May 17, 2022
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PNQ : Padayachy a fait du réchauffé alors que les Mauriciens peinent à faire bouillir la marmite

Cette Private Notice Question (PNQ) tout le monde l’attendant depuis mardi dernier, jour de la rentrée parlementaire. Mais, finalement, c’est hier que Xavier Luc Duval (XLD) a décidé de poser cette question, ô combien importante, sur la cherté de de la vie à Maurice. Une situation engendrée par la conséquence directe de la flambée des prix de plusieurs articles de consommation de base et aussi d’une double augmentation des prix de l’essence en moins de trois mois.

En effet, le Leader de l’Opposition, usant de ses prérogatives d’une PNQ a demandé hier matin si le Grand Argentier compte prendre des mesures immédiates, tels que la réduction des taxes et ‘levies’ sur les produits pétroliers, application du TVA sur le prix FOB (Free on board) au lieu sur le coût des assurances et des frets sur les produits importés, une augmentation de la pension de vieillesse pour établir le pouvoir d’achat, accorder une aide financière aux familles, offrir des ‘saving bonds ‘ aux pensionnaires, élargir le panier des produits qui sont sous le régime d’une subvention et réduire les « profit margin » des importateurs des produits sur lesquels il y a des subsides, tel que le lait.

Dans sa réponse, le ministre des Finances a soutenu que cette PNQ est une occasion pour revenir sur l’action décisive de ce gouvernement pour soutenir la population de Maurice dans une situation soumise à de multiples chocs externes. Selon Renganaden Padayachy, pour bien comprendre les enjeux il faut aussi voir le contexte dans lequel l’économie mauricienne est appelée à évoluer.

« Nous avons été plongés dans la plus grave crise que le monde moderne n’ait jamais connue. Une crise qui a chamboulé nos modes de vie et a bouleversé notre trajectoire de croissance économique. Dès avril 2020, le Fonds Monétaire International, dans ses Perspectives Économiques Mondiales n’a pas mâché ses mots quant à la gravité et la profondeur de la crise. Face à l’ampleur du choc, il s’agissait, coûte que coûte, de préserver les vies et les moyens de subsistance de la population », a soutenu le ministre des Finances dans sa réponse.

La Covid-19 a coûté 15 points au PIB

Il a aussi expliqué que Le FMI a préconisé l’application d’une politique à trois niveaux pour préserver l’essentiel, à savoir l’emploi. Pour y parvenir, le gouvernement devait donc prévenir les défauts de paiements, éviter les faillites, et surtout maintenir les capacités de production. « Cette pandémie nous a coûté 15 points de PIB », a souligné le ministre des Finances.

Maurice est passé de presque 1,4 million de touristes en 2019 à 300 000 touristes en 2020 et seulement 180 000 en 2021. « Le secteur touristique n’a pas été la seule grande victime de la pandémie, celui des exports de biens et services a lui aussi été lourdement affecté », a rappelé Renganaden Padayachy. Alors qu’au niveau des exportations de biens et services Maurice est passé de Rs 192 milliards en 2019 à Rs 128 milliards en 2020 et à Rs 132 milliards en 2021. Ce qui veut dire un manque à gagner cumulé de plus de Rs120 milliards, soit 3 milliards de dollars.

C’est une chute d’exactement 33 % des rentrées de devises, soit 1 tiers de nos recettes en FoRex. Imaginez-vous la pression que cette situation a engendrée sur notre roupie. Du jamais vu pour notre économie. Malgré les interventions de la Banque de Maurice, et du fait de la forte demande en devises avec une offre diminuée, nous avons connu une dépréciation de notre monnaie », a déclaré le Grand Argentier.

Pour ce dernier l’augmen- tation du coût de la vie est un phénomène mondial. Il tient pour preuve les 7,9 % d’inflation aux États-Unis pour les 12 derniers mois terminant au mois de février 2022, soit le plus fort taux depuis 40 ans. 6,2 % au Royaume-Uni, 7,3 % en Allemagne, 9,8 % en Espagne, et 7,5 % dans la zone euro. Selon les derniers chiffres publiés, Maurice a connu une inflation de 5,2 % sur les 12 derniers mois terminant au mois de février 2022. Alors que la Banque de Maurice estime que l’inflation en 2022 pourrait s’établir à 6,7 %.

En prenant en compte l’incertitude entourant la durée du conflit russo-ukrainien et son impact sur nos principaux marchés, il est vraisemblable que le taux d’inflation aille au-delà de ces projections », a rappelé sur un ton pessimiste le ministre des Finances.

Énumération de mesures mais rien de nouveau

Rengananden Padayachy a considéré que les propositions formulée par le Leader de l’Opposition dans sa PNQ n’étaient pas à l’ordre du jour au regard du contexte qu’il a énuméré au début de sa réponse. Il s’est alors lancé dans une diatribe pour énoncer les mesures déjà prises par le Gouvernement.

