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Le journal WEEK-END avait consacré le 15 avril 2012 une rétrospective au scandale de MACARENA. Nous prenons la liberté de reproduire cet article qui est le fruit d’un travail de recherches.

Cela a fait quinze ans à la fin du mois dernier (MARS 2012) depuis qu’a éclaté un scandale qui allait occuper la une de l’actualité pendant plus d’une semaine et marquer l’histoire politique locale : “l’affaire Macarena”. Nous avons puisé dans nos archives pour résumer cette affaire qui fut qualifiée à l’époque de « plus gros scandale que Maurice ait connu. »

Tout commence par une rumeur qui enfle rapidement à la fin du mois de mars 1997. Elle indique qu’une soirée très particulière se serait déroulée dans un campement à Albion, à la veille de Pâques. C’est Week-End qui publie la première information sur cette affaire dans son édition du 6 avril sous le titre “Private Party” à Albion. Week-End explique que “cette étrange affaire de mœurs qui impliquerait de très hautes personnalités du pays et quelques jeunes femmes” alimente les conversations des cocktails et autres dîners mondains. Cette affaire, “qui a pour nom de code Macarena”, aurait été « une soirée très arrosée, commencée très tard et terminée très tôt dans un luxueux campement d’Albion. »

Le texte de Week-End révèle qu’une personnalité avait invité quelques jeunes et jolies demoiselles à un cocktail party. Arrivées sur place, les invitées découvrent, avec surprise, que la soirée est une « very private party » avec très peu d’invités. Essentiellement des messieurs, utilisant souvent l’anglais dans la conversation, sans leurs épouses. Celui qui avait lancé les invitations explique que les épouses ont été retenues. Après une heure du matin, une imposante voiture noire arrive avec à bord une grosse personnalité accompagnée d’un de ses amis intimes : la soirée peut commencer. Elle est marquée par l’exécution de la danse à la mode du moment, la Macarena, qu’un des invités semble particulièrement apprécier.

« Avec des jeunes femmes et des personnalités du pays »

À un moment de la soirée, une des invitées refuse de se laisser peloter et sort du campement en claquant la porte. Celui qui avait lancé les invitations court après elle sur la plage pour la calmer et la faire ramener chez elle. « Tout cela ne serait qu’une histoire entre adultes consentants si quelques-unes des jeunes femmes n’avaient manifesté le désir d’aller faire une déposition à la police sur certains événements qui se seraient déroulés au campement d’Albion, lors de la dernière partie de la Macarena party », conclut Week End. Cet article va mettre le feu aux poudres et faire éclater « l’affaire Macarena »

L’article de Week-End est le talk of the town du dimanche dans tout le pays. Chacun cherche à deviner qui sont les messieurs et qui étaient leurs jeunes invitées. Chacun avance des noms, échafaude des hypothèses et la rumeur enfle. Elle devient, le lendemain, le sujet de conversation des bureaux, des usines, des supermarchés, des bazars et dans les autobus. Le quotidien, Le Mauricien, va faire monter la fièvre en publiant d’autres détails sur les participants. Il annonce qu’un ministre et un député travaillistes ainsi que le directeur d’une importante société et deux hommes d’affaires faisaient partie des participants. Le Mauricien mentionne la présence parmi les invitées d’une ex-reine de beauté et d’une mineure.

L’affaire de mœurs prend alors une autre dimension. La caricature de Deven T, qui illustre l’article, fait sensation au Parlement en pleine session. Pour plaisanter, Arvind Boolell esquisse les premiers pas de la Macarena dans les couloirs du Parlement tandis que plusieurs députés font allusion au ministre Macarena dans leur discours. Le lendemain, jour de congé public, les noms des invités, faisant tous partie de l’inner circle de Navin Ramgoolam, sont cités. Tout comme ceux de quatre jeunes femmes qui pourraient avoir été les invitées de la désormais fameuse soirée qui, on l’apprend, s’est déroulée dans un campement d’un homme d’affaires des Plaines Wilhems, pas très loin de celui d’une parlementaire travailliste.
Les habitants d’Albion sont submergés de coups de téléphone demandant des informations sur la private party. Mercredi matin, l’express publie les noms des participants à la Macarena Private Party. Les noms des cinq jeunes femmes sont également cités, ce qui vaudra un procès en diffamation à l’express.

