January 27, 2023
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Interview

Azad Dhomun, banquier : « Incroyable la fusion entre l’Islam et la Chrétienneté en Palestine »

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Les Catholiques célèbrent la Pâques, ce dimanche. Alors que les musulmans observent le jeûne du Ramadan.Azad Dhomun, 76 ans et banquier, a pu vivre de près la fusion des religions chrétienne et musulmane, lors de son périple en Palestine. Il nous parle de cet extraordinaire voyage au pays où la fraternité religieuse n’est pas un vain mot. Lui qui vient précisément d’un pays qui professe les mêmes valeurs de proximité religieuse à son peuple.

Comment le musulman que vous êtes vit le Ramadan ? Surtout que vous avez vécu cela en Palestine, où vous aviez été un des rares Mauriciens à visiter ce pays, dont les habitants endurent le martyr aux mains des Israéliens ?

Depuis ma tendre enfance, je jeûne. Depuis mes dix ans en fait. Et j’ai toujours gardé cette tradition familiale et religieuse. Car, né dans une famille musulmane qui observait ce pilier de l’Islam. Par ailleurs, ayant étudié et travaillé au Pakistan, où j’ai dirigé la Habib Bank, et ensuite fait une tournée dans les pays du Golfe, et en Afrique comme ambassadeur, c’est devenu une tradition et une habitude. And I look forward.

Quand je vois ce qui se passe en Ukraine, c’est exactement ce qui se passe en Palestine. C’est écœurant. J’ai effectivement pu me rendre en Palestine, en compagnie du Vice-Premier ministre d’alors,en 2015.A savoir Xavier-Luc Duval. C’est un souvenir merveilleux et mémorable. A l’époque, il avait reçu une invitation concernant le tourisme religieux en Terre Sainte. Et il m’avait proposé de l’accompagner. Mais avant d’y aller, il devait représenter le pays à une conférence de l’Union Africaine, qui se tenait en Afrique du Sud, à Johanessbourg. Nous sommes allés assister à cette conférence. Et lors de la pause thé, de loin il a vu Mahmoud Abbas. Et Xavier me dit « Bhye Azad, n’est-ce pas Mahmoud Abbas là-bas ? » Je regarde et lui dit « oui, c’est bien lui. » Et il me propose qu’on aille lui parler. Je vais donc vers Abbas, je lui fais la salutation « Assalamalaikum » et il me répond : » Waleikumsalam ».Et je lui parle de notre visite en Palestine. Et je lui présente notre Vice-Premier ministre. Ils se sont salués. Ce fut une rencontre formidable, remplie de fraternité et d’émotion. Surtout quand Xavier lui a parlé de nos « Palestiniens » à nous, les Chagossiens. En quelque sorte, nous étions comme frères. Et là, Abbas nous a donné l’assurance que dès notre arrivée, nous serons pris en charge par son gouvernement. Et qu’il nous ferait rencontrer tous ceux que nous souhaitions rencontrer. Et même visiter un camp de réfugiés. On s’est de nouveau rencontré lors du déjeuner et du dîner, que le président Sud-Africain offrait aux délégués. Et par la suite, nous avons pris l’avion. Nous sommes arrivés à Tel Aviv, par un El Al de Johanessbourg. Et à Tel Aviv, nous voyons quelqu’un qui se présente comme le « Protocole Officer » du ministère des Affaires Etrangères. Et il nous demande le but de notre visite. On le lui explique. Et lui croyait que nous étions invités par le gouvernement Israëlien ! En comprenant le but de notre visite, il nous a fait savoir que nous ne pourrions pas passer par la filière VIP. Je suis sorti par la sortie normale, et Xavier est passé par le côté officiel. Nous sommes arrivés à Bethléem, non sans passer par des checkpoints Israëliens. Et on a pu assister à la conférence sur le tourisme religieux.

