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C’est un homme qui tient toujours des propos conciliants et sirupeux mais à y voir de près et en décortiquant ses discours, on voit un individu dangereux pour ses adversaires car il ne recule devant rien pour causer leur perte : coups bas et calomnies, mensonges et approxi- mations. Rama – qui n’a rien d’un saint -, se veut être une réplique de Sir Gaëtan Duval. Mais, bien entendu, il n’arrive pas à la hauteur du grand tribun et leader histo- rique du PMSD.

S’il voulait passer à la postérité, Rama l’est déjà : grâce à l’affaire Kaya, du nom de l’ex-leader et chanteur du groupe de seggae Racinetatane, encouragé à fumer de la ganja et décédé en prison dans des circonstances mystérieuses après avoir été abandonné par celui-là même qui avait organisé un meeting en faveur de la dépénalisation. Dans un récent livre paru en novembre 2021, l’auteure ne manque de souligner comment les organisateurs de ce rassem- blement à Rose-Hill avaient lâché le chanteur de seggae lequel n’avait pas pu rassembler l’argent nécessaire pour obtenir sa liberté provisoire. Rama n’aura pas d’autre ‘heure de gloire’ que sa responsabilité dans cette tragédie qui avait failli mettre le pays à feu et à sang. Mais, elle illustre parfaitement le peu de cas qu’il avait pour des individus chauffés à blanc et sans doute inconscients du fait qu’ils défiaient la loi au nom d’une revendication qui, jusqu’à présent, n’a pas l’adhésion de la population.

Maitre à esclave

Populiste à souhait, c’est aussi dans cette logique qu’il a établi une relation de maitre à esclave avec des personnes démunies et parfois accoutumées à la drogue. Un des anciens lieutenants passé avec armes et bagages au PMSD raconte qu’il lui avait demandé à plusieurs reprises de mettre fin à sa pratique de donner « la monnaie Kass yen » à des drogués. « On dirait qu’il fait cela pour que ces personnes restent à sa disposition à n’importe quel moment », explique-t-il. Mais, il y a pire. Il n’avait pas hésité à faire sortir des taulards de la prison, avec le coup de main de certains geôliers, pour réaliser des coups bas durant une campagne électorale et, au petit matin, ces prisonniers avaient regagné leurs cellules. Roi des coups tordus, il est celui à qui on fait appel pour répondre à l’adversaire.

Formé en droit criminel, il voyait sa carrière suivre la même voie que celle de Sir Gaëtan Duval, lequel avait lui aussi bâti une bonne partie de sa carrière sur sa capacité à défendre les petites gens indépendamment de leurs convictions politiques. Mais la ressemblance s’arrête là. Au temps de sa splendeur, véritable ténor du barreau, payé des fonds du secteur privé et ministre, le leader bleu avait suffisamment des moyens pour entretenir une cour. Il faut dire qu’aucune tentative politique de notre homme pour se faire élire n’a abouti car dans son propre bastion il est considéré comme un dangereux activiste incapable de se donner une crédibilité.

Le populisme de Rama

Fumiste sans égal et maitre en grandes envolées creuses, c’est lui qui, dans une radio privée, avait pompeusement déclaré : « Mo akize ! », pour reprendre les mots du grand écrivain Émile Zola qui avait fait un plaidoyer historique dans le journal L’Aurore en défense d’Alfred Dreyfus, injustement accusé d’espionnage. Aussi n’est-il pas surprenant que certains leaders de l’opposition aient préféré l’ignorer dans leur choix de partenaires ! Il faut se méfier des politiciens qui flattent bassement les revendications citoyennes sans jamais être capables de proposer des réflexions pertinentes et répondant aux normes de la démocratie. Le populisme de Rama est un véritable danger pour les démocrates, fussent au gouvernement ou dans l’opposition aujourd’hui, car il tend à faire accroire que le système a failli et que les élites sont forcément de nature à écraser la classe ouvrière et les pauvres. Mais à Maurice, le danger se drape aussi d’un manteau religieux qui veut faire croire que la foi serait forcément ‘socialiste’. Or, nous savons que le libéralisme à la mauricienne est une ‘exception’ née à Maurice dans un creuset où se mêlent l’état-providence, le vivre-ensemble et le pacte social.

Pourquoi donc a-t-il perdu aux élections générales alors que toutes les conditions semblaient être réunies ? À Rose-Hill, il a été confronté à un électorat éclairé soucieux d’être représenté par des députés de qualité au Parlement. L’épisode Kaya était encore frais dans la tête des Rose-Hilliens, d’autant que la réputation de l’avocat, ses frasques, ses ‘amis’ et ses ambitions étaient tout autant des éléments d’une instabilité à venir. Il faut ici préciser que ce populisme s’appuie aussi sur une forme d’ouvriérisme qui rejette toute idée d’entrepreneuriat, les investissements et les pactes sociaux.

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