September 26, 2022
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SAJ dans toute sa gloire

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Notre jeune et dynamique journaliste, Zuhayr Dhunny, fut bien inspiré l’année dernière en remontant dans l’histoire pour retracer la carrière des leaders politiques les plus remarquables de l’histoire du pays. De tous ses écrits, que ce soit sur Sir Gaëtan Duval ou sur Sir Abdool Razack Mohamed, celui consacré à SAJ marqua le plus les esprits. SAJ dans toute sa gloire, titrait-il le plus logiquement du monde. Lisons son récit pour nous remettre en mémoire le parcours exceptionnel d’un grand homme et d’un politique comme il y en a peu.

Acharné, dédié, ayant une vision de stabilité pour l’île Maurice, écrasant tout sur son passage, « Ramboesque » dans son attitude allant toujours à la charge pour gagner, ayant toujours un coup d’avance sur ses opposants politiques, sincère dans ses paroles et dans ses actes, incontesté et incontestablement un géant de la politique qu’on peut surnommer sans modestie le « Giant Slayer » (Le tueur de géants), un bon père de famille et aussi une légende qui a imprimé son nom dans l’histoire de l’île Maurice. Nous reviendrons en effet sur les différents évènements qui ont contribué à forger la légende qu’on connaît aujourd’hui.

Sir Anerood Jugnauth a débuté sa carrière politique en 1963, année où il a réussi à se faire élire à l’Assemblée Nationale pour la première fois dans la circonscription No.14 « Rivière du Rempart ». Il portait à l’époque les couleurs du « Forward Independent Bloc » (IFB), un parti politique qui a participé dans l’avènement de l’indépendance de l’île Maurice aux côtés du PTr de Sir Seewoosagur Ramgoolam et du CAM de Sir Abdul Razack Mohamed, avant de rejoindre le « All Mauritius Hindu Congress » en 1965. Il fut le Ministre du développement sous le gouvernement de Sir Seewoosagur Ramgoolam de 1965 à 1966, avant d’être promu Ministre du Travail en novembre 1966. En 1967, il a démissionné de son poste de Ministre du Travail ; cependant il sera très actif à la Conférence constitutionnelle de Londres organisée dans le cadre de l’accession de l’île Maurice à l’indépendance. Lors des pourparlers, il n’avait pas été informé de l’excision des Chagos, qui avaient été traitée uniquement par Sir Seewoosagur Ramgoolam avec les Britanniques.

En 1970, son parti politique, le « All Mauitius Hindu Congress » fut dissout suivant une division politique du « Parti de l’Indépendance » (IP) et de son parti. Dans la même année, le « Comité d’Action Musulman » (CAM) de Sir Abdul Razack Mohamed fut dissout lui aussi.

L’émergence du MMM de Sir Anerood Jugnauth et de Paul Raymond Bérenger

Pour les législatives de 1976, nous eûmes la chance d’assister à une élection générale où participait les quatre partis politiques les plus populaires de l’île à cette époque. Il s’agissait du « Parti de l’Indépendance » (IP) dirigée par le père de la Nation, Sir Seewoosagur Ramgoolam, du « Comité d’Action Musulman » (CAM) de Sir Abdul Razack Mohamed, du « Parti Social-Démocrate Mauricien » (PMSD) dirigée par Gaëtan Duval et du « Mouvement Militant Mauricien » (MMM) dirigée par Paul Bérenger et par Sir Anerood Jugnauth. Sir Aneerood Jugnauth avait rejoint le « Mouvement Militant Mauricien » (MMM), en 1970 et il fut le président du parti et fut aussi le secrétaire général.

Il y eut plus de 460 000 électeurs qui avaient le droit de voter pour les législatives de 1976 et plus de 400 000 de ces électeurs ont effectivement voté. Le MMM de Paul Bérenger et de Sir Anerood Jugnauth a pu recueillir plus de 38% des voix soit 34 sièges, alors que le Parti de l’Indépendance, composé du Parti Travailliste Mauricien (PTR) et du CAM, ont pu recueillir 37% des voix soit 28 sièges. Le PMSD quant à lui n’a pu recueillir que 16% des voix, soit 8 sièges.

Le PTR de Sir Seewoosagur Ramgoolam a dû alors faire alliance avec le PMSD de Gaëtan Duval afin de rester au pouvoir avec seulement 36 sièges à l’Assemblée Nationale, deux sièges de plus (28 pour le PTR et 8 pour le PMSD) que le MMM. Le MMM devenait l’opposition, mais si le PTr et le PMSD n’avaient pas fait alliance à la dernière minute, Sir Anerood Jugnauth et Paul Bérenger auraient été les rois de la politique à travers l’île, battant le PTr et le PMSD. Sir Anerood Jugnauth fut nommé Leader de l’Opposition, place qu’il a su maintenir jusqu’aux prochaines législatives de 1982.

Le premier « 60-0 » de l’histoire politique mauricienne

Le Parti Travailliste Mauricien recula d’un pas lorsque le CAM de Sir Abdul Razack Mohamed ne voulut pas participer aux législatives de 1982. Aussi, il eut une cassure entre le PMSD et le PTR qui a affaibli d’autant plus le gouvernement de SSR. En 1981, Harish Boodhoo forma le « Parti Socialiste Mauricien » (PSM) et fit alliance avec le MMM. Sir Anerood Jugnauth espérait que cette nouvelle alliance avec le PSM détournerait les votes des Hindous du PTR et de ce fait, assurerait une victoire au MMM.

Effectivement, les législatives de 1982 montrèrent une victoire écrasante de l’Alliance MMM-PSM qui remporta plus de 64% des voix, une victoire significative car le paysage politique de l’île Maurice va connaître pour la première fois le fameux « 60-0 » de l’histoire. L’Alliance MMM-PSM remporta l’ensemble des 60 sièges, 42 sièges pour le MMM et 18 sièges pour le PSM. Le PTR de Sir Seewoosagur Ramgoolam dominait la politique mauricienne depuis 1948 et n’a pas réussi à obtenir de siège avec seulement 25% des voix, même avec l’aide du CAM.

De même pour le PMSD qui lui aussi n’a pas réussi à obtenir de siège à l’Assemblée Nationale avec un taux encore pire que celui du PTR, un taux de 7.79% des voix. Mais grâce au « Best Loser System », instauré sous la pression intenable de Sir Abdul Razack Mohamed, le PTR et le PMSD ont finalement pu obtenir deux sièges chacun à l’Assemblée Nationale.

Dissolution du MMM-PSM et naissance du MSM

Pour la première fois, Sir Anerood Jugnauth devient le Premier ministre de l’île Maurice suivant les législatives de 1982. Harish Boodhoo devient son vice-Premier ministre, tandis que Paul Bérenger devient ministre des Finances. Grâce à son alliance avec le PSM, et grâce à sa logique infaillible, Sir Aneerood Jugnauth et son équipe  remporta tous les sièges de l’Assemblée Nationale et accéda au poste de Premier ministre avec un record de « 60-0 ». Il devient le Premier ministre incontesté à travers l’île.

Mais le pays avait déjà été anéanti par un chômage chronique et par une hausse rapide de l’inflation durant le mandat de Sir Seewoosagur Ramgoolam. L’électorat qui avait voté pour l’Alliance MMM-PSM attendait beaucoup du nouveau gouvernement ; ils voulaient que le nouveau gouvernement rende sa stabilité au pays et redresse la barre. Alors Sir Aneerood Jugnauth commença à présider l’industrialisation rapide du pays. Mais quelques mois après la victoire du MMM-PSM, Sir Anerood Jugnauth vit s’effondrer son parti politique, qui semblait inattaquable à ses yeux, car le parti se déchirait par une lutte acharnée en son sein.

