December 4, 2022
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Opinion

Entre incivilité, incivisme et pratiques illicites

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Très souvent les gens interpellent sur le véritable état d’esprit des Mauriciens, au point de remettre en question le niveau du quotient intellectuel et le savoir-vivre pour tenter d’expliquer ce qui provoque l’inconscience ou la mauvaise conscience d’une partie notable de la population. Dans le droit fil de ces remarques, nous retiendrons au prime abord la réaction du Père Jean-Claude Veder, après l’effroyable accident qui a coûté la vie à un jeune qui traversait la jonction de Barkly en plein mouvement du métro.
Écoutons ce que dit en substance le clergé : « Ne sommes-nous pas tous coupables ? …Ce qui se passe dans notre société (violences, manque de respect, peu de politesse etc…) est le signe flagrant d’une indiscipline des Mauriciens. Cette indiscipline se manifeste à plusieurs niveaux : sur les routes, sur les plages, dans nos quartiers, dans nos villes, dans nos villages… N’est-il pas temps de nous interroger sur nos attitudes. ? À quand un changement de nos mentalités à tous niveaux ? » Ces interrogations s’inscrivent dans une louable initiative visant à chercher les causes des maux qui frappent notre société et à susciter une débauche d’énergie pour les endiguer. Certes, l’incivilité des gens est insupportable et c’est bien, c’est très bien d’être lucide quant à ces dysfonctionnements, ces dégradations de notre cadre de vie.
Mais invoquer le seul manque de civisme est une erreur. Il est trop rapide de confondre incivisme et pratiques illicites. Après tout, autant le changement de l’incivique en citoyen discipliné peut se réaliser par les efforts en surmultiplié de l’État, autant celui-ci devra s’attaquer vigoureusement à la problématique du manque d’hommes associé à une absence d’intransigeance chez la police. Dans une population comme dans une autre, il est probable que la proportion des « inciviques » se diffère sensiblement. C’est donc bien « la règle du jeu » qu’il faut établir clairement à Maurice : Un acte par exemple est-il « interdit mais tendrement toléré » ou est-il « interdit, pas toléré » ? Là est la question. Dans un pays comme le nôtre qui est plutôt moins doté que notre voisin (La Réunion) en nombre de policiers par habitants, il va de soi que sanctionner sans faille et dans toutes les situations n’est pas à la portée de notre force de l’ordre. Bon nombre de contrevenants échappent aux sanctions, en l’absence des policiers dans des endroits spécifiques (et toujours les mêmes). D’où cette manie qui se prolifère pour enfreindre les règles. Il y a aussi le fait que les lois ne sont pas appliquées dans toute leur rigueur et la population sait très bien qu’il y a ce manque d’intransigeance (qui se manifeste chez des hommes en uniforme) dont elle peut en tirer bénéfice. Se sortir des situations compromettantes en toute impunité est devenu une telle formalité, pour que des personnes ne se privent pas d’en profiter. Là aussi, chassez le naturel et il revient au triple galop : cette échappatoire conforte les gens dans leur violation des lois. Donc, ce serait une erreur de tomber dans le piège de la culpabilisation des citoyens dont le seul incivisme serait responsable de ces situations inacceptables !
De la même façon que ce serait la faute à l’incivisme si les gens n’utilisent pas les vélos, ne prennent pas assez les transports collectifs, utilisent des véhicules polluants. Trop simple ! Nous serions de la même façon tous responsables de l’effet de serre alors qu’on attend toujours que nos gouvernants aux différents niveaux favorisent plus énergiquement la mise en place des dispositifs et des mesures adéquats. L’arme de la culpabilisation est brandie contre les seuls citoyens, parce qu’on sait qu’elle est efficace et qu’elle colle aisément sur leur dos. Hélas! Au risque de nous répéter, faut-il rappeler que faire appliquer la loi est l’obligation la plus élémentaire pour ceux qui sont investis du pouvoir de police. Se dérober devant ses responsabilités (conquises de haute lutte !), n’est-ce pas là, au fond, le véritable incivisme ? Un incivisme à dénoncer fortement. L’illustre Victor Hugo avait trouvé la formule géniale pour définir le bienfait dans l’action de l’État vis-à-vis de la population : « Instruire le peuple, c’est l’améliorer; éclairer le peuple c’est le moraliser. » La régression du niveau scolaire est le phénomène le plus symptomatique et peut-être le plus grave à long terme, d’un déclin général de l’efficacité de l’Etat dans ses missions fondamentales parmi lesquelles se trouve la transmission du savoir.
Cet affaiblissement de l’Etat se manifeste d’ailleurs, sur le long terme, de mille autres façons : relégation de la méritocratie au second plan, endettement vertigineux, chaos et violences, insécurité, tentatives sans relâche de fragmentation de la société à travers la montée du communautarisme. La question de la démocratie est au cœur de ce malaise. Depuis des décennies, Maurice subit un effondrement de sa vie politique, de son désir d’exister en tant que nation. La poussée de la corruption, la banalisation du culte de la personnalité, les violentes polémiques, l’obsession de la communication et des postures narcissiques, remplacent la volonté de gouverner, de construire un destin commun, de préparer l’avenir, notamment par la transmission de la connaissance et de l’intelligence. Le Premier ministre Pravind Jugnauth s’active à ce que Maurice se transforme définitivement en un pays ultra-moderne et prospère et par extension pratiquement exhorter tout un peuple dévoué au civisme et à la discipline. Malheureusement, il est le seul à se consacrer à cette mission. Alors qu’il affiche un leadership visionnaire, les autres se confondent et se perdent en « crisis manager de parti » et en critiques sans fondement. C’est le grand drame qui afflige notre pays.

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