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La République de Maurice célébrera, cette année, le 20e anniversaire de la libéralisation des ondes radio- phoniques. Au Parlement, le 30 novembre dernier, des amende- ments à l’Independent Broadcasting Authority Act n’avaient pas manqué de provoquer des manifestations et une certaine agitation des radios privées et de la société civile tout particulièrement. Certaines personnes parlaient de loi liber- ticide, d’autres d’atteinte aux droits constitutionnels des citoyens et à leur liberté d’expression. Pour le gouvernement, le moment était venu pour légiférer et responsa- biliser davantage pour éviter des dérapages et consolider l’harmonie et l’unité nationale à la suite de certains abus et commentaires qui dépassaient le seuil de la tolérance et du respect.

Personne ne peut nier la contribution des radios privées durant ces deux dernières décennies dans l’élargissement de l’espace culturel et démocratique, qu’il s’agisse d’informations, de divertissements et de débats, entre autres. Mais avec une loi votée vingt ans plus tôt et des dérives devenus un peu trop fréquents dans le ton et la manière de les exprimer, l’instance régulatrice avait le devoir de solliciter le législatif, l’un des piliers de la démocratie, pour revoir certaines provisions de la loi non sans apporter toute nouvelle clause pour renforcer son pouvoir de décision et de sanction quand il y aura transgression des dispositions légales. Il est trop facile de diffamer ou de causer du tort à autrui à l’antenne s’il n’y a pas les garde-fous nécessaires pour la protection des droits des individus. De nombreux cas et exemples ont contraint les autorités à promulguer de nouvelles règles sous l’IBA Act amendée à la suite de débats et propositions des deux côtés de la Chambre.

PRAVIND JUGNAUTH : «All sorts of accusation and unwarranted vilifications of Government’s intention »

Lors de son intervention à l’Assemblée nationale sur ce projet de loi, le Premier ministre devait faire remarquer que « Members from the opposing side have raised a great hue and cry over this Bill, both inside and outside the House. They have made all sorts of accusation and unwarranted vilifications of Government’s intention behind this Bill and I have been listening to them very carefully and I must say that they have only been playing petty politics, as their arguments are not only untenable but they also betray their bad faith. Their agenda is simply and merely to oppose for the sake of opposing. Mr Speaker, Sir, let me first take the issue of administrative penalty. Although I expatiated lengthily on this issue on Friday last, citing several examples of similar provisions in foreign jurisdictions, we have heard several members from the Opposition criticising this proposal to empower the IBA, to impose administrative penalties. They have alleged, following their superficial and tenuous reckoning that this proposal will suffocate and put to silence the private radios.” Selon le chef du gouvernement donc, en dépit de la démagogie de l’oppo- sition, la loi ne pas amendée pour que l’IBA applique ou utilise la guillotine, les amendes pour toute infraction pouvant aller jusqu’à un demi-million de roupies et non cette somme pour tous les cas illégaux. Il s’est, par ailleurs, dit contre toute entrave à la liberté d’expression et tout dérapage relatif à la diffamation, aux propos injurieux et à l’atteinte à la vie privée pour préserver la stabilité de notre société.

ASHOK RADHAKISSOON : « Nous ne voulons pas arriver à une situation sociale intenable sur fond de haine raciale »

Parmi les autres points soulevés par Pravind Jugnauth au Parlement, relevons ce qui a été dit jadis par les Ashok Radhakissoon, Paul Bérenger, Finalay Salesse, Ehshan Kodarbux et Kris Kaunhye comme le Premier ministre les a cités. « Mr Speaker, Sir, I believe it is fitting for me to quote here an extract of an article published in 5-Plus Dimanche of 29 February 2004, which is of utmost relevance. In the said article, Me Ashok Radhakissoon, the then Chairman of the Independent Broadcasting Authority, and now, one of the legal advisers of two private radios stated the following, and I quote – “Nous pourrions aller très loin dans les sanctions s’il le faut”. Le Premier ministre d’alors, Paul Bérenger, a été clair dans sa déclaration lors de sa conférence de presse hier: “Les dérapages en direct sur les radios privées sont dangereux et inacceptables.” Le président de l’IBA a tenu les mêmes propos envers les responsables des radios privées hier matin. Au point, a dit le Premier ministre, où au Conseil des ministres, la question a été évoquée, et je cite – « Nous nous sommes demandés si nous n’étions pas arrivés à un moment où il fallait “ban” (bannir) les émissions en direct sur les radios privées. La chose est dans le domaine du possible si les radios n’arrêtent pas avec leurs dérapages. » La veille vendredi, au cours du conseil des ministres, le Premier ministre avait pris la décision de rencontrer bientôt les responsables des radios en compagnie des membres de l’IBA et du vice-Premier ministre. Trois heures plus tôt, c’était au conseil d’administration de l’IBA de rencontrer les responsables des radios privées et un responsable de la MBC. Une rencontre qui a pris l’allure d’une mise en garde, à en croire la déclaration du président de l’IBA, Ashok Radhakissoon. Je cite : “Nous avons tenu à rencontrer les responsables des radios car nous sommes consternés par certaines émissions en direct. Nous leur avons fait plusieurs propositions, surtout par rapport à certains dérapages sur les radios privées. Nous avons évoqué les couvertures de certains sujets sensibles car nous ne voulons pas arriver à une situation sociale intenable sur fond de haine raciale.”