A la fin de 1982, les deux chefs du parti MMM-PSM, Paul Bérenger et Harish Boodhoo respectivement, voulaient tous les deux avoir un pouvoir absolu sur l’Alliance MMM-PSM, ce qui conduisait inévitablement vers une rupture à petit feu entre le MMM et le PSM. Cassam Uteem explique que plusieurs facteurs sont à l’origine de cette cassure mais il l’attribue principalement à « une erreur de jeunesse ». Effectivement, le MMM de Paul Bérenger et de Sir Anerood Jugnauth se séparèrent du PSM d’Harish Boodhoo, certains disaient que Sir Anerood Jugnauth aurait dû résoudre les conflits qui menaçaient la dissolution de l’Alliance MMM-PSM, étant lui-même le Premier ministre, mais ce dernier laissa les deux parties se séparer. Il commença alors à réfléchir à une nouvelle stratégie pour garantir une nouvelle fois sa victoire aux prochaines législatives.

C’est à ce moment que débuta une « guerre sans merci » entre Paul Bérenger et Sir Anerood Jugnauth. Paul Bérenger clamait que Sir Anerood Jugnauth n’avait pas le droit de contrôler le MMM à sa guise car il n’en était pas le Leader, il n’en était seulement qu’un membre du parti. Le combat et les conflits perdurèrent à l’intérieur du MMM. Presque dès le début du premier mandat de Sir Anerood Jugnauth, l’Alliance MMM-PSM commença à se déchirer par des conflits et des différences qui sont en partis des conflits personnels, mais aussi par les mesures économiques que prend Paul Bérenger et aussi, comme par exemple, sa tentative de faire du créole la langue nationale du pays, ce qui risquait de froisser la majorité de la majorité de la population.

Le nouveau gouvernement s’est donc effondré en mars 1983, et la partie dominante qui se trouvait au sein du MMM que dirigeait Paul Bérenger se sépara du gouvernement de Sir Anerood Jugnauth. Ces derniers démissionnent du cabinet ministériel. Un an après avoir remporté les législatives de 1982 et le poste de Premier ministre, Sir Anerood Jugnauth annonça que des élections générales vont se tenir en 1983, mais cette fois il ne sera pas candidat au MMM, ayant quitté le parti.

Il proposa alors à Harish Boodhoo de dissoudre le PSM afin de créer un nouveau parti politique plus fort et plus stable appelé le « Mouvement Socialiste Militant » (MSM) qui ira aux législatives de 1983 afin de tenter de lutter contre le MMM de Paul Bérenger.

Dès le début d’avril 1983, Sir Anerood Jugnauth forma son nouveau parti politique, le Mouvement Socialiste Militant (MSM) qui était une fusion entre ceux du MMM qui sont restés aux côtés de Sir Anerood Jugnauth, alors que certains membres qui étaient solidaires du MMM de Paul Bérenger démissionnaient du cabinet ministériel, et le PSM d’Harish Boodhoo fut séduit par la proposition de Sir Anerood Jugnauth de faire un nouveau parti politique plus puissant que le MMM. « Un désaccord a fait son apparition en raison de l’émergence de différentes tendances au sein de l’Alliance. Inn oblize sorti. C’est ainsi que j’ai créé le MSM », déclare Sir Anerood Jugnauth. Mais vu que le gouvernement de Sir Anerood Jugnauth ne disposait plus de la majorité au sein de l’Assemblée Nationale après cette cassure, il a été contraint de dissoudre l’Assemblée Nationale au mois de juin 1983 et les nouvelles élections générales étaient prévues pour le mois d’août 1983.

Début de « l’Alliance »

Pour ces législatives du 23 août 1983, Sir Anerood Jugnauth s’est fait réélire au poste de Premier ministre. Le nouveau parti de sir Anerood Jugnauth et d’Harish Boodhoo, le MSM, a formé une nouvelle alliance avec le PTR de Sir Seewoosagur Ramgoolam et le PMSD de Gaëtan Duval, cette nouvelle alliance se nommant « l’Alliance ». Sir Anerood Jugnauth forma « l’Alliance » avec les mêmes partis qui avaient été évincés du pouvoir par l’alliance MMM-PSM, qui été alors dirigée par Sir Anerood Jugnauth il y a seulement un an.

Les législatives de 1983 avaient été très serrées mais Sir Anerood Jugnauth, requinqué, redevient le Premier ministre de l’île Maurice et garde son titre de Premier ministre incontestable. Le MMM de Paul Bérenger a obtenu plus de 46% des voix, la proportion la plus élevée de voix jamais reçue par un seul parti politique lors d’une élection mauricienne. « L’Alliance » a, quant à lui, obtenu plus de 52% des voix. Sur les 550 000 électeurs inscrits, plus de 450 000 de ces électeurs avaient votés. Le parti l’Alliance détenait la majorité des sièges, 46 sièges tandis que le MMM ne détenait que 22 sièges.  « L’Alliance » a pu récolter plus de votes que le MMM dans les circonscriptions rurales, où les hindous prédominaient, que dans les circonscriptions urbaines où le MMM a pu recueillir le plus de votes. Cette réélection de Sir Anerood Jugnauth en 1983 était une petite victoire personnelle pour lui, et une grande victoire pour Gaëtan Duval et Sir Seewoosagur Ramgoolam, qui sont devenus vice-Premier ministre et Gouverneur Général, respectivement, peu de temps après.

Le MMM sous Sir Aneerood Jugnauth, mais contrôlé par P. Bérenger était resté au pouvoir pendant seulement 14 mois avant que Sir Anerood Jugnauth accède encore une fois au poste de Premier ministre avec le MSM, le PTr et le PMSD.

Fragmentation de « l’Alliance »

Quelques mois après sa prise de pouvoir en 1983, le parti l’Alliance commença à se fragmenter. Il y eu des querelles interminables intra et interpartis, ainsi que des scandales impliquant des hauts fonctionnaires pour corruption, fraude et trafic de drogue. En février 1984, le PTr de Sir Satcam Boolell quitta le gouvernement de Sir Anerood Jugnauth mais 11 de ses députés restèrent pour soutenir le gouvernement. Ces 11 députés mirent sur pied alors un parti politique, le RTM (Rassemblement des Travailleurs Mauriciens), en marge du PTr, La fragmentation continua de plus belle et laissa le gouvernement de Sir Anerood Jugnauth sans majorité à l’Assemblée Nationale en 1986. Ce dernier jugea qu’une élection était nécessaire lors de la prorogation de l’Assemblée Nationale en novembre 1986.

