May 17, 2022
Hennessy Court 3rd floor Sir John Pope Hennessy street Port-Louis
Politique

Interview – Joseph Perrine : « Ni voleur, ni violeur, ni Habitual Criminal mais soulagé d’un lourd fardeau »

Il est celui dont le nom a été cité avec insistance depuis vendredi alors que la polémique enflait autour de l’arrestation de l’avocat Roshi Bhadain, chez lui à Albion, par la MCIT dans une affaire de vol de bois appartenant à l’État. Il s’agit de Kinsley Joseph Perrine. Il s’est retrouvé, en dépit de lui-même, au coeur de cette affaire.

En effet, depuis vendredi dernier on n’entend que son nom. Joseph Perrine est à la base de la relance d’une enquête de la police qui date de 2011 sur le vol des bois de teck qui se trouvaient dans un entrepôt à la défunte DWC à Pailles appartenant à la Nationale Héritage Trust. À l’époque des faits, Kinsley Perrine fut arrêté par la police après les dénonciations d’un gardien de l’entrepôt de la DWC, complice dans cette affaire.

Kinsley Perrine, que Mazavaroo a rencontré lundi après-midi dans le bureau de l’homme de loi, Me Taj Dabychurn, nous a expliqué comment les faits se sont déroulés en 2011 et pourquoi il a décidé de tout déballer plus de 10 ans après. Kinsley Perrine dit vouloir d’une part alléger le fardeau qui pèse sur lui et sa famille et d’autre part, réfuter les allégations formulées contre lui par Roshi Bhadain, estimant qu’il soit un violeur et un voleur. « Je ne suis ni un voleur, ni un violeur : mais je veux être en paix avec ma conscience et ainsi me soulager d’un fardeau qui pèse sur moi depuis des années », concède-t-il.

La Police n’avait d’autres choix que de relancer cette affaire après qu’un jugement de la cour fut rendu le 29 novembre 2021 concluant où’il y avait bel et bien un vol de bois de teck appartenant à l’État Mauricien. Kinsley Perrine fut condamné à payer une amende de cinquante mille roupies et placé sous surveillance pendant 2 ans. Il évita la prison vu son casier judiciaire propre, n’étant pas un ‘Habitual Criminal’ comme veut faire croire Roshi Badhain et Rama Valayden. Dans son interview à la presse Kinsley Perrine dit étant un créole ne signifie pas être un ‘’Habitual criminal’’.

  • Qui est Kinsley Joseph Perrine ?

Je suis un charpentier et j’ai un atelier à Tranquebar où j’habite. J’ai 50 ans, je suis marié, j’ai des enfants et des petits-enfants. J’ai toujours travaillé pour gagner ma vie et subvenir aux besoins de ma famille.

  • Après son arrestation par la police vendredi dernier, Roshi Bhadain prétend que vous avez monté un complot contre lui dans ce cas. Comment connaissez-vous mon Bhadain ?

Je dois vous expliquer les circonstances dans lesquelles j’ai été amené à faire sa connaissance. J’ai pour voisin un certain Bijaycoomar Greedharry pour lequel j’ai souvent travaillé avec du bois de palissandre dans sa cour à Roche Bois. Un jour, alors que je travaillais pour M. Greedharry, il m’a demandé si je pouvais faire un travail pour un de ses amis. Il s’agissait de préparer des lames en bois de teck pour sa maison.

J’ai logiquement accepté et un autre jour M. Greedharry m’a fait parler avec son ami au téléphone. C’était Roshi Bhadain. Il voulait que je prépare des lames de teck, autour de 750 à 800 pieds carrés pour sa maison d’Albion. C’est ce qu’il m’a dit au téléphone. C’est comme cela que j’ai fait sa connaissance.

  • Avez-vous accepté ce travail ?

Oui.

  • Quelles étaient les conditions du travail?

J’ai seulement préparé les lames de teck, M. Bhadain m’avait dit que ceux qui sont responsables de la construction de sa maison viendront récupérer le produit fini. Il allait me payer Rs 70 le pied carré, somme pour laquelle je n’étais pas d’accord. J’ai demandé un temps de réflexion par rapport au prix proposé. Après discussion, M. Bhadain n’a pas voulu changer d’avis et j’ai fini par accepter. Car, je devais travailler pour nourrir ma famille. ‘’Mo travaille zordi pou manze dimin ,‘’ si vous me comprenez bien.

  • Rs 70 le pied carré pour les lames de teck est très bon marché, lorsque vous connaissez le prix de ce bois précieux, M. Perrine?