“À l’IBA, nous sommes disposés à agir. Nous pourrions aller très loin avec des sanctions s’il le fallait. Nous proposons dans un premier temps d’arrêter momentanément des émissions en direct jusqu’à ce qu’on arrive à trouver une solution. Nous avons fait aussi d’autres propositions comme l’achat d’un équipement, le ‘broadcast delay’, qui permet d’avoir un recul entre 8 et 20 secondes s’agissant des émissions en direct. Les responsables des radios ont eu une approche responsable”, explique Ashok Radhakissoon.

FINLAY SALESSE : « Certaines radios ont certainement des dispositions à prendre pour éviter tout dérapage »

Pour Finlay Salesse, de Radio One, “il est inacceptable que l’IBA interdise les émissions en direct qui sont la respiration même d’une radio privée. À moins d’empêcher celle-ci d’avoir une vocation de service public. Certaines radios ont certainement des dispositions à prendre pour éviter tout dérapage. À Radio One, nos auditeurs ont le sens de la responsabilité. Il appartient aux journalistes-animateurs d’imposer les paramètres pour éviter les dérapages à l’antenne. Nous avons toujours dit à Radio One que la liberté de parole ne suppose pas la liberté de dire n’importe quoi et nos auditeurs responsables l’ont compris depuis très longtemps. Au-delà d’une solidarité ou d’un esprit coopératif, il est utile de préciser que Radio One est hostile à toute censure mais que ceux qui sont coupables de dérapages doivent être sanctionnés. »

Eshan Kodarbux avait, lui, affirmé que “nous avons écouté l’IBA. Maintenant, nous allons consulter nos hommes de loi. À la réunion du lundi à l’IBA, nous comptons faire des contre-propositions. Il ne faut pas que la liberté d’expression soit victime de cette situation de division et de subdivision de notre société créée par les hommes politiques eux-mêmes à travers le communalisme scientifique.” Vous pouvez imaginer à qui il est en train d’adresser cela, et je cite : “Le débat démocratique doit continuer. Il ne faut pas détourner l’attention sur des sujets d’importance comme la réparation de la richesse économique, par exemple”. Nous notons que depuis quelque temps déjà, M. Bérenger conditionne l’opinion contre les radios privées, les éditorialistes et des caricaturistes. Lorsqu’on sait qu’il y a une loi restrictive en préparation, permettons-nous d’être méfiants à l’égard de la démarche du Premier ministre, c’est-à-dire, de l’honorable Paul Raymond Bérenger. »

KRIS KAUNHYE : « Notre société est quand même fragile »

Quant à Kris Kaunhye (Top FM), il avait ainsi réagi : “Il est tout à fait normal que chaque radio assume ses responsabilités selon le cahier des charges de l’IBA Act. C’est vrai qu’il est très difficile de savoir ce qui peut sortir d’une conversation lors d’une émission en direct. Il incombe au responsable d’une radio de prendre des mesures nécessaires, surtout en ce qu’il s’agit des sujets qui peuvent toucher à la religion. Notre société est quand même fragile. Des sujets qui touchent à la stabilité de notre nation ne devraient pas faire l’objet d’émissions en direct. Au niveau de Top FM, nous avons pris les dispositions nécessaires à travers un système qui permet de passer les appels en léger différé. Je comprends la réaction du Premier ministre qui réagit fermement lorsqu’il y a des atteintes quand on traite des sujets sensibles.”

Aujourd’hui, la montée en première ligne de Top FM s’explique par sa politique éditoriale de donner la parole à des auditeurs très critiques à l’égard du pouvoir. Certains sont télécommandés et sont des habituels de la boîte tant par la facilité déconcertante par laquelle ils sont mis en communication sur la ligne téléphonique toujours très occupée pour les autres. Cette radio privée s’est érigée comme un opposant du régime en place et ses efforts de contenir les dérapages et des propos diffama- toires ne sont pas notables, d’où le besoin de légiférer pour maintenir la stabilité, le fair-play et la cohésion sociale. On se demande si cette radio ne perdra pas son sens de critique dans l’éventualité, à l’avenir, d’un changement de gouvernement tant les membres de l’opposition y sont régulièrement accueillis pour descendre le Premier ministre, son Cabinet et l’action gouvernementale.

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