Pour le ministre des Finances, le Premier ministre et son gouvernement ont toujours privilégié l’humain car, dit-il, c’est le développement humain qui permet un développement économique équilibré. Dans sa réponse, le Grand Argentier a soutenu que le gouvernement a :

  • augmenté le Basic Retirement Pension à Rs 9 000, ce qui représente une hausse de 148,4 % depuis 2014, année où le BRP s’élevait à seulement Rs 3 623.
  • (b) versé le Wage Assistance Scheme et le Self-Employed Assistance Scheme à plus de 550 000 personnes, pour un coût de Rs 27 milliards, afin de soutenir le pouvoir d’achat des employés, car préserver les emplois c’est avant tout préserver le pouvoir d’achat des Mauriciens.
  • maintenu la subvention sur le prix du gaz ménager, de la farine et du riz. Un soutien de Rs 4 milliards.
  • introduit une subvention et un prix maximum sur 7 nouveaux produits essentiels, à savoir l’huile comestible, les grains secs, les tomates en conserve, le lait en poudre, la margarine, le fromage et le poisson en conserve (sardines et pilchards) de juillet à décembre 2021. Cette mesure a été prolongée jusqu’en juin 2022 et représente quelque Rs 1,2 milliard. Un total cumulé de Rs 5 milliards pour l’ensemble des subsides que je viens de citer.
  • mis en place une campagne de vaccination gratuite contre la Covid-19 pour l’ensemble des Mauriciens et avons maintenu la gratuité des soins, de l’éducation et des transports pour une grande partie des familles mauriciennes.
  • prévu une compensation salariale de Rs 500 roupies pour ceux qui gagnent moins de Rs 13 000 et Rs 400 pour les autres travailleurs. Cette augmentation est en application depuis le début de l’année 2022.

« À cet égard, je tiens à rassurer la population et le Leader de l’Opposition quant au fait que le gouvernement travaille actuellement sur les différentes options pour continuer à soutenir le pouvoir d’achat des Mauriciens. Au niveau de mon ministère et en cette période pré-budgétaire, j’ai mis en place un groupe de travail pour plancher sur des mesures prenant en compte les besoins des plus démunis. En ce sens, les consultations vont bon train », s’est défendu le ministre et annonce que 700 propositions sont actuellement à l’étude.

De ce fait, il ajoutera qu’un certain nombre de pistes et propositions discutées au cours de ces échanges ont directement pour objectif de maintenir le niveau du pouvoir d’achat à Maurice, comme l’a suggéré le Leader de l’Opposition. Il a du reste salué ce dernier qui est venu avec certaines suggestions qui vont dans le sens de notre philosophie.

Mais il s’est posé quand même la question pour savoir si, serait-ce, le début d’un changement d’attitude du Leader de l’Opposition envers les plus vulnérables ? « Quand je regarde dans le rétroviseur et analyse la philosophie et l’historique de l’Opposition lorsqu’elle était au pouvoir, j’émets de sérieux doutes », a-t-il néanmoins répondu.

Renganaden Padayachy a tenté de faire parler les chiffres de 2008 pour prouver ce qu’il dit. Il a soutenu que le taux d’inflation était de presque 10 %, un taux déraisonnable à ce moment précis. « Pourtant, malgré ce coup de massue sur le pouvoir d’achat, la compensation salariale n’avait été que de 8,1% », dira-t-il.

Ce taux peut paraître acceptable mais souvenons-nous, a expliqué le ministre des Finances, qu’à cette période de nombreux salariés ne percevaient que Rs 1 500  par mois. Tandis que la hausse salariale n’était que de Rs 121 pour ces pères et mères de famille. « À vrai dire, plus de 50 000 chefs de famille recevaient un salaire de moins de Rs 3 500 par mois à cette période. Les pensionnés, eux, ne touchaient que Rs 2 802. La hausse accordée, une peau de chagrin, avait été de Rs 143, faisant donc un total de Rs 2 945 par mois », a rappelé le ministre.

Dans la foulée, le ministre des Finances a avancé que le prix du pain  était à Rs 2,50, contre Rs 2,60 maintenant,  la boîte de sardines à Rs 22,23, contre Rs 22,66 aujourd’hui, le riz à Rs 5,40 exactement comme aujourd’hui, les lentilles noires à Rs 24,50 comme aujourd’hui aussi, les dhall petits pois à Rs 19,37 contre Rs 14,57 à présent, le gaz à Rs 300 contre Rs 180 actuellement, la farine était à 13,59 contre Rs 9,70 à ce jour, soit 40 % plus cher qu’aujourd’hui, et le diesel à Rs 51,20 contre Rs 45,10 à présent.

« En tout et pour tout, le gouvernement a apporté un soutien de Rs 8,2 milliards en subsides en 2020-2021 contre seulement Rs 2,2 milliards de en 2008-2009 », a conclu le ministre. A ce moment, Le Leader de l’Opposition a tout essayé pour recentrer le débat sur la question du jour. Mais comme à l’accoutumé, le Speaker a joué à l’arbitre pour déstabiliser XLD, avec des : « You don’t have the floor », «You have no point of order », « What is your question » à plusieurs reprise ou encore « You have no question », allant jusqu’à menacé le Leader de L’Opposition de donner la parole à un autre membre de l’Assemblée.