Excusez-moi, le prix du bois pour fabriquer les lames de teck n’était pas inclus dans les Rs70. Pour le bois M. Bhadain m’a fait comprendre qu’il y avait un arrangement avec M. Greedharry car ce dernier avait du bois stocké dans sa cour à Roche Bois.

  • Parmi, il y avait du bois de teck ?

Oui, en bois de teck, mais pas n’importe lequel…

  • C’est-à-dire ?

Il s’agissait des gros poteaux de teck provenant de l’hôtel du gouvernement après les rénovations effectuées en 2010.

  • Comment saviez-vous que ces bois de teck ont été enlevés lors des rénovations de l’hôtel du gouvernement ?

J’ai travaillé comme charpentier pour la société IREKO qui avait obtenu le contrat pour la rénovation des bâtiments en bois de l’hôtel gouvernement. Donc je connais très bien ce bois.

  • Savez-vous également où ce bois a été entreposé ?

Non, contrairement à MM. Greedharry et Bhadain.

  • Aviez-vous fait part à M. Bhadain de l’origine de ce bois ?

Oui et il a dit un mot dont je me souviendrai toute ma vie : ‘Anyway’. Il était compris que M. Greedharry ferait le nécessaire pour fournir le bois afin que je puisse fabriquer les 800 mètres carrés de lames de teck pour M. Bhadain.

  • Par conséquent, Mr. Bhadain savait d’où venait ce bois de teck.

En effet, sans aucun doute. Mais j’ai bien expliqué et ‘’zot Ti Koné kot pou gagne di-bois’’.

  • Vous voulez dire que tout ce bois était entreposé et disponible chez M. Greedharry à Roche Bois.

Non. Une fois, je suis allé personnellement à l’entrepôt de la DWC à Pailles. J’ai parlé au gardien qui a été informé de ma venue et il m’a permis d’entrer pour prendre quelques-uns des poteaux de teck. Dans les deux autres cas, c’est le gardien lui-même qui est venu déposer les bois. Il y avait deux employés au DWC, Mattews et Boulette qui connaissaient bien le bois pour la maison de Roshi Badhain.

  • Chez vous à l’atelier de Tranquebar ?

C’est pas du tout ça. Tout le bois servant au parquet de teck de M. Bhadain a été déposé dans la cour de M. Greedharry à Roche Bois. C’est dans cet atelier que j’ai travaillé et que les responsables de la construction de la maison de M. Bhadain, à Albion, sont venus récupérer les lames de teck.

  • Avez-vous été payé pour ce boulot ?

En effet, j’ai reçu 35000 roupies en trois fois.

  • Par qui ?

A trois reprises par M. Greedharry. Pour le dernier paiement il y avait une option que M. Bhadain allait me payer directement. Il m’a même donné un rendez-vous avec une des principales banques de la capitale. À la dernière minute, M. Bhadain n’a pas pu se déplacer, et c’est comme ça que M. Greedharry m’a payé.

  • Mais comment expliquez-vous le fait que lors de votre arrestation par la police en 2011 pour le vol de ces bois dans l’entrepôt de la DWC, vous n’avez pas dénoncé ceux qui seraient à la base de ce vol, soit MM. Bhadain et Greedharry ?

Quand les policiers m’ont arrêté, j’avoue que j’étais en état de choc. Au début, je ne comprenais pas tout à fait ce qu’il se passait. J’estimais que M. Greedharry et M. Bhadain étaient des patrons honnêtes pour qui j’avais travaillé. Ils m’ont dit qu’ils allaient me soutenir et me défendre. On a même discuté du fait que je fasse une déclaration sous serment (Affidavit) pour enlever complètement leurs noms dans cette affaire.

  • Après avoir été arrêté en 2011, que s’est-il passé?

Heureusement, je pouvais compter sur l’appui de ma famille. J’ai reçu 10000 roupies de la part de M. Greedharry pour payer ma caution. Par la suite, l’enquête de la police s’est poursuivie jusqu’au jugement du 29 novembre dernier.

  • De 2011 à aujourd’hui, avez-vous jamais rencontré M. Bhadain ?

En effet, à deux reprises.

  • Pouvez-vous nous dire lesquels?

La première fois, c’était dans son bureau à Ébène où je fus conduit par M. Greedharry. La deuxième fois, je suis allé le voir dans sa maison d’Albion pour récupérer une douzaine de lames de teck inutilisées pour son parquet. Mon ami a porté ce bois dans son véhicule jusqu’à ma maison depuis la demeure de Roshi Badain

  • Où sont ces lames de teak aujourd’hui ?

