May 17, 2022
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Bonbonne de gaz ménager à Rs 240 : Le ministre Callichurn tente de justifier cette augmentation

Dans une déclaration à l’Assemblée Nationale hier, en fin d’après-midi, le ministre du Commerce et de la Protection des Consommateurs a, un peu maladroitement, tenté de justifier cette hausse de Rs 60 sur une bonbonne de gaz de 12 kg, qui passe de Rs 180 à Rs 240. En effet, depuis hier les Mauriciens se sont réveiller avec la gueule de bois, non pas à cause des festivités liées à la fête de Pâques, mais à cause de ce coup de massue, pour le moins inattendu que surprenant.

Dans ses explications devant les membres du Parlement, Soodesh Callichurn a indiqué que le GPL (gaz de pétrole liquéfié) est un produit stratégique qui est uniquement importé par la State Trading Corporation (STC). Les besoins annuels sont d’environ 78 000 tonnes et ce produit est largement consommé par tous les segments de la population.

« Conscient de la nécessité pour le GPL de rester abordable à tout moment, la politique du gouvernement a toujours été de subventionner le prix du GPL depuis 2003. À cette époque, le prix de détail subventionné d›une bouteille de 12 kg était de Rs 224. Entre février 2004 et février 2012, le prix de détail subventionné d’une bouteille de 12 kg a toujours fluctué dans une fourchette de 214 à Rs 300. Et en mars 2012, il a atteint un pic sans précédent de Rs 330 pour une bouteille de 12 kg. Il est inutile d’ajouter que les fluctuations et la hausse de Rs 330 ont été dictées par des considérations de marché et par le prix du pétrole brut Brent sur le marché international », a expliqué le ministre du Commerce.

De Rs 270 à Rs 240 le prix d’une bonbonne de 12 kg

De ce fait, a-t-il ajouté, lorsque la situation a commencé à se stabiliser sur la scène internationale et que la situation financière de la STC était saine, le gouvernement a décidé de ramener le prix de détail subventionné d’une bouteille de 12 kg à Rs 270 en août 2016, Rs 240 en juin 2018, Rs 210 en juin 2019 et Rs 180 en juin 2020.

Cependant, avec l’invasion de l’Ukraine par la Russie, adossée à la pandémie de COVID-19, Maurice est touché par un double choc jamais vu dû à l’offre. En tant que petit État insulaire en développement doté d’une petite économie, éloigné des marchés traditionnels, Maurice est encore plus vulnérable. Personne ne peut nier que le conflit entre la Russie et l’Ukraine a eu un impact profond sur les prix des produits pétroliers, y compris le GPL, un dérivé des produits pétroliers. À titre indicatif, la Russie exporte environ 6,5 millions de barils de Brent par jour. De même, la Russie représente 17 % de la production de gaz naturel », avance Soodesh Callichrun.

C’est ainsi, explique-t-il, les prix du pétrole brut ont considérablement augmenté en 2021, car la hausse des taux de vaccination, l’abandon progressif des restrictions et la réouverture des frontières ont entraîné une augmentation de la demande de pétrole plus rapide que l›offre. À savoir que le prix, au comptant, du pétrole brut, qui se situait vers la fin de 2020 à environ 50 USD le baril, est passé à 80 USD le baril en 2021 avant de se stabiliser à 71 USD le baril juste avant l’invasion de l’Ukraine par la Russie.

« Le marché du hub pétrolier est très volatil et imprévisible »

« Immédiatement après l’invasion de l’Ukraine par la Russie, le prix du Brent sur le marché international a commencé à grimper pour atteindre un niveau sans précédent de 140 USD au cours de la première semaine de mars 2022. Le marché du hub pétrolier est très volatil et imprévisible et si la situation actuelle persiste, il sera inévitable que sur le marché mondial la demande reste durablement supérieure à l’offre. Par conséquent, il n’est pas exclu que les pays qui ne disposent pas d’un programme d’achat et d’approvisionnement solide et soutenu soient confrontés au risque de pénurie ou de rareté des produits pétroliers, y compris le GPL », soutient le ministre dans une Assemblée pas très favorable à cette décision.

Il a de ce fait renchéri qu’en tant que « caring gouvernement » et responsable et pour assurer la continuité de l’approvisionnement et de prévenir toute éventuelle pénurie tout en permettant au public d’accéder au GPL à un prix abordable, « il n’a eu d’autre alter- native que d’intervenir au moment opportun afin d’éviter de futurs problèmes ».

En effet, pour replacer les choses dans leur juste perspective, dira-il encore, le gouvernement n’a pas augmenté le prix du GPL mais a simplement réduit l’élément de subvention de seulement 9,1 %. Par conséquent, pour une bouteille de 12 kg que le STC achète à Rs 661,49, le prix de détail subventionné est de Rs 240 au lieu de Rs 180 à partir d’aujourd’hui (ndlr : hier).

Il convient de mentionner que pour l’exercice financier 2016-2017, lorsque le prix subventionné du GPL était de Rs 270, le coût total de la subvention supportée par la STC était de Rs 162,10 millions. Au cours de l’exercice 2017-2018, le coût total de la subvention est passé à Rs 348,6 millions, Rs 622 millions pour l’exercice 2018-2019, Rs 752,4 millions pour l’exercice 2019-2020 et un peu plus d’un milliard de roupies pour l’exercice 2020-2021. Si le prix avait été maintenu à Rs 180, une projection pour les 12 prochains mois indique que le coût total de la subvention aurait été supérieur à Rs 2 milliards. Il était donc nécessaire de freiner l’escalade des coûts de subvention et de prévenir une crise », concède le ministre.

Ce dernier a rappelé qu’il n’y a aucun motif sinistre derrière la décision de réduire de 9,1 % la subvention sur une bonbonne de 12 kg et que cette décision a été uniquement motivée par le contexte international actuel et la hausse du prix du pétrole brut Brent.

« Je saisis également cette occasion pour rassurer la population dans son ensemble que le gouvernement suit de près la situation internationale telle qu’elle se déroule jour après jour. Dans les moments difficiles, nous devons tous nous serrer les coudes car la solidarité nationale est un élément clé de la durabilité et du succès », a conclu Soodesh Callichurn.