Le ministre Palestinien du Tourisme et le maire de Bethléem nous ont reçus. Nous avons visité des lieux saints, chrétien et musulman. Et Xavier m’a accompagné à la mosquée d’Omar. Et ensuite, nous sommes arrivés à Jérusalem, où nous avons visité la mosquée Al aqsa, le Dôme du Rocher. Et Xavier a fait le trajet du Golgotha, là où s’est déroulé le calvaire du Christ. Il est allé s’incliner dans la chapelle de la Nativité. Et je me souviens que c’était le début du Ramadan. Et à un certain moment, je vais devoir faire l’iftar. Et le guide qui nous accompagnait nous a dit « ne vous en faites pas, pas de problème pour ça. »Et je suis allé à la mosquée adjacente à la maison où on se trouvait. Et j’ai été surpris de voir que notre hôte m’a laissé à l’entrée. Et je lui ai dit « mais vous n’entrez pas, Fadil ? » Et là, il me dit « mais je suis chrétien. » Je suis donc allé faire ma prière, et en retournant je suis allé m’excuser auprès de Fadil, en lui disant « je fais le Ramadan et je t’ai donné du souci. » Et il me répond : » Au contraire, chez nous ça se fait comme ça. » J’étais surpris. Et après l’iftar, nous sommes rentrés à l’hôtel. Et Xavier m’a dit : »C’est incroyable cette fusion entre l’Islam et la Chrétienneté. Si seulement on pouvait avoir ça à Maurice. »

En Palestine, nous étions les invités du ministre du Tourisme. Et on nous a fait visiter les lieux saints du christianisme et de l’Islam. Un souvenir inoubliable ! Et c’est comme ça qu’à notre retour à Maurice, Xavier et moi, on a fait le tour de Maurice, en partageant le Iftar durant le Ramadan.

Xavier et moi, nous avons beaucoup voyagé ensemble, avec notamment un voyage sur l’île de Gorée, où a eu lieu la traite des esclaves en Afrique.

Quel regard jette le banquier que vous êtes sur la gestion économique du pays ?

Nous passons par des moments extrêmement difficiles. Dont le Covid et la guerre en Ukraine. Couplés avec la gestion de la finance. Les trois ensemble compliquent effectivement les choses. Et ce n’est pas facile à résoudre. Et d’après moi, la gestion économique n’a pas été la meilleure. Question de confiance, de compétence. Quand vous n’avez pas de gens compétents qui gèrent nos affaires, ils s’adaptent difficilement aux conditions réelles. Dont la montée des prix et la dépréciation accélérée de la roupie. En sus de ça, vous avez le problème d’emplois, les exportations qui ont ralenti et le fret qui a sensiblement augmenté. Et avec la conjonction de tous ces éléments, tout cela va rendre la vie beaucoup plus chère à Maurice.

Azad Dhomun,vous êtes un homme chanceux. Vous avez connu Sir Gaëtan Duval et son fils. Quelle est la comparaison que vous faites entre les deux ? Et êtes-vous toujours membre du PMSD ?

J’ai été membre du PMSD, mais plus maintenant. Concernant les deux Duval, j’ai eu des relations privilégiées entre les deux. Il y a une différence entre Sir Gaëtan et Xavier. J’ai connu Sir Gaëtan en tant qu’avocat. Il a été mon conseiller légal. Il a été mon client à la banque, et il a été mon ami. Et donc, de temps à autre, on discutait ensemble de l’économie mauricienne et en 1983, quand il y avait un taux chômage assez élevé à Maurice, il m’a demandé de lui donner un coup de main, pour faire employer les Mauriciens dans les pays du Golfe. J’étais à cette époque le Vice-président de la Habib Bank de Zurich. Je faisais le va-et-vient entre les pays du Golfe et Maurice. Et donc, je connaissais les dirigeants de ces pays, qui employaient de la main-d’œuvre étrangère. Et donc, j’ai profité de ces relations pour faire employer des Mauriciens. Si vous vous souvenez, à un certain moment dans toutes les familles mauriciennes, il y avait un membre qui partait travailler dans le Golfe. Et à la fin de chaque mois, il envoyait quelque chose pour la famille. Beaucoup aujourd’hui sont retournés et ont leurs propres maisons et ouvrent leurs petites et moyennes entreprises. A cette époque, je me souviens qu’il y avait 90000 chômeurs dans le pays. Et quand j’ai été nommé ambassadeur itinérant de Maurice pour les pays du Golfe, le bureau des passeports travaillait 24h sur 23, pour délivrer des passeports à ceux qui partaient travailler dans le Golfe.Ca m’a rapproché beaucoup de Sir Gaëtan. Je l’ai accompagné beaucoup dans ses visites dans ces pays du Golfe. Et ensuite, British Airways commençait à faire la liaison Bahrein-Maurice, Abu Dhabi-Maurice, et éventuellement maintenant ça a été repris par Emirates, avec deux vols par jour. Et on a maintenant le tourisme de cette région.