Le parlement a été dissout le 3 juillet 1987 et la date des élections a été fixée au 30 août 1987, un an avant la date prévue. Une campagne massive a commencé le 22 juillet 1987 mais avec moins d’amertume que celle tenue en 1983. Sir Anerood Jugnauth a rallié son MSM au PMSD et à deux factions principales du PTR, celle dirigée par Sir Satcam Boolell et le RTM sous la férule de Prem Nababsing. Le MMM quant à lui s’est allié à deux petits partis politiques, le « Mouvement Travailliste Démocrate » (RTD) et le « Front des Travailleurs Socialistes » (FTS). Plus de 640 000 électeurs ont été enregistrés et plus de 545 000 ont voté. Pendant la campagne électorale, l’alliance MSM-PTR-PSMD était connue sous le nom de « SOLEIL » et l’alliance MMM-MTD-FTS étaient connue sous le nom de « COEUR ». Il y avait au total 359 candidats qui se sont présentés aux législatives de 1987, et la campagne s’est déroulé sans incident grave.  Le MMM de Paul Bérenger et de Prem Nababsing, accompagné de ses deux partenaires, ont obtenu plus de 48% des voix tandis que le « L’Alliance » a obtenu plus de 49% des voix. Paul Bérenger ainsi que ses colistiers France Canabady et Anju Bhagat sont battus par le trio Michaël Glover, Balmick Gokulsing et Raj Virahsawmy. Le secrétaire général du MMM n’est pas désigné Best-Loser et reste hors du Parlement. Il retrouvera le chemin de l’hémicycle en 1991, après avoir migré à Stanley-Rose-Hill. À Port-Louis, Xavier-Luc Duval met fin à la domination du MMM. Il se fait élire dans la circonscription No 4 (Port-Louis-Nord-Montagne Longue) au détriment de Dinesh Mundil devancé par 335 voix. Même si 1% séparait le nombre de votes des deux alliances, l’Alliance a remporté 22 sièges de plus que le MMM, soit 46 sièges pour l’Alliance et 24 sièges pour le MMM. À la rentrée parlementaire, Prem Nababsing, le leader du MMM devient leader de l’opposition et le restera jusqu’aux élections de 1991.L’opposition a mis en évidence une anomalie du système électoral et a appelé à des réformes électorales, mais l’Alliance était assez satisfaite de la situation et n’a pas voulu donner suite aux réformes électorales.

Le MSM a reçu le soutien de la communauté hindoue qui constituait à l’époque un peu plus de 52% de la population totale, et Sir Anerood Jugnauth a de nouveau été élu Premier ministre pour la troisième fois d’affilée, avec une majorité à l’Assemblée Nationale.

Roi suprême et incontesté de la politique Mauricienne

En 1991, Sir Anerood Jugnauth dissout l’Assemblée Nationale et annonce qu’il y aura une élection générale en septembre 1991. Le MSM de Sir Anerood Jugnauth fit une coalition avec le MMM et le RTD contre une alliance du PTR et du PMSD. L’Alliance MSM-MMM-RTD était mieux préparé que l’opposition, ayant déjà établi sa liste de candidats pour les 20 circonscriptions et avait déjà publié son manifeste électoral. L’opposition avait perdu son temps avec de longues négociations concernant les candidats et le manifeste électoral. L’opposition n’offrait rien de nouveau et de concret à l’électorat, il n’offrait que des mesures similaires aux politiques proposées par le gouvernement de Sir Anerood Jugnauth. Il y eut plus de 682 000 électeurs et 576 000 se sont rendus aux urnes. L’Alliance gouvernementale remporta plus de 56% des voix avec 57 sièges à l’Assemblée Nationale, tandis que l’opposition n’a récolté que 39% des voix avec seulement 3 sièges à l’Assemblée Nationale, un écart plus flagrant qu’en 1987. Il y eu seulement quatre sièges pour les Best Loser.

Sir Anerood Jugnauth a encore une fois été élu Premier ministre, régnant en tant que roi suprême et incontesté de la politique mauricienne.

L’électoral a fait un mauvais choix en 1995 ?  

Lorsque le Premier ministre, Sir Anerood Jugnauth s’est vu perdre une partie de l’électorat sur une question de la place de la langue orientale, nécessitant un amendement à la constitution, il décide de dissoudre le parlement le 16 novembre 1995 et déclenche les élections générales pour le 20 décembre 1995. Les candidats devaient être nommés avant le 4 décembre et la campagne a officiellement débuté le 5 décembre.

Le MMM avait choisi de faire alliance avec le PTr et Bérenger réussit un coup de maître en arrivant à convaincre Navin Ramgoolam (sous la menace de perdre son siège après trois d’absence) de quitter son joli nid douillet de Londres, tandis que le MSM avait choisi de faire alliance avec le « Renouveau Militant Mauricien » (RMM). Le RMM avait en son sein, une partie substantielle du MMM qui était dirigé par le Dr Prem Nababsing.

Il y eut une victoire écrasante de l’opposition qui a mis fin au règne de Sir Anerood Jugnauth en tant que Premier ministre, qui durait depuis 1982, soit depuis plus de13 ans.  L’Alliance entre le Parti Travailliste et le Mouvement Militant Mauricien avait remporté les 60 sièges à l’Assemblée Nationale. L’alliance PTr-MMM avait  fait un hold-up électoral, avec plus de 63% des voix tandis que l’alliance MSM-RMM n’avait obtenu que 19.3% des voix. Même avec le Best Loser System, l’alliance MSM-RMM n’a  pas réussi à avoir un siège à l’Assemblée Nationale.

Seul quatre sièges ont été attribués pour les Best Loser, et ces sièges sont allés à des petits partis avec peu d’influence, deux pour le Mouvement Rodriguais sur l’île Rodrigue et deux pour le Parti du Hezbollah et le « Parti Gaëtan Duval » (PGD, anciennement PMSD) respectivement. Le Parti du Hezbollah avait su exploité le système du « Best Loser » en faisant appel à une petite partie de la population, à savoir la population musulmane, et a réussi à grignoter un siège de Best Loser. La défaite écrasante de l’alliance MSM-RMM était en grande partie due au fait que le MSM et le RMM était tous les deux dirigés par des hindous, et n’ont pas réussi à attirer des partisans non-hindous.

La grande majorité des créoles et des musulmans avaient votés pour l’alliance PTr-MMM, tandis que les électeurs hindous étaient divisés entre l’Alliance PTr-MMM et l’Alliance MSM-RMM. Même si les électeurs reconnaissaient les progrès économiques que Sir Anerood Jugnauth avait réalisés, il était clair que l’électorat voulait changer de gouvernement pour le plaisir de changer.

Si aujourd’hui Maurice est citée dans le monde entier pour sa croissance économique et son développement, c’est grâce à la vision de Sir Anerood Jugnauth, qui a sorti le pays de sa situation économique pour le faire marcher économiquement. Maurice a vraiment décollé économiquement au milieu des années 80. Et Sir Anerood Jugnauth restera dans l’histoire comme le cerveau du développement économique du pays, que ses adversaires politiques le veuillent ou non. De 1982 à 1995, sous le Prime ministership de Sir Anerood Jugnauth, Maurice a connu une évolution économique. On le surnommait d’ailleurs « le père du développement économique ». De 1983 à 1987, on parlait du boom économique avec la création de la Zone franche, qui a contribué à combattre le problème du chômage dans le pays. Ceux qui l’ont épaulé comme ministre des Finances se nomment : Paul Bérenger, Vishnu Lutchmeenaraidoo et Rama Sithanen.

Sir Anerood Jugnauth s’est présenté comme candidat à l’élection partielle tenue dans la circonscription no. 9 (Flacq/Bon Accueil) en avril 1998, mais a encore une fois perdu. C’est à ce moment-là que lui est venu à l’esprit de faire une coalition entre le MSM et le MMM, qui a finalement commencer à prendre forme dès janvier 1999.

Le « Medpoint Deal » de Paul Bérenger et de Sir Anerood Jugnauth

Sir Anerood Jugnauth fonda l’Alliance MSM-MMM avec Paul Bérenger, qui était le leader du MMM. L’Alliance s’est faite sur une base de partage égal du pouvoir entre Sir Anerood Jugnauth et Paul Bérenger. Lors des législatives du 11 septembre 2000, Sir Anerood Jugnauth s’est fait élire dans la circonscription no. 7 (Piton/Rivière du Rempart) et s’est vu encore une fois revenir dans le fauteuil de Premier ministre. Le PM sortant, Navin Ramgoolam du PTr, avait fait une coalition avec le Parti Mauricien Xavier Duval (PMXD) de Xavier Luc Duval, ce dernier était le ministre des finances dans la précédente alliance gouvernementale.

