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Tout jeune journaliste des années 80/90 connaissait les ainés de la presse mauricienne. Du Dr. Philippe Forget à Bickramsing Ramlallah, en passant par Monique Dinan et Jacques Rivet. Et si j’ai connu le Dr. Forget, ayant débuté à l’express, les autres je les croisais dans le milieu du travail. Bickramsing Ramlallah, je l’ai souvent vu aux fonctions liées aux commémorations de l’arrivée des travailleurs engagés, à l’Apravasi Ghat, ou dans sa librairie Nalanda, à la rue Bourbon.

Monique Dinan, j’ai eu plaisir de l’interviewer pour des articles sur la religion ou les filles-mères. Et Jacques Rivet, je le voyais arriver les matins au bureau du groupe Le Mauricien/Week-End,- quand j’allais manger une paire de dhall-puris et boire un Coca chez Jackie « Sparrow », qui tenait tabagie en face de ce groupe de presse. Même chose les après-midis, quand il quittait les locaux de son journal.

Il était toujours bien mis, en costume et cravate, avec cette chevelure qui lui donnait des airs d’Alain Delon. On s’est longuement parlé, en deux fois. Je ne me rappelle plus si c’était au Domaine Les Pailles, ou dans une autre fonction. Toujours est-il qu’il était venu me parler, après avoir lu l’article-hommage que j’avais consacré à John Kenneth Nelson. Il connaissait très bien le ségatier, et me conta également d’autres anecdotes sur Alphonse Ravaton, dit Ti Frer, qu’il avait bien connu aussi.

Autant que je me rappelle, Jacques Rivet me dit qu’il fut quasiment à la base du lancement de la carrière de John Kenneth. Avec Hervè Masson,dit « Tivé »,les trois formaient une paire qui écumait les hôtels du circuit hôtelier, où John Kenneth se produisait. Il fait encore flou dans ma tête, mais je me rappelle très bien de cette longue conversation où « Fler de la rose » avoisinait avec les rythmes de la Rivière Noire !

La deuxième fois, on parla de La Cambuse, ancienne pub/boîte de l’époque, située non loin des locaux du Mauricien, juste à côté du bâtiment où se trouve aujourd’hui Immedia. Là encore, il me parla des artistes qui s’y étaient produits, dont Clarel Betsy, un de ses grands amis. Qui devint le correspondant de Week-End/ Le Mauricien, après son émigration à Paris.

Jacques Rivet avait une petite voix, une douce voix même. Et son choix de mots était éloquent. Quand on côtoie une telle personne, on sait d’emblée que c’est quelqu’un de très cultivé. Il a été de tous les combats nécessitant que la presse descende dans la rue. Comme quand le gouvernement de Sir Anerood Jugnauth voulait imposer une « caution » financière sur les journaux. Mesure qui allait certainement causer la disparition de plusieurs « ti lagazet ».Sur les photos en noir et blanc, il figure parmi ces membres de la presse qui, avec le père Henri Souchon, avaient manifesté devant l’Hôtel du Gouvernement.

Son groupe de presse eut également l’honneur de présider le Media Trust, mis sur pied pour le bien-être et la supervision des journalistes, à travers Gérard Cateaux. Qu’il ira donc rejoindre là-haut. Ils auront certainement de quoi se dire !

Descendant d’une lignée qui faisait la fierté de la presse et de la politique mauricienne, en l’occurrence Raoul Rivet, Jacques Rivet avait succédé à son père au décès de ce dernier, le 29 novembre 1957,à l’âge de 61 ans. Il avait de qui tenir, et tint fermement les rènes du journal que fonda le paternel. Le gentleman-journaliste qu’a été Jacques Rivet paraîtra fièrement devant son père, avec le sentiment du devoir accompli. A 81 ans, au moment de son départ des suites de maladie, la presse n’est plus la même. Et même son journal paraît désormais le matin, alors que traditionnellement Le Mauricien s’achetait les après-midis. Il laisse en tout cas un bel héritage à la presse mauricienne. Fondé en 1908 par Eugène Henry, Le Mauricien était à l’époque le plus ancien journal du pays, après la disparition du Cernéen. Raoul Rivet en prend la direction le 1er Février 1922.A sa mort, c’est son fils Jacques qui prit la barre du journal,- pendant une soixantaine d’années. Nous publions un extrait de la lettre écrite par Raoul Rivet, en 1922 et qui se révèle d’une acuité visionnaire !,et qui résume aussi ce pour quoi Jacques Rivet vivait :

« Ce journal sera entièrement au service de la cause mauricienne. Pour cela, il fait appel à toutes les bonnes volontés. Il sera contre la réaction pour le progrès, contre l’inertie. Il ne s’opposera qu’à l’autocratisme et à l’arbitraire. Il dénoncera les abus, d’où qu’ils viennent, et tiendra l’honneur de rendre justice en toute occasion ou mérite, ses éloges et ses critiques seront animés de la même impartialité, de la même franchise »

Le journal Mazavaroo s’incline devant la douleur de ceux qui pleurent la disparition de ce grand homme de presse.

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