C’est la police qui les a saisies.

  • Un jugement a été rendu en novembre 2021 dans le cadre de cette affaire. Vous avez été condamné à une amende de Rs50,000 et mis sous surveillance pendant 2 ans. Pourquoi avez-vous modifié votre ” déclaration ” pour que M. Bhadain et M. Greedharry soient reconnus coupables?

Vous savez que tout le monde s’interroge à ce sujet. D’après eux, ils ne comprennent pas ma position. Mais ce qu’ils ignorent, c’est toute la souffrance que j’ai subie pendant tout ce temps. Au milieu du procès, j’ai perdu mon homme de loi et par chance j’ai pu obtenir les services de Me Dabychurn. Quand il a étudié mon cas, il m’a fait comprendre que je ne pouvais pas me taire et qu’il fallait que je dise toute la vérité. Je voulais également enlever ce fardeau de mon dos et de celui de ma famile.

Quand on a fait quelque chose de mal, il faut prendre ses responsabilités. Le moment est donc venu pour M. Bhadain et M. Greedharry d’assumer leurs responsabilités. C’est pourquoi j’ai fait cette nouvelle déclaration afin de dire la vérité. Toute la vérité !

  • M. Bhadain, sortant du tribunal vendredi dernier, a fait valoir avec force que vous êtes un voleur et un violeur. Votre réaction ?

Je ne suis ni un voleur, ni un violeur, et encore moins un récidiviste. Mais aujourd’hui, je veux être en paix avec ma conscience et ainsi me soulager d’un fardeau qui me pesait depuis des années et qui me tenait éveillé la nuit. J’ai la paix envers moi-même, ma famille et ma conscience. Du reste dans un jugement rendu par la cour dans cette affaire, le juge souligne avec force qu’il n’y a aucun reproche à me faire sur mon comportement dans la société.

  • M. Bhadain vous accuse également d’être un homme au service de l’entrepreneur M. Michael Lee Shim. Est-ce vrai?

Totalement faux. Je n’ai rien d’un politicien comme M. Bhadain. Il est trop facile d’en faire une affaire politique et de parler de vengeance. Je veux qu’il fasse son mea-culpa avant de se lancer dans ses fabulation. J’ai tout dit à la police et j’ai donné tous les noms dans cette affaire. La police sait qui ont transporté ce bois volé de la DWC à l’atelier de Roche Bois, ceux qui ont pris les lames de teck de L’atelier pour aller a la résidence de M. Bhadain, et ceux qui ont installé ces lames dans la maison de M. Bhadain, ceux qui ont retiré ces lames pour aller jeter, ceux qui sont allés acheter des lames de teck au Chantier de Plaisance et qui ont travaillé d’arrache-pied pour placer les nouvelles lames légales .

Des centaines de milliers de roupies en espèces ont été remises à un ami SB pour payer le Chantier de Plaisance. Ceux qui se sont rendus à la quincaillerie Jaguar pour acheter de la colle avant minuit pour terminer le travail dès que possible. Ma mère (Agent tres connue du MMM) s’est rendue chez M. Reza Uteem, le député de notre circonscription, qui a envoyé ensuite l’avocat Juined Khodabaccus ( Uteem Chambers) pour m’aider. M. Berenger a sûrement été mis au courant par M. Uteem. Donc je ne comprends pas pourquoi Monsieur Paul Bérenger dit maintenant que je suis en train de faire de fausses allégations contre Roshi Bhadain qui est un membre actif de l’entente de l’espoir.

Pourtant Reza Uteem était très en colère quand j’ai juré une fausse déclaration sous serment (Affidavit) pour sauver la peau de Roshi Badhain. Voilà comment on nous traite : des petits créoles des cités ouvrières. Comme si c’est écrit sur notre front ‘’Habitual criminal’’, surtout dès que nous avons affaire à Roshi Bhadain et Rama Valayden.

À la veille de Noël, je n’ai pas de honte de mon métier car Jesus, fils du charpentier était lui-même charpentier. Comme moi, il connaissait le dur labeur de chaque jour. Il a quitté ce monde humilié sur une croix, comme on est en train de le faire envers moi, avec les charges fausses et injustes qu’on me colle sur le dos: voleur, violeur, Habitual Criminal. Cependant je leur pardonne, de par ma foi. Car ils ne savent pas ce qu’ils font.