January 31, 2023
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Opinion Politique

L’Asie au cœur de la relance économique de Maurice

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C’est un des traits majeurs de la relance économique de Maurice : la consolidation des relations commerciales avec l’Asie, et la Chine en premier lieu. Pour ce pays, les circonstances ne pouvaient être meilleures, sa seule force politique, le Parti communiste chinois (PCC), célébrant ses 100 années d’existence cette année. Et cela au moment où la Chine est en train de réussir sa sortie du déconfinement, relançant avec force sa machine économique en prenant une avance qui risque de la placer au rang de première puissance économique du monde.

Il n’y a aucun miracle à cela, d’autant que les Chinois eux-mêmes ne croient en aucune main providentielle, préférant s’en remettre au travail et à la discipline, si ce n’est le marxisme porté par le PCC. La célébration du centenaire de ce parti dans un pays comme Maurice prend une résonance particulière, à l’ère du déconfinement et au moment où la Chine consolide ses liens d’amitié et commerciaux avec les pays de la région de l’océan Indien, où l’île Maurice s’est positionnée comme un passage obligé dans la fameuse «route de la soie» vers l’Afrique, une priorité personnelle du président Xi Jinping, lancée en 2013 et l’une des composantes du développement économique et commercial de l’empire du milieu. La mise sur pied de cette ambition centrale dans l’ère nouvelle de la Chine n’est pas tombée du ciel. Elle traduit dans les faits la manière dont ce pays envisage de concevoir ses relations avec une soixantaine de pays en développement situés dans l’axe eurasiatique. Selon le site Trésor-Eco (ministère français), «elle vise pour cela, au départ, à construire et consolider, en s’appuyant sur la puissance financière et les ressources industrielles chinoises, des infrastructures portuaires, routières, ferroviaires, énergétiques et numériques sur l’ensemble du continent eurasiatique et, au-delà, en Afrique, en Amérique, et même dans l’Arctique».

Relations «win-win»

Mais la réalité est plus nuancée que ce document officiel : la Chine est aujourd’hui soucieuse d’établir des relations «win-win» avec ses partenaires commerciaux, consciente que des pays africains, anciennes colonies de la France, entre autres, sont très habiles à monnayer l’accès à leurs richesses naturelles et à leurs marchés. Il ne faut pas oublier dans le même souffle la nouvelle politique internationale américaine, incarnée par le couple démocrate Biden-Harris, qui vient de rompre avec celle prônée par Trump. Sous l’administration Bill Clinton, en 2000, les États-Unis avaient déjà mis en place le traité AGOA (African Growth and Opportunity Act), qui offre une franchise de droits de douane sur 6 500 produits, parmi pétroliers, agricoles, textiles, artisanat. Selon les chiffres de l’agence de développement américaine USAID, les échanges commerciaux entre les deux pays avaient quadruplé de 2002 à 2008 (100 milliards de dollars), mais ont replongé jusqu’à 39 milliards de dollars en 2017. La nouvelle administration américaine devrait certainement relancer l’AGOA sous peine de voir la Chine conquérir d’autres marchés en Afrique, à la faveur de traités bilatéraux que permettrait de soutenir sa bonne reprise économique.

Nouvelle configuration géoéconomique

C’est dans ce contexte d’une nouvelle configuration géoéconomie que s’inscrit la relance de l’économie mauricienne, avec un accent particulier en ce moment sur la célébration du centenaire du PCC, véritable aiguilleur des orientations économiques et politiques de la Chine. Il va sans dire que des pays comme l’Inde, la France et la Grande-Bretagne suivent de près les activités officielles organisées par le gouvernement mauricien pour célébrer cet événement. L’île Maurice n’a, depuis l’indépendance, reconnu qu’une seule Chine, celle dirigée alors par Mao Zedong et non la Chine dite nationale (devenue Taïwan). Mais il y a eu une célèbre exception lorsque feu sir Anerood Jugnauth avait accepté le riz taïwanais, ce qui lui fit dire que «moralité pa ranpli vant». Une autre, moins connue, avait conduit l’île Maurice, au nom de la moralité cette fois-ci, à voter en faveur des sanctions contre l’Afrique du Sud raciste, ce qui fit perdre illico à Maurice notre plus gros marché de thé.

Posture du Premier ministre

Quelle sera la posture du Premier ministre, Pravind Jugnauth, dans une situation pandémique qui est en train de grignoter nos réserves et éroder le pouvoir d’achat des Mauriciens ? Quels seront ses choix en matière géoéconomique, entre nos partenaires européens historiques et les nouvelles puissances économiques que sont la Chine et l’Inde ? Celle-ci a déjà signé quelques grosses réalisations dans le passé, dont la construction du centre international de conférences Swami Vivekananda de Pailles et la cyber-cité d’Ebène, alors que la Chine, bien des années auparavant, avait financé la construction de notre aéroport. Bien près de nous, la Chine avait investi dans la construction du complexe de Jin Fei et financé le projet national du tout-à-l’égout et vient de réaffirmer son engagement dans la transformation de l’ex-Domaine Les Pilles, alors que l’Inde est toujours le bailleur de fonds pour la construction du Metro Express.

La stratégie géoéconomique de Pravind Jugnauth sera au centre de l’actualité durant le reste de son mandat, car l’île Maurice, seule, ne pourra sortir du marasme économique provoqué par la Covid-19.

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