May 17, 2022
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Opinion

Le patriotisme solidaire comme résilience

Au fur et à mesure que nous avançons dans l’année 2022, les signes de la reprise, même lents, sont bien présents. Encore une fois, comme en 2020, il faut se réjouir de la bonne attitude de la population face aux consignes sanitaires, un facteur qui a permis aux entreprises et commerces de reprendre leurs activités. Dans le même temps, les hôtels, comme en 2020 et 2021, sont repartis sur une bonne dynamique afin de toucher à l’objectif d’un million de voyageurs d’ici à fin décembre 2022. Certes, comme partout ailleurs, il plane encore une grosse incertitude en raison des conséquences du conflit militaire en Ukraine. A cet effet, des observateurs estiment que ce conflit serait parti pour durer encore longtemps, l’Europe et surtout les États-Unis, poussant Vladimir dans ses derniers retranchements, l’objectif étant d’affaiblir économiquement la Russie.

Conséquences

La réaction de l’ile Maurice face aux conséquences de ce conflit dépend entièrement, d’un côté des Européens et des États-Unis, et de l’autre côté, de la capacité de la Russie à soutenir un conflit qui prend l’allure du même désastre rencontré par les Américains au Vietnam. Mais la comparaison s’arrête là, car la guerre au Vietnam a eu lieu dans un monde divisé entre l’Occident et l’ex-Union soviétique et n’avait eu aucune conséquence sur le reste du monde, le Vietnam ne possédant ni pétrole ni minerais importants. Dans le cas du conflit en Ukraine, il est une certitude que la Russie en sortira vaincue, n’étant pas en mesure de soutenir un conflit où l’Otan et les Américains se sont rangés auprès des Ukrainiens. On se souviendra que l’ex-URSS, de décembre 1979 à février 1989, s’était engagée dans un long conflit armé désastreux en Afghanistan en vue de soutenir un gouvernement gagné à sa cause. L’issue avait conduit à la chute de l’URSS et mis fin à la Guerre froide. Le pétrole, le gaz et le blé.

Même avec le pétrole, le gaz et le blé, l’économie de Fédération de Russie reste fragile et elle ne peut compter que sur un seul allié, la Biélorussie, la Chine restant prudente dans ce conflit, car elle ne peut se payer le luxe de perdre le gros marché occidental et américain pour écouler ses produits. Une consolidation de la suprématie économique de l’Occident et des États-Unis ne peut qu’affaiblir encore un peu plus la Chine dans la bataille commerciale qui l’oppose aux États-Unis. Il convient de rappeler que le 4 février 2022, le président chinois avait accueilli Vladimir Poutine à Pékin. À cette occasion, il avait vanté « une amitié sans limite » et « une coopération sans interdit ». Depuis, la guerre en Ukraine a éclaté. La Chine ne condamne pas l’offensive russe, mais ne prend pas part non plus aux sanctions économiques contre la Russie. Au premier jour de la guerre, les Chinois avaient levé les restrictions à l’importation de blé russe. Pékin a besoin de céréales, matières premières et hydrocarbures, une véritable aubaine pour la Russie, qui possède des stocks à vendre. Les deux pays ont même signé un accord de construction d’un second gazoduc reliant la Russie à la Chine. Cependant, la Chine ne s’est pas portée au secours des banques russes depuis leur exclusion du système Swift. Il faut aussi noter que, selon des spécialistes, la Chine ne souhaite pas apporter un quelconque soutien militaire et économique à la Russie. Car, historiquement, elle n’a jamais été un pays très impliqué dans les conflits internationaux, le cas du Vietnam étant l’exception, car ce pays est son voisin et elle craignait une hégémonie des Américains en Extrême-Orient. « La Chine n’a aucun intérêt à ce que le conflit se mondialise et dégénère » confie un spécialiste.

L’interdépendance des économies

Le conflit militaire ‘inattendu’ d’Ukraine a plongé le monde dans une situation économique qui était déjà en arrêt depuis l’apparition de la Covid-19 en 2020. Mais elle vient souligner l’interdépendance des économies mondiales. A Maurice, c’est l’accès à l’alimentation et son cout et le cout des produits pétroliers, qui ont fait découvrir l’état de notre dépendance alimentaire et des énergies de l’étranger. Mais le plus inquiétant sera de connaitre l’impact de ce conflit sur l’industrie du voyage, certains observateurs se demandant déjà si la hausse du billet d’avion en Europe ne risque pas de freiner les envies de voyager. Ailleurs, en Afrique, la situation semble aussi inquiétante : en effet, l’économie africaine est frappée par un double handicap : les séquelles gérables de la Covid-19 et les conditions climatiques défavorables qui déstabilisent les agriculteurs. Cette troisième source de grandes inquiétudes qu’est la crise entre la Russie et l’Ukraine menace non seulement la sécurité, mais aussi les opérations de paix en Afrique. Car les Russes, à travers leurs forces paramilitaires Wagner et les Ukrainiens, en service auprès de la mission des Nations-Unies, pourraient regagner leurs armées respectives, privant une partie de l’Afrique de ressources contre le terrorisme fondamentaliste. Mais ce que redoutent les observateurs, ce sont des soulèvements contre la faim et la cherté de la vie. Ainsi, l’insécurité alimentaire annoncée par plusieurs organisations internationales du fait, entre autres, de la hausse soutenue des prix sur ce marché, pourrait exacerber les colères des peuples et entrainer des mouvements d’humeur, voire des soulèvements dans les grandes villes. Une situation qui risque de s’envenimer puisque plusieurs pays du continent sont dans une condition démocratique précaire, au vu des nombreux coups d’État auxquels nous avons assisté des derniers mois.

Si nous n’en sommes pas là à l’ile Maurice, c’est grâce aux fonds publics décaissés par l’État dès mars 2020 et l’effort national des grands groupes privés et des ONG. L’ile Maurice peut aussi compter sur une grande culture de solidarité entre toutes ses communautés au-delà des antagonismes politiques. C’est sans doute notre plus grande richesse face à l’adversité et il faut veiller à ce que personne ne vienne saper ce précieux acquis.