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RETOUR DE CAMPAGNE
Le verdict des urnes est tombé. Malgré la dispersion des votes du fait de la triangulaire entre deux blocs, l’Alliance Morisien et l’Alliance Nationale, et leur challenger le MMM, il n’y aura pas eu de remake de 1976. Pas de joker ni de coalition post-électorale que nombre d’observateurs politiques avaient pourtant cru voir embusqués dans ces législatives 2019. Le système électoral de 3-first-past-the-post a donc encore une fois démontré sa capacité à dégager une majorité électorale relativement claire, au terme d’une campagne qui a été un moment fort d’expression de différents clivages sociaux et politiques.

Un taux de participation honorable
Le passage aux urnes a révélé un taux de participation très honorable de 76, 84 %, contrairement à certains discours qui ont voulu faire croire à un taux d’abstention « fort » voire « inquiétant ». Il faut savoir que dans les démocraties, il n’est pas exceptionnel d’avoir des taux d ’abstentiona tteignantl es5 0%. D’ailleurs, un certain pourcentage d’abstention est même considéré par certains spécialistes de la sociologie électorale comme un signe de vitalité démocratique, car seuls les régimes totalitaires totalisent des taux de participation qui frisent les 100%. Pour ces législatives 2019, le taux de participation a même marqué une progression de 2,2 % par rapport à 2014 pour grimper à 76, 84 %, ce qui dénote une véritable vitalité démocratique.

Le couac des listes électorales
Le problème des 6 813 personnes qui n’ont pas pu voter pour non
inscription sur les listes électorales souligne les lacunes d’un texte de loi qui date d’avant l’indépendance. Selon l’article 10 « Claims » de la Representation of the People’s Act 1958 fait porter à l’électeur l’entière responsabilité de s’assurer qu’il est enregistré, et la responsabilité de prouver la faute si ce n’est pas le cas. Ce alors même que les méthodes de vérification des listes électorales pose visiblement problème, alors que nous sommes à l’ère technologique. Ce problème pourrait être résolu avec l’introduction d’un système de cartes électorales.

La déclaration d’appartenance ethnique
Cette année, l’obligation pour les candidats de déclarer leur appartenance ethnique a été remise à l’ordre du jour, avec le non-renouvellement du Constitution (Decla ration of Community) Temporary Provisions de 2014. Le mouvement de protestation citoyen mené par Rezistans Ek Alternativ, fer de lance de la lutte contre la déclaration d’appartenance ethnique, a abouti logiquement à l’invalidation des candidatures de ceux qui ont voulu se déclarer Mauriciens. La plainte en Cour Suprême s’est soldée par une fin de non-recevoir dans la mesure où la Constitution reste la loi suprême du pays. Interprétée comme un recul par REA, cette situation signale surtout un retour à la case départ, après plus d’une décennie d’un combat qui s’est fourvoyé à cause d’une problématique mal posée. Contester la déclaration d’appartenancee thnique sans adresser la question du best loser system, c’était une façon d’escamoter le problème de fond, à savoir la logique de l’attribution des sièges sur une base ethnique dans le Parlement. Un retour à la case départ qui permettra peut-être d’envisager enfin la problématique dans son ensemble.

Les épouvantails politiques
Une caractéristique importante de la campagne électorale cette année a été la guerre des fake news et fake reports qui a fait rage sur les réseaux sociaux. Ce mois de campagne a été un moment de grand exutoire, alimenté par un goût prononcé pour le pronostic hippique ou sportif étant donné que nous sommes dans une culture du jeu. Ce « zougadérisme politique » a même nettement dérivé vers la campagne de déstabilisation politique avec la prolifération de faux rapports NSS, fabriqués avec plus ou moins d’ingéniosité et de crédibilité pour tenter de faire croire à des victoires anticipées et peut-être maintenir la mobilisation des troupes.

Le débat public a également été enflammé par un certain nombre de peurs entretenues dans la presse et les réseaux sociaux, autour notamment du spectre du koupe-transe, du spectre d’un hung parliament, du spectre du joker faiseur de rois. Cette possibilité d’un joker faiseur de roi partait d’une hypothèse politique tout à fait lucide en raison de la triangulaire. Mais elle est devenue en cours de route un discours de propagande qui visait à faire accepter à la population par anticipation la fatalité d’un accord post-électoral sur le modèle de 1976. Un scenario qui serait venu renverser le choix des urnes et qui aurait été parfaitement anti-démocratique. Mais la propagande n’a pas été suivie des faits.

Tous ces épouvantails politiques agités sous le nez de l’électorat n’ont finalement pas changé grandchose pour la masse silencieuse qui avait déjà fait son choix bien en amont du scrutin.

Décommunalisation du vote
La campagne a été un moment d’expression fort, avec le déplacement d’un certain nombre de lignes de clivages politiques et sociaux. Le clivage ethnique et communautaire est resté présent surtout dans les stratégies politiques de ralliement. Mais en contraste, le scrutin a consacré une certaine décommunalisation du vote, dans la mesure où une grande partie des électeurs a choisi de voter pour un bilan social et une ligne politique. On a vu pour la première fois une campagne électorale où beaucoup d’électeurs ont choisi de privilégier lec ontenud esm anifestesé lectoraux autant sinon plus que la figure des candidats. Un signe certain de la maturité de l’électorat, qui a contrasté avec la surenchère des promesses électorales dans les trois blocs politiques.

La bataille des ‘gates’
Le phénomène le plus marquant de cette campagne, c’est sans doute l’éclatement des cadres de la consociation, comme on l’a vu avec la bataille des ‘gates’. Le pacte consociatif basé sur la loi du secret, qui jusqu’à récemment liait les élites politiques engagées dans des logiques d’accommodation réciproque, a définiti vement volé en éclats. À travers la bataille des ‘gates’, maradivagate, serenitygate d’un côté, navin leaks de l’autre côté, on a pu observer que les opérations de ‘leaks’ et de ‘zet la boue’ sur l’adversaire politique ont été au cœur même des stratégies de compétition politique au point que l’on a basculé dans l’autre extrême. Réseaux sociaux et nouvelles technologies aidant, le lavage en public de linge sale entre grandes familles politiques a remplacé la règle de l’omerta. Ceci s’inscrit dans une lame de fond qui a déjà touché la société mauricienne depuis quelques années, à savoir le rejet de la corruption et une exigence de propreté envers le personnel politique. Ce rejet de la corruption a d’ailleurs été le clivage le plus opératoire de toute cette campagne. Un signal que va devoir prendre en considération le gouvernement issu des urnes pour ses réformes à venir.

Vers un changement dans la continuité
Finalement, la campagne électorale de 2019 permet de constater que, quand le changement ne vient pas des réformes du système, il vient des mentalités, lesquelles évoluent toujours plus vite que les structures. On a pu
constater durant cette campagne et à l’issue du scrutin, que deux grandes tendances cohabitent dans l’électorat, à savoir simultanément la soif de renouveau en faveur d’un assainissement des institutions et des pratiques politiques, mais tout en valorisant la continuité à travers le plébiscite des partis ‘mainstream’. Tout se passe comme si l’électorat valorisait le changement mais dans la continuité, au sein de cadres établis et négociés.

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