J’ai connu Xavier enfant. Il a grandi devant moi. Et après la mort de son père, il s’est beaucoup rapproché de moi. Gaëtan et moi, on se parlait tous les jours. La veille de sa mort, vers les 17h il m’appelle. Il devait entreprendre un voyage au Zanzibar. Et à un certain moment, il me dit : » Azad, get mo piti. » On se parlait en français, en créole, en anglais. Et donc, à un moment il me dit « mo pa tro bien. Mo pe gagn enn lagrip. » Et comme le Dr Chataroo m’accompagnait souvent quand j’allais chez Gaëtan,je lui dis « to le mo amenn Raouf ? », et il me répond : » Non,to kone mo pou dormi,demin gramatin mo pou korek. » Et avant de se quitter,il me dit : » Bhye Azad okip mo piti.Get mo piti. »

A ce moment-là, ça m’a paru bizarre que Gaëtan Duval me dise ça. Cela m’est resté toujours en mémoire. Et le lendemain, j’apprends sa mort. Et comme j’ai la nouvelle, je téléphone à Xavier. Et lui annonce la mort de son père. Et Xavier me répond : » To pa dir mwa li ti malad. » Et je lui fais comprendre que la veille, on se parlait, qu’il était bien. »

On se parlait tous les jours, Gaëtan et moi. Il venait même à la maison. Et quand je suis allé chez Gaëtan, et vu Xavier, je l’ai serré dans mes bras. Et là, je me suis rendu compte qu’il y avait une affection qui s’est développé durant ces embrassades. Et que Xavier was looking down for a father figure, comme un tonton. Ce fut un moment rempli d’émotion. J’ai senti qu’il y avait quelque chose entre lui et moi. Depuis lors, Xavier me consulte très souvent et aujourd’hui, il est devenu comme son père pour moi. On se parle, une fois, deux fois, par jour. Figurez-vous que Sir Gaëtan avait l’habitude de venir déjeuner chez moi les mercredis. Surtout quand il venait plaider en Cour de Rose-Hill. Il téléphonait à Fatima, et mon épouse lui demandait ce qu’il voulait manger ? Et Sir Gaëtan de lui dire : »To kone, to fer diri, lentilles, apre sa to fer kima » Quand il parlait de « kima »,il parlait d’autre chose. Alors je disais toujours à ma femme : »to kone, Gaëtan pa pou vinn tousel. Alors, prévois un déjeuner pour cinq personnes. » Car, il avait toujours des gens qui l’accompagnait.

Par contre, Xavier est différent. Il vient chez moi, les mercredis et les samedis. Les mercredis, il reçoit ses mandants, et les samedis il fait la tournée de la circonscription. Il s’assoit là où vous êtes assis. Et des fois, il prend une douche et dort. Il a une chambre d’ami qui lui est réservé. Voilà le genre de relations que j’ai eues avec Gaëtan et son fils. Gaëtan et moi, c’était comme deux frères. Et avec Xavier, c’est comme « tonton-neveu ».Mais le plus important, c’est cet élément de confiance entre nous. Et ce voyage en Palestine a consolidé cela.

Parlez-nous de cette récompense, où vous avez été élu Premier Banquier d’Afrique récemment ?

J’ai fait plus d’un demi-siècle dans le domaine bancaire. Et j’ai passé 25 ans à diriger la Habib Bank de Maurice et de Zurich. Ensuite, je suis parti en Afrique, où j’ai dirigé plusieurs banques africaines, dans plusieurs pays Africains. L’année dernière, un magazine qui est l’équivalent de The Economist et du Financial Times en Afrique, avait choisi 100 personnes qui ont contribué au développement de l’Afrique. Et le 18 décembre 2021, à Nouakchott, en Mauritanie, j’ai été invité. Et parmi les 100 personnes que Financial Afrique a choisies, j’ai été nominé dans la section Banque.25000 personnes ont voté, provenant de 54 pays Africains. Et le jury m’a accordé le premier prix dans le secteur bancaire. C’était un honneur d’avoir été le premier Mauricien à recevoir cette distinction. Venant surtout d’un petit pays, et élu parmi les 100 personnes qui ont développé l’Afrique, c’était une consécration, un couronnement. Donc, après le Grand Officer of the Star and Key, que le gouvernement mauricien m’avait accordé, pour services rendus dans le domaine bancaire, maintenant c’est l’Afrique reconnaissante qui me récompense. C’est une fierté pour moi, et pour le pays bien sûr.

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