Ramgoolam: « Oui, j’étais à la fête d’Albion, mais pas fine arrive narien »

Avec la publication de la liste des participants, l’affaire de mœurs prend alors une dimension politique. Les partis de l’opposition tiennent des points de presse pour demander des explications au Premier ministre sur sa présence à cette fête très particulière. Le MMM, qui fait partie du gouvernement avec le PTr, réunit son Bureau politique présidé par Ahmad Jeewah en l’absence de Paul Bérenger, qui se trouve en déplacement à l’étranger. Le président du MMM réclame « une déclaration sans équivoque du Premier ministre pour tirer cette affaire au clair.” »Hervé Duval, alors leader du PMSD, pose le problème de façon différente : « On ne me fera pas croire que des femmes à qui on demande de venir seules à une party n’aient pas de soupçon sur la nature de la fête. Pas ti dire zot vine boire Pepsi, manze gâteau ! »

Après avoir gardé le silence depuis l’éclatement de l’affaire, Navin Ramgoolam va réagir dans la soirée de jeudi, lors d’une réunion travailliste à New Grove. « Oui, j’étais à la fête d’Albion, déclare-t-il, mais je n’y suis resté que quelques instants et pas fine arrive narien ». Il affirme que la party était organisée par le PDG d’une compagnie publique et qu’il a accepté d’y aller pour que ceux qui l’avaient organisée ne perdent pas la face. Il ajoute qu’il n’a pas l’intention d’organiser un référendum « à chaque fois qu’il doit sortir. »Le Premier ministre explique que la médiatisation de cette affaire est « une campagne de dénigrement » menée contre lui, comme on tenta autrefois de le faire contre son père. Le but de cette campagne est, selon lui, de tenter de déstabiliser son gouvernement. Il déclare ne pas avoir peur des « palabres » ou de quoi que ce soit et attaque la presse, accusée d’avoir un hidden agenda. Ahmad Jeewah réagit en disant que « les propos du PM sont loin d’être convaincants. » Ce qui provoque un véritable tollé chez les travaillistes.

Vendredi, la MBC accorde un large espace aux déclarations faites la veille par le Premier ministre, soutenu par ses ministres et ses agents. Les attaques contre la presse sont soulignées. Dans Le Mauricien du jour, Navin Ramgoolam invite Ahmad Jeewah, qui avait trouvé ses propos de la veille pas convaincants, « à se rétracter ou à quitter l’alliance. » Le président du MMM réplique par un communiqué circulé au Parlement dans lequel il déclare ne pas avoir « de comptes à rendre ni d’ordres à prendre du Dr Navin Ramgoolam. » Une déclaration qui plombe l’ambiance entre députés MMM et PTr au Parlement.

Au moment des questions parlementaires, les rouges ciblent Alan Ganoo en lui posant des questions sur une affaire de terres de l’Etat. Par la suite, le Premier ministre fait une longue déclaration au Parlement sur l’affaire Macarena — largement relayée par la MBC — au cours de laquelle il fait le procès de la presse, plus particulièrement du Week End. La réponse du berger à la bergère, Ahmad Jeewah n’est ni réfutée ni commentée par le Premier ministre.

Par ailleurs, les quatre invitées de la Macarena Party font servir du papier timbré à l’express pour réclamer chacune Rs 5 millions pour diffamation. Dans leur plainte, elles affirment avoir été invitées au campement d’Albion par « a common friend », le Premier ministre était présent et avait « spent approximately one hour there socializing with friends as is normally the case in any party or cocktail. » Cette déclaration vient contredire celle de Navin Ramgoolam, qui avait affirmé qu’il n’avait passé que « quelques instants » à la fête d’Albion. Dans leur plainte, les invitées affirment qu’aucun incident ne s’est produit durant la fête.

Cinq ans plus tard, soit le 31 octobre 2002, ce procès sera rayé en cour suite à un arrangement à l’amiable entre l’express et les quatre plaignantes. Qualifié de « plus gros scandale que Maurice ait connu », l’affaire Macarena devint pour les travaillistes un sujet tabou et pour les adversaires de Navin Ramgoolam un de ses points faibles à dénoncer. L’affaire Macarena — et les déclarations d’Ahmad Jeewah — eurent probablement un poids dans la cassure de l’alliance PTr-MMM qui survint quelques semaines plus tard, soit le 20 juin 1997. La chanson du duo Los Del Rio, qui avait donné son titre à l’affaire d’Albion, fut tout bonnement bannie des ondes de la MBC, ce qui n’enleva rien à sa popularité et surtout à son étroite association avec le leader du Parti travailliste.

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