Covid-19 en 2020. Autre fait explicatif est le nombre croissant de notre parc automobile d’année en année. La voiture jadis représentée comme véritable objet de luxe dont seuls les ‘riches’ se pouvaient l’offrir n’est plus perçue comme tel. Elle tend désormais à devenir un objet utile tout en restant la structure sociale la plus puissante.
Le parc automobile de l’ile Maurice reflète parfaitement l’essor économique et social de notre population, de même que l’extension
des zones résidentielles dans la périphérie des villes et le milieu rural.
Au cœur de ce développement, la voiture a valeur de symbole car elle est l’expression du statut social de son possesseur, ce dernier pouvant être affecté à un poste qui lui donne droit à une voiture de fonction ou encore son salaire lui permettant de rouler une voiture. Sur la route, c’est à qui possèdera le dernier modèle. La concurrence pour l’espace s’observe par exemple sur les autoroutes ou les voitures rapides agissent de façon à s’approprier la totalité de la voie de droite en chassant les voitures moins rapides qui l’occupent et en les incitant par toute une série de manipulations (coups de klaxons, appels de phares, etc…) à se rabattre sur la voie de gauche. Bref, tout se passe comme si, les inégalités prenaient, sur la route, la forme spécifique de puissance et de vitesse.

Culture de conduite
Par contraste à des pays industrialisés qui sont aussi constructeurs d’automobiles, la grande majorité de Mauriciens n’a pas de culture de conduite, ce qui explique en partie le nombre d’accidents survenant sur nos routes. Depuis ces dix dernières années, avec une certaine sophistication de la société mauricienne et la transformation de nos habitudes de consommation, sans oublier la création de nouveaux espaces de ‘vivre-travailler’ le rôle de la voiture est devenue centrale dans la vie des Mauriciens. Mais cette omniprésence de l’automobile est simultanément au cœur de nombreux débats de société dans des pays qui ont connu leur ‘révolution’ technologique incarnée par l’automobile : la « bagnole » est critiquée pour les millions de victimes qu’elle fait sur les routes, pour avoir envahi les centres urbains et détruit l’espace public, pour la pollution qu’elle engendre, pour la dépendance qu’elle crée auprès des conducteurs, ou encore parce qu’elle incarnerait une société de consommation au caractère aliénant et insoutenable. À l’heure où le développement d’une mobilité dite durable est dans tous les discours, l’automobile n’aurait plus la cote dans ces pays – la ville de Paris en est l’exemple-type.
Trop-plein de voitures
Mais à l’ile Maurice, nous n’en sommes pas encore là même si tôt ou tard nous serons nous-aussi rattrapés par la remise en question du trop-plein de voitures dans notre vie quotidienne, d’autant que l’espace – ou le manque d’espace -, ne se prête pas à un nécessaire équilibre entre commerces, zones d’habitation et autoroutes. Historiquement, la voiture constituait un bien élitiste qui s’est progressivement massifié. Le sociologue Yoann Demoli fait observer : « Dérivant progressivement en problème public, la thématique de la voiture a donné naissance au concept de ‘conscience automobile’ ». A l’instar des styles de conduite et des caractéristiques techniques de voiture, Yoann Demoli argue que la concurrence entre les différentes marques s’opère à présent dans leur rapport à la sécurité et à la pollution atmosphérique. Avec les progrès technologiques en termes de performance en vue de réduire leur empreinte carbone, dans un avenir proche – à l’horizon de 2030 fixé par le gouvernement mauricien -, l’ile Maurice sera elle-aussi contrainte d’envoyer à la casse ses voitures de l’ancienne génération, en sachant que les constructeurs sont engagés dans une course afin de remporter le marché mondial des voitures dites ‘écologiques’.
Des millions de victimes d’accidents
Dans l’immédiat, ce qui nous interpelle, ce sont ces millions de personnes victimes d’accidents de voiture à travers le monde, engendrant des perturbations majeures, des couts économiques considérables et, surtout, une tragédie humaine. Les facteurs contribuant aux accidents de route sont variés, allant du comportement des conducteurs et piétons aux conditions météorologiques en passant par l’état des infrastructures routières. Selon les dernières statistiques de l’Organisation mondiale de la Sante (OMS), environ
1,35 million de personnes meurent chaque année suite à des accidents de voiture, et entre 20 et 59 millions d’autres sont blessées. La majorité des victimes se trouvent dans dans les pays en développement où les infrastructures routières sont souvent dépassées ou insuffisantes, Les cas de négligence de certains piétons font aussi écho à certains automobilistes qui ne respectent pas les feux de signalisation. Même dans les pays développés disposant d’une règlementation routière plus stricte, comme l’ile Maurice, et d’infrastructures plus modernisées, le nombre d’accidents reste élevé. Effectivement, certains facteurs récurrents contribuent à ces collisions : vitesse excessive, alcool au volant, utilisation du téléphone portable pendant la conduite. La formation des conducteurs est aussi un élément clé pour réduire les accidents de route : la plupart des pays ont ainsi obligé une formation préalable à l’obtention du permis de conduire mais il reste beaucoup à faire pour améliorer la qualité de cette formation et encourager une conduite plus responsable et sécuritaire.

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