Le 15 août 2000, les chefs des deux partis, ainsi que plusieurs autres chefs de partis plus petits, ont signé un accord qu’ils nommeront le « Medpoint Deal » ou l’accord Medpoint. Dans cet accord, l’aspect le plus marquant a été le partage proposé du poste de Premier ministre entre Sir Anerood Jugnauth et Paul Bérenger, une première dans l’histoire de l’île Maurice. Selon cet arrangement, Sir Anerood Jugnauth occupera le poste de Premier ministre pour les trois premières années du mandat, et Paul Bérenger occupera le même poste pour les deux années restantes. Après avoir cédé le poste de Premier ministre à Paul Bérenger, Sir Anerood Jugnauth assumerait alors le poste de Président de la République après que des réformes renforcissent le pouvoir de la présidence.

L’Alliance MSM-MMM avait soutenu que cette réforme était nécessaire car le poste de Premier ministre détenait trop de pouvoir à Maurice, le Premier ministre a le pouvoir de dissoudre le Parlement et d’appeler à de nouvelles élections quand il le souhaite. Ils ont accusé ce système de créer des possibilités d’abus. Ils l’ont illustré en rappelant que Navin Ramgoolam avait dissous le Parlement le 10 août 2000, émettant les brefs des élections le même jour, fixant le Nomination Day pour le 26 août 2000 et le Voting Day pour le 11 septembre 2000, ne laissant à l’opposition que 32 jours pour s’organiser.

L’accord prévoyait aussi une réforme de notre système électoral pour remplacer progressivement le « Best Loser System » par une représentation plus proportionnelle, et pour mettre fin au monopole de la Mauritius Broadcasting Corporation (MBC).

Ce qui rend cet accord d’autant plus remarquable est le fait qu’il permettra pour la première fois dans l’histoire de l’île, à un Mauricien non-hindou, en l’occurrence Paul Raymond Bérenger, de devenir Premier ministre. Les élections ont eu lieu le 11 septembre 2000 et l’Alliance MSM-MMM a remporté les législatives avec une victoire éclatante, ayant 54 des 60 sièges à l’Assemblée Nationale.

Enfin Président de la République

Sir Anerood Jugnauth a démissionné de son poste de Premier ministre le 30 septembre 2003 à 13 h 30 et également de député à 15 h 00, remettant sa lettre de démission au Speaker le même jour. Il a annoncé son départ dans un discours de 20 minutes, prononcé devant les parlementaires déclarant qu’il quittait le bureau pour faire place à un nouveau Premier ministre, Paul Raymond Bérenger.

« Tout ce qui a été dit et fait à mon sujet, je suis fier de rentrer dans l’histoire comme un Premier ministre honnête et ayant fait mon devoir avec bonne foi et sans crainte, ni faveur. J’ai compris nos adversaires politiques et j’ai pris leurs opinions et leurs attitudes divergentes comme étant que des simples manifestations de notre démocratie au mieux », a déclaré Sir Anerood Jugnauth dans son discours avant son départ. Sir Anerood Jugnauth a prêté serment le 7 octobre 2003 à la suite de la démission du président Karl Offmann.

Sir Anerood Jugnauth et Lady Jugnauth ont pris les clés du château de Réduit le 7 octobre 2003. Son élection à la présidence a été largement approuvée par l’ensemble de la population car elle était considérée comme la nouvelle ère de la politique mauricienne, permettant à Paul Bérenger de devenir finalement Premier ministre et qui fut aussi la première personne d’une appartenance ethnique non-hindoue à devenir chef du gouvernement.

En 2003, il a remis la direction du MSM à son fils, Pravind Jugnauth, l’actuel Premier ministre depuis 2017. Lors de son premier mandat à la présidence, en raison de la constitution, il a dû annoncer des élections générales, qui ont finalement eu lieu en juillet 2005.

En raison de la fin du mandat de Sir Anerood Jugnauth comme Président de la République, deux personnes, le vice-président, Angidi Chettiar, et lui-même étaient les deux personnes nommées à la présidence. Sir Anerood Jugnauth a été soutenu par les membres du gouvernement au pouvoir ainsi que par les députés de l’opposition pour qu’il reste à la présidence.

Pas de « Remake »

En 2012, Paul Bérenger propose à Sir Anerood Jugnauth de faire un « Remake » de l’Alliance MSM-MMM, qui au départ a été approuvé par les membres des deux partis, le MMM et le MSM. Sir Anerood Jugnauth est alors redevenu le leader de l’Alliance MSM-MMM avec les mêmes conditions que pour les législatives de 2000, soit trois ans comme Premier ministre, puis il devra démissionner pour laisser la place de Premier ministre à Paul Bérenger et ensuite devra assumer le poste de Président de la République

En Janvier 2014, il y eu un désaccord majeur entre Paul Bérenger et Sir Anerood Jugnauth sur la position éventuelle de Pravind Jugnauth dans un gouvernement MSM-MMM. Alors que le MMM voulait que Reza Uteem devienne le numéro 3 du gouvernement, après Sir Anerood Jugnauth et Paul Bérenger, le MSM insistait que cette position doit revenir au leader du MSM, Pravind Jugnauth.

En avril 2014, Paul Bérenger annonça la fin de la coalition MSM-MMM. Il avait été rudement critiqué à ce sujet car il avait assisté, à la veille de l’annonce, à la célébration d’anniversaire de Sir Anerood Jugnauth et a prononcé un discours très flatteur sur sa carrière politique. Avant que ladite fête ne se termine vraiment, il s’est précipité pour aller rencontrer Navin Ramgoolam, leader du PTr, pour discuter d’une alliance à venir. C’est alors qu’il annonça une alliance entre son MMM et le PTr de Navin Ramgoolam.

Un retour « Ramboesque »

En 2014, lorsque le Premier ministre d’alors, Navin Ramgoolam, a dissous le parlement à la fin de novembre, le MSM conclut une alliance avec le PMSD de Xavier Luc Duval et le Mouvement Libérateur (ML) d’Ivan Collendaveloo. Cette alliance aura pour nom « l’Alliance Lepep ». L’Alliance Lepep remporta 47 sièges des 60 sièges, et Sir Anerood Jugnauth devient Premier ministre pour la sixième fois. Il est entré dans l’histoire en menant l’Alliance Lepep à la victoire en écrasant l’Alliance PTr-MMM, qui était considéré comme ayant les deux plus grands partis politique dans le pays.

Peu de temps après la proclamation des résultats, le chef de l’Alliance Lepep, Sir Anerood Jugnauth, a déclaré lors d’une conférence de presse qu’il remettrait le pays sur la bonne voie pour un autre miracle économique et qu’il commencerait à travailler sur le programme pour lequel lui et ses hommes avaient été élus. Dans une émission diffusée sur la chaîne de télévision publique, Navin Ramgoolam a reconnu sa perte et a souhaité bonne chance à l’équipe gagnante.

