July 24, 2024
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Opinion

La marmite de l’opposition bout du ragoût

Le ragoût est une préparation culinaire à base de poissons, de viandes ou de légumes cuits dans une sauce. La soupe d’aileron de requin est coûteuse et contestée. Plat controversé car c’est l’un des plus pires au monde pour les défenseurs de la nature. Encore plus sujet à polémique est la « hot potato » venue s’ajouter à la marmite de l’opposition. Au fait, elle y était, mais comme ces dépressions tropicales en formation en attente d’être nommées, il a fallu le courage de Shakeel Mohamed pour la correcte attribution au teck du salon.

Dans le camp des opposants au régime de Pravind Jugnauth, la cocotte est en ébullition depuis que la traîtrise et les mensonges de Roshi Bhadain lui ont été rappelés. Mesurant la portée des propos francs et directs du député travailliste et craignant une explosion de la plateforme vu que l’une des conditions de ressouder l’entente de l’Espoir serait que le Reform Party n’en fait pas partie, Paul Bérenger est monté sur ses ergots pour défendre celui qu’il avait traité de « bandit politique » quand ce dernier était ministre de la Bonne gouvernance et des Services financiers. C’était en août 2016 quand il était le leader de l’opposition et avait adressé sa PNQ sur Heritage City à Pravind Juganuth, ministre des Finances d’alors, et non à Roshi Bhadain qu’il avait qualifié de « voyou politique ». Ces jours-ci, quand Shakeel Mohamed ne vient pas inventer la roue, c’est le leader du MMM qui rouspète dans sa tentative de sauver les meubles et la face. Parce qu’il lui a fallu avaler son orgueil pour revenir sur sa décision qui avait fait voler en éclats la première plateforme qui avait fait d’Arvin Boolell le leader de l’opposition.

Paul Bérenger a donc la mémoire courte ou il agit hypocritement envers Bhadain, qui lui était jadis un voyou, un bandit. Ne l’est-il plus maintenant, étant devenu comme ces caméléons qui changent de couleur ? Le caméléon, on le sait, est un reptile étonnant connu pour être le roi du camouflage. Il a fallu une question de la presse pour que le leader du MMM réponde sur le bras-de-fer entre Mohamed et Bhadain. « Shakeel Mohamed pa pé koz au nom du Parti travailliste. Li dir ceki li envie. Nou, nou conne Parti travailliste, nou conne Navin Ramgoolam, nou conne so bane Office Bearers… Franchement mo pa pran compte ceki Shakeel Mohamed dir.» Si Bérenger ne prend pas en compte ce qu’il a dit lui-même, comment va-til s’attarder sur les propos d’autrui, ironise-t-on dans le camp du PTr où le soutien au camarade du parti ne s’est pas fait attendre. De même que la réponse du berger à la bergère.

Dans un entretien publié par l’express lundi, Shakeel Mohamed rétorque : « Le PTr s’aligne sur ma position. Le leader du parti est au courant de ce que je dis puisque je suis en constante communication avec lui. Il ne faut pas oublier que j’étais ministre et chef de file du parti. La direction du PTr est tout le temps au courant ce que je dis. Quand je parle en mon nom personnel, je le fais savoir. Ce n’est pas à Roshi Bhadain de dire ce que le PTr doit faire. Les membres du PTr et ses partisans n’ont pas oublié sa participation dans l’arrestation de nos amis du parti. » Il ne faut pas être devin pour comprendre que Bérenger risque de se brûler en tirant les marrons du feu pendant que bout la marmite avec de la « hot potato ». Dire que Bhadain est un politique marron n’a rien à faire avec la couleur de sa peau, l’adjectif étant ici utilisé pour faire état de son indélicatesse et de sa malhonnêteté. On aura vu et entendu quand poussé dans ses derniers retranchements à quel point il a fait parler sa fourberie et son ingratitude. Son comportement à l’égard de la famille Rawat est une pure hypocrisie après avoir activement participé au démantèlement de BAI et à la vente suspecte des actifs, dont Britam qui a contraint le gouvernement a institué une commission d’enquête. Et laquelle a sévèrement blâmé l’ex-ministre des Services financiers sous la signature de l’ancien juge Bushan Domah. S’expliquant sur le contentieux l’opposant au leader du Reform Party, le premier député du No.3 dira : « Ce qui m’a choqué, c’est qu’il a essayé de mettre la division entre Reza Uteem et moi lorsqu’il était acculé. Pour moi, le poste au sein d’un gouvernement n’est pas important. Qui sera le Premier ministre et son adjoint, c’est aussi peu important. Le plus important, c’est le pays. Il faut lui préparer un projet de société pour les prochaines cinquante années. D’ailleurs, ce qui m’a aussi dérangé, c’est qu’il vient dire à la radio que je suis en retrait politique à cause de Reza Uteem. Roshi Bhadain est au courant de la véritable raison qui m’a poussé à prendre du recul. Il m’a obligé à dévoiler à la radio de quoi souffre mon père qui est alité. Désormais, c’est moi qui m’occupe de son étude d’avocats. Je suis encore plus triste qu’il n’ait même pas pris la peine de demander les nouvelles de mon père qui était son mentor et qui l’a défendu gratuitement dans plusieurs cas. Le pays a beaucoup de politiciens. Roshi est celui qui excelle le mieux et il a beaucoup d’énergie et il veut aider le pays, mais c’est sa façon de faire qui dérange. Il a qu’une idée en tête, c’est de se faire élire alors que moi j’ai envie de régler les maux qui frappent ce pays. Tout combat doit être fait à la loyale. Il ne faut pas dire des choses qui risquent de faire perdre toute crédibilité à l’opposition. » Si vraiment Roshi Bhadain est un élément prometteur, pourquoi Bérenger a-t-il refusé son adhésion au MMM ? La raison pourrait être qu’à l’époque de sa demande, il était encore « un bandit, un voyou politique » suivant sa démission du gouvernement et que petit à petit le marron est devenu violet pâle.

Le leader du MMM a bien fait son calcul. Il ne lui manque que le lit du Reform Party pour boucler la boucle, s’étant couché dans les lits de tous les partis politiques. S’il estime que Bhadain est capable, par quelques centaines de votes, de lui assurer de ne pas finir dans la poubelle de l’histoire après une longue carrière politique passée majoritairement dans l’opposition, il l’embrassera. Quitte à le brûler après, la marmite devant continuer à bouillir sur le foyer où même le bois de teck n’échappera pas aux flammes.