April 19, 2024
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Echéance électorale, engagements budgétaires et écosystème

Maintenant, que le soufflet post-budgétaire est retombé après la vague de démagogie et de critiques attendues de l’opposition au Parlement, il importe au gouvernement de s’assurer de la mise à exécution des en- gagements pris dans le Budget 2023-2024, compte tenu de la nécessité du Premier ministre, Pravind Jugnauth, de venir avec un bilan positif devant la population avant l’échéance électorale de 2024. Si tout se passe comme nous le promet le ministre des Finances, ce Budget doit pouvoir créer les conditions nécessaires à la promotion d’un écosystème qui permettrait à l’économie mauricienne de maintenir la relance initiée depuis fin 2022 et d’instaurer la confiance que les prochaines années devront renouer avec les ambitions de faire de l’ile Maurice un pays avec de hauts revenus. Vœu pieux rabâché par des économistes et politiciens ultra-confidents, cet objectif nécessite une véritable refonte de notre économie, réalité dans le monde du travail, système éduca- tif, sécurité et environnement, collectivités locales, entre autres. Mais il importe aussi que l’ensemble des ministres et députés de la majorité, fonctionnaires, directeurs des corps paraétatiques et autres maires et présidents de conseils de districts soient à la hauteur de leurs responsabilités. Ce n’est guère le cas depuis un bout de temps déjà. C’est au Premier ministre de rappeler ses troupes aux priorités qu’il s’est fixe, car il ne s’agit pas de copinage, mais du destin de l’ile Maurice au moment où il s’agit de réaliser les ambitions dans l’Océan Indien. 

Rôle de l’État et de ses institutions 

Partout à travers le monde, au sein des États où des gouvernements élus démocratique- ment, il existe une prise de conscience du rôle de l’État et celui de ses institutions en vue d’accomplir leurs responsabilités dans la transparence et pour le bien public. Rien ne saurait être prioritaire à ces paramètres. Parce qu’au sortir de la crise pandémique, Pravind Jugnauth a la responsabilité his- torique de redresser la barre économique de l’île Maurice face après la plus grande crise contemporaine dans l’histoire de l’hu- manité, il n’a pas le droit de laisser passer les moindres écarts dans l’administration 

des affaires de l’État. La notion de ‘checks and balances’ doit prévaloir et faire l’objet d’exigences. Si l’alliance MSM-ML se dit assurée de conserver le pouvoir aux pro- chaines élections législatives, il se verra donc avec les mêmes pratiques inadmissi- bles pour tout pays responsable auxquelles elle n’aura pas su mettre fin dès mainte- nant. C’est maintenant qu’il faut agir. Nota- mment dans le combat contre le trafic des drogues. 

Rupture de la vigilance 

S’il est largement admis que le trafic des drogues n’est pas apparu au lendemain où l’alliance MSM-ML est arrivée au pouvoir, il n’en demeure pas moins que la popu- lation a le sentiment que la situation s’est aggravée durant ces dernières années. À quel niveau, il y a eu rupture de la vig- ilance et où se situent les responsabilités sont les questions qui doivent être posées face à l’urgence qu’impose la situation. Les réponses doivent s’abstraire de toute col- oration partisane afin que l’opinion mondi- ale dont les agences de notations ne nous décernent pas un certificat d’échec dans notre campagne de lutte contre la pro- lifération des drogues. Car, à l’ampleur de celle-ci, viennent s’ajouter aussi la menace d’une note négative de la part des agences de notation et ses conséquences sur les In- vestissements Directs Étrangers. C’est dire que l’heure est grave. Une posture de déni et de politique de l’autruche n’est guère la réponse qu’exige la situation. 

Posture productiviste du syndicat patronal Car le combat contre la prolifération des drogues fait partie de ce fameux écosys- tème indispensable au maintien de la re- prise et à notre objectif de faire de l’île Maurice un pays à hauts revenus. La pos- ture productiviste du syndicat patronal est à ce titre irresponsable en ce sens où ce dernier n’intègre pas le bien public dans sa stratégie. En se focalisant uniquement sur des enjeux économiques, en appe- lant à une déréglementation outrancière, en pressurisant l’État afin de réduire les charges fiscales sur les entreprises et de diminuer les soutiens sociaux et en clairon- nant partout que seule la transition vers le numérique créera des emplois, le syndicat patronal fait dangereusement abstraction des enjeux sociaux, très présents dans une île Maurice soucieuse de réduire les inégalités. Il est toutefois réconfortant de savoir que le ministre du travail est aussi à l’écoute des syndicats et de l’ensemble des opinions qui émanent du monde des salariés. 

Stabilité sociale 

Car, à force de ne jurer que par l’écosys- tème, nous serions tentés de perdre de vue le fait que la stabilité sociale fait aussi partie des constituants d’une situation économique qui permettrait à l’île Mau- rice de faire face aux défis encore présents dans le monde et qui sont les conséquenc- es directes du conflit militaire en Ukraine. Il faut garder en tête que selon les « Perspec- tives économiques mondiales » de la Ban- que mondiale (BM), publiées en début de juin 2023, la croissance a nettement ralenti et le risque des tensions financières dans les économies de marché émergentes et en développement s’intensifie dans un contexte de taux d’intérêt élevés. Toujo- urs selon la BM, à l’exception de la Chine, les économies émergentes et en dévelop- pement, dont l’île Maurice devraient voir leur croissance ralentir à 2,9 % contre 4,1 % l’année dernière. Ces anticipations font état d’une révision à la baisse généralisée. 

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