Le fils reprend le flambeau du père

Le 21 janvier 2017, Sir Anerood Jugnauth annonce qu’il démissionne de son poste de Premier ministre à compter du 23 janvier et qu’il sera remplacé par son fils, Pravind Jugnauth. La passation de pouvoir entre Pravind Jugnauth au poste de Premier ministre a été désignée comme un acte de népotisme, où le père favorise son fils au lieu de consulter l’avis du grand public. Il faut signaler que ce transfert de pouvoir sans passer par les élections est complètement légal, même si cette règle est considérée comme très controversée par les détracteurs des Jugnauth et fait souvent l’objet de débats. Sir Anerood Jugnauth pourra enfin jouir d’une retraite paisible sachant qu’il a marqué de son empreinte l’avancement du pays.

Le Dossier Chagos

En 2007, Sir Anerood Jugnauth a menacé de quitter le Commonwealth pour protester contre le traitement « barbare » du Royaume-Uni envers les habitants des îles Chagos. Sir Anerood Jugnauth a déclaré qu’il pourrait traduire le Royaume-Uni devant la Cour internationale de Justice pour le sort des insulaires. Les îles Chagos, une colonie britannique de l’océan Indien, ont été louées aux États-Unis dans les années 1960 (pour construire une base militaire) par les Anglais qui recherchaient de nouveaux missiles des Américains. Les résidents ont été contraints de quitter le pays et le gouvernement dit qu’ils ne peuvent pas revenir, mais ont obtenu la citoyenneté britannique. Beaucoup de résidents vivent maintenant dans la pauvreté à Maurice ou en tant que réfugiés au Royaume-Uni. La base américaine a été construite sur la grande île de Diego Garcia au sein de l’archipel des Chagos. Maurice revendique les îles comme faisant partie de son territoire, et Sir Anerood Jugnauth a affirmé que son pays avait été contraint par les Britanniques d’accepter les Chagossiens comme condition de l’indépendance.


Sir Anerood Jugnauth est né le 29 mars 1930, à la Caverne, Vacoas. Il a étudié à l’école primaire de Palma avant d’entamer des études secondaires au Regent college et au New Eton College. Quelques années plus tard, il devient clerc au Poor Law Department. Passionné par le droit, il prend ses bagages et file en Angleterre, pour des études de droit en 1951.Trois ans plus tard, il enfile sa robe d’avocat et démarre sa carrière politique en 1956 en devenant conseiller du village de Palma et ensuite son président.

Texte par Zuhayr DHUNNY.

En quelques dates

1930 : Naissance à Palma.

1956 : Élu conseiller de village à Palma.

1963 : Il devient député de l’Assemblée législative comme membre de l’Independent Forward Block (IFB).

1964 : Élu conseiller municipal à Vacoas/Phœnix.

1965 : Il devient ministre d’État en tant que membre du All Mauritius Hindu Congress.

1966 : Sir Seewoosagur Ramgoolam lui donne le portefeuille du ministère du Travail en novembre

1970 : SAJ rejoint le Mouvement militant mauricien (MMM) et devient son président.

1976 : Il devient leader de l’opposition.

1982 : SAJ devient Premier ministre pour la première fois au sein d’une alliance MMM/PSM avec un 60-0.

1983 : Après une cassure au MMM, SAJ crée le Mouvement socialiste militant (MSM) et remporte les élections anticipées grâce à une alliance avec le PTr et le PMSD.

1987 : Il remporte une nouvelle fois la joute électorale.

1991 : Sir Anerood Jugnauth devient Premier ministre pour la quatrième fois.

1995 : Le MSM est laminé par l’alliance PTr/MMM qui porte Navin Ramgoolam au pouvoir grâce à un 60-0.

2000 : Sir Anerood Jugnauth reprend le poste de Premier ministre.

2003 : À la suite de l’accord électoral de 2000 avec Paul Bérenger, ce dernier devient Premier ministre et sir Anerood Jugnauth devient président de la République. Il cède sa place de leader du MSM à son fils, Pravind Jugnauth.

2013 : Le 30 mars, il démissionne comme président de la République pour se lancer une nouvelle fois dans la politique active

2014 : Sir Anerood Jugnauth une dernière fois à la tête du gouvernement.

2017 : Cède sa place de Premier ministre à son fils, Pravind Jugnauth.

2021 : SAJ décède à l’âge de 91 ans

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Politique

SAJ dans toute sa gloire

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Acharné, dédié, ayant une vision de stabilité pour l’île Maurice, écrasant tout sur son passage, « Ramboesque » dans son attitude allant toujours à la charge pour gagner, ayant toujours un coup d’avance sur ses opposants politiques, sincère dans ses paroles et dans ses actes, incontesté et incontestablement un géant de la politique qu’on peut surnommer sans modestie le « Giant Slayer » (Le tueur de géants), un bon père de famille et aussi une légende qui a imprimé son nom dans l’histoire de l’île Maurice, cette semaine nous revenons sur l’ascension aussi fulgurante que surprenante de Sir Anerood Jugnauth, qui fêtera, sûrement dans l’intimité et en confiné, ses 90 ans ce dimanche 29 mars. Nous reviendrons en effet sur les différents évènements qui ont contribué à forger la légende qu’on connaît aujourd’hui et sur les évènements qui ont conduit Sir Anerood Jugnauth au pouvoir depuis son entrée en politique en 1963. D’abord, que SAJ trouve ici nos meilleurs vœux pour son anniversaire.

Sir Anerood Jugnauth a débuté sa carrière politique en 1963, année où il a réussi à se faire élire à l’Assemblée Nationale pour la première fois dans la circonscription No.14 « Rivière du Rempart ». Il portait à l’époque les couleurs du « Forward Independent Bloc » (IFB), un parti politique qui a participé dans l’avènement de l’indépendance de l’île Maurice aux côtés du PTr de Sir Seewoosagur Ramgoolam et du CAM de Sir Abdul Razack Mohamed, avant de rejoindre le « All Mauritius Hindu Congress » en 1965. Il fut le Ministre du développement sous le gouvernement de Sir Seewoosagur Ramgoolam de 1965 à 1966, avant d’être promu Ministre du Travail en novembre 1966. En 1967, il a démissionné de son poste de Ministre du Travail ; cependant il sera très actif à la Conférence constitutionnelle de Londres organisée dans le cadre de l’accession de l’île Maurice à l’indépendance. Lors des pourparlers, il n’avait pas été informé de l’excision des Chagos, qui avaient été traitée uniquement par Sir Seewoosagur Ramgoolam avec les Britanniques. En 1970, son parti politique, le « All Mauitius Hindu Congress » fut dissout suivant une division politique du « Parti de l’Indépendance » (IP) et de son parti. Dans la même année, le « Comité d’Action Musulman » (CAM) de Sir Abdul Razack Mohamed fut dissout lui aussi.

