January 27, 2023
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Opinion

Pour que l’histoire ne se répète pas…

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Ce n’est définitivement pas ici qu’on entendra dire que le président Pradeep Roopun a rencontré des acteurs du monde culturel, et des historiens. Mais aux Etats-Unis, c’est chose possible, et courante. Ainsi Joe Biden a eu une rencontre avec des historiens à la Maison Blanche. Ces derniers voulaient lui faire part de leurs appréhensions concernant la montée du fascisme dans le monde, et même aux Etats-Unis.

Ces historiens ont fait la comparaison avec ce qui se passe actuellement, sous diverses latitudes, et ce qui est survenu dans le passé, durant la Guerre Civile aux Etats-Unis par exemple, et les courants fascistes de par le monde, avec la montée du Nazisme notamment. C’est le Washington Post qui rapporte cette rencontre au sommet entre ces précieux observateurs et le premier représentant des Américains. Qui ont averti Biden quant à leurs craintes sur le totalitarisme, qui menacent directement la démocratie.

S’il y a une certaine ironie dans cette rencontre, car les Etats-Unis font tout aussi pour « undermine » les volontés démocratiques de par le monde, comme en Syrie, en Irak, et en Palestine, où ils laissent un Etat voyou et fasciste comme Israël massacrer des innocents depuis 1958,le fait est aussi que ce même pays accorde beaucoup d’attention à ce que pensent la société civile.

Ce qui n’est pas souvent le cas chez nous, par exemple. Où tout se décide en haut de la pyramide, sans que le peuple ait son mot à dire. A titre d’exemple, si le soulèvement estudiantin de Mai 1975 a fait son effet dans notre île, forçant à l’implémentation de l’éducation gratuite. Qui, malgré ses défauts, a permis à de nombreux jeunes d’avoir accès à l’école. Et parmi ceux qui avaient poussé à ce changement figuraient des universitaires, qui ont canalisé, pédagogiquement, ce que les jeunes de l’époque voulaient. Il y a donc matière à crainte, quand on voit comment les blocs politiques considèrent ce qu’ils pensent être mieux pour le pays. A savoir organiser des meetings, et insulter leurs adversaires, ou faire des alliances, sans même présenter un programme alternatif.

Pour que l’histoire ne se répète pas, dans le mauvais sens s’entend, il est important que ceux d’en haut comprennent qu’il leur faut tendre l’oreille aux récriminations, mais aussi aux attentes de la population. La réunion entre Biden et les historiens Américains a duré deux heures. Un temps inimaginable ici. Car, hormis Cassam Uteem, qui avait commandité un rapport sur l’exclusion à Maurice, Sir Anerood Jugnauth, Ameenah Gurib-Fakim et Pradeep Roopun n’ont en rien innové, le temps de leur mandat.

Et pourtant, il y aurait eu tant de partage, d’échange, qui auraient pu se faire entre Roopun et la société civile. Aux Etats-Unis, ces historiens ont soutenu que le monde vit actuellement ses moments les plus sombres. Ceux qui nous dirigent en sont-ils conscients ? Ou est-ce du « business as usual » ? Et il n’y a pas lieu de banaliser cette rencontre, car les historiens viennent de milieux respectés. Incluant les universités de Princeton et de Virginie, et aussi l’historien de la Maison Blanche. Parmi eux, Sean Wilentz, Anne Applebaum, Michael Beschloss, mais aussi ceux qui écrivent des discours pour Biden, dont Vinay Reddy, Jon Meacham et Anita Dunn, Premier conseiller à la Maison Blanche.

Ces sommités ne sont pas accusés d’avoir écrit quelque lettre anonyme, mais bien de chercher une confrontation directe, sur le plan des idées,avec Joe Biden. Applebaum, par exemple, est l’auteur de « Twilight of democracy : The seductive lure of Authoritarianism ». Pourquoi Pravind Jugnauth est qualifié de « dictateur » par ses adversaires ? S’est-il jamais penché sur cette question ? Qu’en pense Pradeep Roopun et Eddy Boissezon, le vice-président de la république ? Estiment-ils que tout va pour le mieux dans notre île, ou que la société civile est muselée ? Autant d’interrogations qui auraient pu faire le contenu d’une conférence « laïque » sous les lambris de la State House. Ou rue Farquhar, chez le vice-président. Mais, qui prendrait les devants d’une telle initiative ?

En tout cas, Joe Biden n’a pas perdu de temps, lui. Et même si on le dit « sleepy »,le président Américain tend l’oreille aux bruissements du monde.Diriger un pays, sans prendre en compte la voix des autres, c’est donner à coup sûr dans un mur. C’est peut-être aussi pour ça que certains de nos dirigeants, et beaucoup de nos politiciens en général, ne voient pas le « tsunami » qui les emportera. Préférant surfer sur des vagues populistes. Mais il n’y a pas eu que des historiens. Joe Biden a aussi rencontré Bill Clinton en Mai dernier, pour parler inflation et politique étrangère. Il est vrai que Clinton est aussi Démocrate. Mais chez nous, difficile d’imaginer Renganaden Padayachy invitant Rama Sithanen, Paul Bérenger et Xavier Duval à prendre un thé pour évoquer ce qui doit être fait concernant le « downgrading Moody’s » !

Le Washington Post écrit que “the meetings also continue a tradition of US presidents seeking big picture context from historians that started with President Ronald Reagan but stalled under former President Donald Trump, according to The Post.

C’est donc une tradition bien établie, aux Etats-Unis, et même en Europe, que de partager, échanger. Ici, avec les murs de division érigés sous tous régimes, difficile de les abattre, et de prendre les briques pour en faire des ponts. On ne sait plus dialoguer chez nous. Et c’est tout autant une horreur que la menace fasciste !

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