July 24, 2024
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Présidentielle en France : l’heure du choix a sonné pour un premier tour plein d’incertitude

Les Français ont commencé à voter ce dimanche 10 avril pour le premier tour d’une élection présidentielle perturbée par la guerre en Ukraine et pleine d’incertitude, avec la perspective d’un duel entre le chef de l’Etat sortant Emmanuel Macron et sa rivale d’extrême-droite Marine Le Pen, qui n’a jamais semblé aussi proche de la victoire. Quelque 48,7 millions de Français sont appelés aux urnes pour choisir entre douze candidats, à l’issue d’une campagne étrange, marquée d’abord par la pandémie puis par la guerre en Ukraine qui a occulté une partie du débat.

Les bureaux de vote ont ouvert à 08H00 (06H00 GMT) en métropole, alors qu’une partie des Français d’outre-mer ont commencé à voter dès samedi. Les premières estimations seront connues 20 heures après la fermeture des derniers centres de vote. Le ministère de l’Intérieur donnera à la mi-journée les premiers chiffres concernant le taux de participation, redouté en baisse. 

Depuis plusieurs semaines, les nombreux sondages prévoient une forte abstention et estiment que le président sortant Emmanuel Macron devrait arriver en tête, devant Marine Le Pen, comme lors de l’élection de 2017, avec le candidat de la gauche radicale Jean-Luc Mélenchon en troisième position. Les différentes études tendent à montrer que Marine Le Pen et Jean-Luc Mélenchon sont depuis plusieurs jours dans une dynamique de progression, réduisant substantiellement l’écart avec Emmanuel Macron qui est entré tard dans la campagne. Mais l’abstention, combinée au fait, toujours selon les sondages, qu’une part importante des électeurs n’est pas sûre de son choix, fait que les jeux semblent ouverts.

Derrière ce trio, les autres candidats paraissent décrochés, notamment celle de la droite traditionnelle Valérie Pécresse, et l’autre prétendant d’extrême-droite Eric Zemmour. Pour le deuxième tour, les sondages donnent Emmanuel Macron vainqueur, mais avec une très courte avance sur Marine Le Pen, laissant penser qu’une victoire de la candidate de l’extrême-droite est possible, ce qui constituerait une double première sous la Ve République, avec l’arrivée d’une femme et de l’extrême droite au pouvoir.

Ce premier tour clôturera plusieurs mois d’une campagne dont les grands enjeux, en particulier le dérèglement climatique, ont été absents. Le pouvoir d’achat, en revanche, s’est inscrit comme la principale préoccupation des électeurs, d’autant plus que la guerre en Ukraine a provoqué une inflation notable, érodant un peu plus les capacités financières de nombreux Français en situation précaire.

L’abstention

L’ombre de l’abstention plane également sur ce scrutin. Nombre de politologues craignent que le record du 21 avril 2002 (28,4%), le plus haut niveau jamais enregistré pour un 1er tour d’une élection présidentielle, puisse être battu, soit bien plus qu’en 2017 (22,2%). Dans ce contexte, Marine Le Pen a depuis le début axé sa campagne sur le pouvoir d’achat, de même que Jean-Luc Mélenchon dont la formation appelle les électeurs de gauche au vote « utile » en sa faveur, plutôt qu’au profit des nombreux autres candidats de gauche, comme l’écologiste Yannick Jadot, la socialiste Anne Hidalgo ou le communiste Fabien Roussel.

Face à la possibilité d’une victoire finale de l’extrême droite, certains candidats ont déjà annoncé la position qu’ils adopteront dimanche soir: Fabien Roussel fera barrage à Mme Le Pen. Valérie Pécresse ne donnera pas de consigne mais dira pour qui elle votera au second tour. 

Dans l’entourage d’Emmanuel Macron, on admet que le réflexe du front républicain, dont il avait bénéficié lors de son élection en 2017, n’est plus une évidence. « Juste dire +no pasaran+ ne marchera pas cette fois », concède ainsi un conseiller de la majorité.

Donnée finie après son échec de 2017, inquiétée par l’irruption sur la scène d’extrême droite du polémiste Eric Zemmour, Mme Le Pen a remonté la pente, allant jusqu’à se présenter, lors d’un dernier meeting vendredi, comme représentant “la France tranquille” face à un Emmanuel Macron « agressif » et « fébrile ». Par un effet de vase communicant, la fille et héritière politique du sulfureux tribun d’extrême-droite Jean-Marie Le Pen s’est retrouvée recentrée sur l’échiquier politique par Eric Zemmour. 

Emmanuelle Macron est lui entré très tardivement en campagne, jouant sur son image de commandant en chef accaparé par les crises sanitaire et internationale. Une posture qui l’a d’abord servi, mais qui a ensuite pu le faire apparaître comme déconnecté des préoccupations quotidiennes des Français. Son refus de se livrer à des débats télévisés avec les autres candidats a aussi alimenté l’idée qu’il tente d’enjamber le premier tour pour se concentrer sur le deuxième.

Prenant conscience du danger, le président sortant a appelé à partir de début avril à la mobilisation contre une extrême droite banalisée, et affirmé vendredi avoir l’esprit de conquête plutôt que l’esprit de défaite.

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