L’émergence du MMM de Sir Anerood Jugnauth et de Paul Raymond Bérenger

Pour les législatives de 1976, nous eûmes la chance d’assister à une élection générale où participait les quatre partis politiques les plus populaires de l’île à cette époque. Il s’agissait du « Parti de l’Indépendance » (IP) dirigée par le père de la Nation, Sir Seewoosagur Ramgoolam, du « Comité d’Action Musulman » (CAM) de Sir Abdul Razack Mohamed, du « Parti Social-Démocrate Mauricien » (PMSD) dirigée par Gaëtan Duval et du « Mouvement Militant Mauricien » (MMM) dirigée par Paul Bérenger et par Sir Anerood Jugnauth. Sir Aneerood Jugnauth avait rejoint le « Mouvement Militant Mauricien » (MMM), en 1970 et il fut le président du parti et fut aussi le secrétaire général. Il y eut plus de 460 000 électeurs qui avaient le droit de voter pour les législatives de 1976 et plus de 400 000 de ces électeurs ont effectivement voté. Le MMM de Paul Bérenger et de Sir Anerood Jugnauth a pu recueillir plus de 38% des voix soit 34 sièges, alors que le Parti de l’Indépendance, composé du Parti Travailliste Mauricien (PTR) et du CAM, ont pu recueillir 37% des voix soit 28 sièges. Le PMSD quant à lui n’a pu recueillir que 16% des voix, soit 8 sièges. Le PTR de Sir Seewoosagur Ramgoolam a dû alors faire alliance avec le PMSD de Gaëtan Duval afin de rester au pouvoir avec seulement 36 sièges à l’Assemblée Nationale, deux sièges de plus (28 pour le PTR et 8 pour le PMSD) que le MMM. Le MMM devenait l’opposition, mais si le PTr et le PMSD n’avaient pas fait alliance à la dernière minute, Sir Anerood Jugnauth et Paul Bérenger auraient été les rois de la politique à travers l’île, battant le PTr et le PMSD. Sir Anerood Jugnauth fut nommé Leader de l’Opposition, place qu’il a su maintenir jusqu’aux prochaines législatives de 1982.

Le premier « 60-0 » de l’histoire politique mauricienne

Le Parti Travailliste Mauricien recula d’un pas lorsque le CAM de Sir Abdul Razack Mohamed ne voulut pas participer aux législatives de 1982. Aussi, il eut une cassure entre le PMSD et le PTR qui a affaibli d’autant plus le gouvernement de SSR. En 1981, Harish Boodhoo forma le « Parti Socialiste Mauricien » (PSM) et fit alliance avec le MMM. Sir Anerood Jugnauth espérait que cette nouvelle alliance avec le PSM détournerait les votes des Hindous du PTR et de ce fait, assurerait une victoire au MMM. Effectivement, les législatives de 1982 montrèrent une victoire écrasante de l’Alliance MMM-PSM qui remporta plus de 64% des voix, une victoire significative car le paysage politique de l’île Maurice va connaître pour la première fois le fameux « 60-0 » de l’histoire. L’Alliance MMM-PSM remporta l’ensemble des 60 sièges, 42 sièges pour le MMM et 18 sièges pour le PSM. Le PTR de Sir Seewoosagur Ramgoolam dominait la politique mauricienne depuis 1948 et n’a pas réussi à obtenir de siège avec Le premier « 60-0 » de l’histoire politique mauricienne seulement 25% des voix, même avec l’aide du CAM. De même pour le PMSD qui lui aussi n’a pas réussi à obtenir de siège à l’Assemblée Nationale avec un taux encore pire que celui du PTR, un taux de 7.79% des voix. Mais grâce au « Best Loser System », instauré sous la pression intenable de Sir Abdul Razack Mohamed, le PTR et le PMSD ont finalement pu obtenir deux sièges chacun à l’Assemblée Nationale.

Dissolution du MMM-PSM et naissance du MSM

Pour la première fois, Sir Anerood Jugnauth devient le Premier ministre de l’île Maurice suivant les législatives de 1982. Harish Boodhoo devient son vice-Premier ministre, tandis que Paul Bérenger devient ministre des Finances. Grâce à son alliance avec le PSM, et grâce à sa logique infaillible, Sir Aneerood Jugnauth et son équipe remporta tous les sièges de l’Assemblée Nationale et accéda au poste de Premier ministre avec un record de « 60-0 ». Il devient le Premier ministre incontesté à travers l’île. Mais le pays avait déjà été anéanti par un chômage chronique et par une hausse rapide de l’inflation durant le mandat de Sir Seewoosagur Ramgoolam. L’électorat qui avait voté pour l’Alliance MMM-PSM attendait beaucoup du nouveau gouvernement ; ils voulaient que le nouveau gouvernement rende sa stabilité au pays et redresse la barre. Alors Sir Aneerood Jugnauth commença à présider l’industrialisation rapide du pays. Mais quelques mois après la victoire du MMM-PSM, Sir Anerood Jugnauth vit s’effondrer son parti politique, qui semblait inattaquable à ses yeux, car le parti se déchirait par une lutte acharnée en son sein. A la fin de 1982, les deux chefs du parti MMM-PSM, Paul Bérenger et Harish Boodhoo respectivement, voulaient tous les deux avoir un pouvoir absolu sur l’Alliance MMM-PSM, ce qui conduisait inévitablement vers une rupture à petit feu entre le MMM et le PSM. Cassam Uteem explique que plusieurs facteurs sont à l’origine de cette cassure mais il l’attribue principalement à « une erreur de jeunesse ». Effectivement, le MMM de Paul Bérenger et de Sir Anerood Jugnauth se séparèrent du PSM d’Harish Boodhoo, certains disaient que Sir Anerood Jugnauth aurait dû résoudre les conflits qui menaçaient la dissolution de l’Alliance MMM-PSM, étant lui-même le Premier ministre, mais ce dernier laissa les deux parties se séparer. Il commença alors à réfléchir à une nouvelle stratégie pour garantir une nouvelle fois sa victoire aux prochaines législatives. C’est à ce moment que débuta une « guerre sans merci » entre Paul Bérenger et Sir Anerood Jugnauth. Paul Bérenger clamait que Sir Anerood Jugnauth n’avait pas le droit de contrôler le MMM à sa guise car il n’en était pas le Leader, il n’en était seulement qu’un membre du parti. Le combat et les conflits perdurèrent à l’intérieur du MMM. Presque dès le début du premier mandat de Sir Anerood Jugnauth, l’Alliance MMM-PSM commença à se déchirer par des conflits et des différences qui sont en partis des conflits personnels, mais aussi par les mesures économiques que prend Paul Bérenger et aussi, comme par exemple, sa tentative de faire du créole la langue nationale du pays, ce qui risquait de froisser la majorité de la majorité de la population. Le nouveau gouvernement s’est donc effondré en mars 1983, et la partie dominante qui se trouvait au sein du MMM que dirigeait Paul Bérenger se sépara du gouvernement de Sir Anerood Jugnauth. Ces derniers démissionnent du cabinet ministériel. Un an après avoir remporté les législatives de 1982 et le poste de Premier ministre, Sir Anerood Jugnauth annonça que des élections générales vont se tenir en 1983, mais cette fois il ne sera pas candidat au MMM, ayant quitté le parti. Il proposa alors à Harish Boodhoo de dissoudre le PSM afin de créer un nouveau parti politique plus fort et plus stable appelé le « Mouvement Socialiste Militant » (MSM) qui ira aux législatives de 1983 afin de tenter de lutter contre le MMM de Paul Bérenger. Dès le début d’avril 1983, Sir Anerood Jugnauth forma son nouveau parti politique, le Mouvement Socialiste Militant (MSM) qui était une fusion entre ceux du MMM qui sont restés aux côtés de Sir Anerood Jugnauth, alors que certains membres qui étaient solidaires du MMM de Paul Bérenger démissionnaient du cabinet ministériel, et le PSM d’Harish Boodhoo fut séduit par la proposition de Sir Anerood Jugnauth de faire un nouveau parti politique plus puissant que le MMM. « Un désaccord a fait son apparition en raison de l’émergence de différentes tendances au sein de l’Alliance. Inn oblize sorti. C’est ainsi que j’ai créé le MSM », déclare Sir Anerood Jugnauth. Mais vu que le gouvernement de Sir Anerood Jugnauth ne disposait plus de la majorité au sein de l’Assemblée Nationale après cette cassure, il a été contraint de dissoudre l’Assemblée Nationale au mois de juin 1983 et les nouvelles élections générales étaient prévues pour le mois d’août 1983.

Début de « l’Alliance »

Pour ces législatives du 23 août 1983, Sir Anerood Jugnauth s’est fait réélire au poste de Premier ministre. Le nouveau parti de sir Anerood Jugnauth et d’Harish Boodhoo, le MSM, a formé une nouvelle alliance avec le PTR de Sir Seewoosagur Ramgoolam et le PMSD de Gaëtan Duval, cette nouvelle alliance se nommant « l’Alliance ». Sir Anerood Jugnauth forma « l’Alliance » avec les mêmes partis qui avaient été évincés du pouvoir par l’alliance MMM-PSM, qui été alors dirigée par Sir Anerood Jugnauth il y a seulement un an. Les législatives de 1983 avaient été très serrées mais Sir Anerood Jugnauth, requinqué, redevient le Premier ministre de l’île Maurice et garde son titre de Premier ministre incontestable. Le MMM de Paul Bérenger a obtenu plus de 46% des voix, la proportion la plus élevée de voix jamais reçue par un seul parti politique lors d’une élection mauricienne. « L’Alliance » a, quant à lui, obtenu plus de 52% des voix. Sur les 550 000 électeurs inscrits, plus de 450 000 de ces électeurs avaient votés. Le parti l’Alliance détenait la majorité des sièges, 46 sièges tandis que le MMM ne détenait que 22 sièges. « L’Alliance » a pu récolter plus de votes que le MMM dans les circonscriptions rurales, où les hindous prédominaient, que dans les circonscriptions urbaines où le MMM a pu recueillir le plus de votes. Cette réélection de Sir Anerood Jugnauth en 1983 était une petite victoire personnelle pour lui, et une grande victoire pour Gaëtan Duval et Sir Seewoosagur Ramgoolam, qui sont devenus vice-Premier ministre et Gouverneur Général, respectivement, peu de temps après. Le MMM sous Sir Aneerood Jugnauth, mais contrôlé par P. Bérenger était resté au pouvoir pendant seulement 14 mois avant que Sir Anerood Jugnauth accède encore une fois au poste de Premier ministre avec le MSM, le PTr et le PMSD.

Fragmentation de l’Alliance

Quelques mois après sa prise de pouvoir en 1983, le parti l’Alliance commença à se fragmenter. Il y eu des querelles interminables intra et interpartis, ainsi que des scandales impliquant des hauts fonctionnaires pour corruption, fraude et trafic de drogue. En février 1984, le PTr de Sir Satcam Boolell quitta le gouvernement de Sir Anerood Jugnauth mais 11 de ses députés restèrent pour soutenir le gouvernement. Ces 11 députés mirent sur pied alors un parti politique, le RTM (Rassemblement des Travailleurs Mauriciens), en marge du PTr, La fragmentation continua de plus belle et laissa le gouvernement de Sir Anerood Jugnauth sans majorité à l’Assemblée Nationale en 1986. Ce dernier jugea qu’une élection était nécessaire lors de la prorogation de l’Assemblée Nationale en novembre 1986.Le parlement a été dissout le 3 juillet 1987 et la date des élections a été fixée au 30 août 1987, un an avant la date prévue. Une campagne massive a commencé le 22 juillet 1987 mais avec moins d’amertume que celle tenue en 1983. Sir Anerood Jugnauth a rallié son MSM au PMSD et à deux factions principales du PTR, celle dirigée par Sir Satcam Boolell et le RTM sous la férule de Prem Nababsing. Le MMM quant à lui s’est allié à deux petits partis politiques, le « Mouvement Travailliste Démocrate » (RTD) et le « Front des Travailleurs Socialistes » (FTS). Plus de 640 000 électeurs ont été enregistrés et plus de 545 000 ont voté. Pendant la campagne électorale, l’alliance MSM-PTR-PSMD était connue sous le nom de « SOLEIL » et l’alliance MMM-MTD-FTS étaient connue sous le nom de « COEUR ». Il y avait au total 359 candidats qui se sont présentés aux législatives de 1987, et la campagne s’est déroulé sans incident grave. Le MMM de Paul Bérenger et de Prem Nababsing, accompagné de ses deux partenaires, ont obtenu plus de 48% des voix tandis que le « L’Alliance » a obtenu plus de 49% des voix. Paul Bérenger ainsi que ses colistiers France Canabady et Anju Bhagat sont battus par le trio Michaël Glover, Balmick Gokulsing et Raj Virahsawmy. Le secrétaire général du MMM n’est pas désigné Best-Loser et reste hors du Parlement. Il retrouvera le chemin de l’hémicycle en 1991, après avoir migré à StanleyRose-Hill. À Port-Louis, Xavier-Luc Duval met fin à la domination du MMM. Il se fait élire dans la circonscription No 4 (Port-Louis-NordMontagne Longue) au détriment de Dinesh Mundil devancé par 335 voix. Même si 1% séparait le nombre de votes des deux alliances, l’Alliance a remporté 22 sièges de plus que le MMM, soit 46 sièges pour l’Alliance et 24 sièges pour le MMM. À la rentrée parlementaire, Prem Nababsing, le leader du MMM devient leader de l’opposition et le restera jusqu’aux élections de 1991.L’opposition a mis en évidence une anomalie du système électoral et a appelé à des réformes électorales, mais l’Alliance était assez satisfaite de la situation et n’a pas voulu donner suite aux réformes électorales.Le MSM a reçu le soutien de la communauté hindoue qui constituait à l’époque un peu plus de 52% de la population totale, et Sir Anerood Jugnauth a de nouveau été élu Premier ministre pour la troisième fois d’affilée, avec une majorité à l’Assemblée Nationale.

Roi suprême et incontesté de la politique Mauricienne

En 1991, Sir Anerood Jugnauth dissout l’Assemblée Nationale et annonce qu’il y aura une élection générale en septembre 1991. Le MSM de Sir Anerood Jugnauth fit une coalition avec le MMM et le RTD contre une alliance du PTR et du PMSD. L’Alliance MSM-MMM-RTD était mieux préparé que l’opposition, ayant déjà établi sa liste de candidats pour les 20 circonscriptions et avait déjà publié son manifeste électoral. L’opposition avait perdu son temps avec de longues négociations concernant les candidats et le manifeste électoral. L’opposition n’offrait rien de nouveau et de concret à l’électorat, il n’offrait que des mesures similaires aux politiques proposées par le gouvernement de Sir Anerood Jugnauth. Il y eut plus de 682 000 électeurs et 576 000 se sont rendus aux urnes. L’Alliance gouvernementale remporta plus de 56% des voix avec 57 sièges à l’Assemblée Nationale, tandis que l’opposition n’a récolté que 39% des voix avec seulement 3 sièges à l’Assemblée Nationale, un écart plus flagrant qu’en 1987. Il y eu seulement quatre sièges pour les Best Loser. Sir Anerood Jugnauth a encore une fois été élu Premier ministre, régnant en tant que roi suprême et incontesté de la politique mauricienne.

L’électoral a fait un mauvais choix en 1995 ?

Lorsque le Premier ministre, Sir Anerood Jugnauth s’est vu perdre une partie de l’électorat sur une question de la place de la langue orientale, nécessitant un amendement à la constitution, il décide de dissoudre le parlement le 16 novembre 1995 et déclenche les élections générales pour le 20 décembre 1995. Les candidats devaient être nommés avant le 4 décembre et la campagne a officiellement débuté le 5 décembre. Le MMM avait choisi de faire alliance avec le PTr et Bérenger réussit un coup de maître en arrivant à convaincre Navin Ramgoolam (sous la menace de perdre son siège après trois d’absence) de quitter son joli nid douillet de Londres, tandis que le MSM avait choisi de faire alliance avec le « Renouveau Militant Mauricien » (RMM). Le RMM avait en son sein, une partie substantielle du MMM qui était dirigé par le Dr Prem Nababsing. Il y eut une victoire écrasante de l’opposition qui a mis fin au règne de Sir Anerood Jugnauth en tant que Premier ministre, qui durait depuis 1982, soit depuis plus de13 ans. L’Alliance entre le Parti Travailliste et le Mouvement Militant Mauricien avait remporté les 60 sièges à l’Assemblée Nationale. L’alliance PTr-MMM avait fait un hold-up électoral, avec plus de 63% des voix tandis que l’alliance MSM-RMM n’avait obtenu que 19.3% des voix. Même avec le Best Loser System, l’alliance MSM-RMM n’a pas réussi à avoir un siège à l’Assemblée Nationale. Seul quatre sièges ont été attribués pour les Best Loser, et ces sièges sont allés à des petits partis avec peu d’influence, deux pour le Mouvement Rodriguais sur l’île Rodrigue et deux pour le Parti du Hezbollah et le « Parti Gaëtan Duval » (PGD, anciennement PMSD) respectivement. Le Parti du Hezbollah avait su exploité le système du « Best Loser » en faisant appel à une petite partie de la population, à savoir la population musulmane, et a réussi à grignoter un siège de Best Loser. La défaite écrasante de l’alliance MSM-RMM était en grande partie due au fait que le MSM et le RMM était tous les deux dirigés par des hindous, et n’ont pas réussi à attirer des partisans non-hindous. La grande majorité des créoles et des musulmans avaient votés pour l’alliance PTr-MMM, tandis que les électeurs hindous étaient divisés entre l’Alliance PTr-MMM et l’Alliance MSM-RMM. Même si les électeurs reconnaissaient les progrès économiques que Sir Anerood Jugnauth avait réalisés, il était clair que l’électorat voulait changer de gouvernement pour le plaisir de changer. Si aujourd’hui Maurice est citée dans le monde entier pour sa croissance économique et son développement, c’est grâce à la vision de Sir Anerood Jugnauth, qui a sorti le pays de sa situation économique pour le faire marcher économiquement. Maurice a vraiment décollé économiquement au milieu des années 80. Et Sir Anerood Jugnauth restera dans l’histoire comme le cerveau du développement économique du pays, que ses adversaires politiques le veuillent ou non. De 1982 à 1995, sous le Prime ministership de Sir Anerood Jugnauth, Maurice a connu une évolution économique. On le surnommait d’ailleurs « le père du développement économique ». De 1983 à 1987, on parlait du boom économique avec la création de la Zone franche, qui a contribué à combattre le problème du chômage dans le pays. Ceux qui l’ont épaulé comme ministre des Finances se nomment : Paul Bérenger, Vishnu Lutchmeenaraidoo et Rama Sithanen. Sir Anerood Jugnauth s’est présenté comme candidat à l’élection partielle tenue dans la circonscription no. 9 (Flacq/Bon Accueil) en avril 1998, mais a encore une fois perdu. C’est à ce moment-là que lui est venu à l’esprit de faire une coalition entre le MSM et le MMM, qui a finalement commencer à prendre forme dès janvier 1999.

Le « Medpoint Deal » de Paul Bérenger et de Sir Anerood Jugnauth

Sir Anerood Jugnauth fonda l’Alliance MSM-MMM avec Paul Bérenger, qui était le leader du MMM. L’Alliance s’est faite sur une base de partage égal du pouvoir entre Sir Anerood Jugnauth et Paul Bérenger. Lors des législatives du 11 septembre 2000, Sir Anerood Jugnauth s’est fait élire dans la circonscription no. 7 (Piton/Rivière du Rempart) et s’est vu encore une fois revenir dans le fauteuil de Premier ministre. Le PM sortant, Navin Ramgoolam du PTr, avait fait une coalition avec le Parti Mauricien Xavier Duval (PMXD) de Xavier Luc Duval, ce dernier était le ministre des finances dans la précédente alliance gouvernementale. Le 15 août 2000, les chefs des deux partis, ainsi que plusieurs autres chefs de partis plus petits, ont signé un accord qu’ils nommeront le « Medpoint Deal » ou l’accord Medpoint. Dans cet accord, l’aspect le plus marquant a été le partage proposé du poste de Premier ministre entre Sir Anerood Jugnauth et Paul Bérenger, une première dans l’histoire de l’île Maurice. Selon cet arrangement, Sir Anerood Jugnauth occupera le poste de Premier ministre pour les trois premières années du mandat, et Paul Bérenger occupera le même poste pour les deux années restantes. Après avoir cédé le poste de Premier ministre à Paul Bérenger, Sir Anerood Jugnauth assumerait alors le poste de Président de la République après que des réformes renforcissent le pouvoir de la présidence. L’Alliance MSM-MMM avait soutenu que cette réforme était nécessaire car le poste de Premier ministre détenait trop de pouvoir à Maurice, le Premier ministre a le pouvoir de dissoudre le Parlement et d’appeler à de nouvelles élections quand il le souhaite. Ils ont accusé ce système de créer des possibilités d’abus. Ils l’ont illustré en rappelant que Navin Ramgoolam avait dissous le Parlement le 10 août 2000, émettant les brefs des élections le même jour, fixant le Nomination Day pour le 26 août 2000 et le Voting Day pour le 11 septembre 2000, ne laissant à l’opposition que 32 jours pour s’organiser. L’accord prévoyait aussi une réforme de notre système électoral pour remplacer progressivement le « Best Loser System » par une représentation plus proportionnelle, et pour mettre fin au monopole de la Mauritius Broadcasting Corporation (MBC). Ce qui rend cet accord d’autant plus remarquable est le fait qu’il permettra pour la première fois dans l’histoire de l’île, à un Mauricien non-hindou, en l’occurrence Paul Raymond Bérenger, de devenir Premier ministre. Les élections ont eu lieu le 11 septembre 2000 et l’Alliance MSM-MMM a remporté les législatives avec une victoire éclatante, ayant 54 des 60 sièges à l’Assemblée Nationale.

Enfin Président de la République

Sir Anerood Jugnauth a démissionné de son poste de Premier ministre le 30 septembre 2003 à 13 h 30 et également de député à 15 h 00, remettant sa lettre de démission au Speaker le même jour. Il a annoncé son départ dans un discours de 20 minutes, prononcé devant les parlementaires déclarant qu’il quittait le bureau pour faire place à un nouveau Premier ministre, Paul Raymond Bérenger. « Tout ce qui a été dit et fait à mon sujet, je suis fier de rentrer dans l’histoire comme un Premier ministre honnête et ayant fait mon devoir avec bonne foi et sans crainte, ni faveur. J’ai compris nos adversaires politiques et j’ai pris leurs opinions et leurs attitudes divergentes comme étant que des simples manifestations de notre démocratie au mieux », a déclaré Sir Anerood Jugnauth dans son discours avant son départ. Sir Anerood Jugnauth a prêté serment le 7 octobre 2003 à la suite de la démission du président Karl Offmann. Sir Anerood Jugnauth et Lady Jugnauth ont pris les clés du château de Réduit le 7 octobre 2003. Son élection à la présidence a été largement approuvée par l’ensemble de la population car elle était considérée comme la nouvelle ère de la politique mauricienne, permettant à Paul Bérenger de devenir finalement Premier ministre et qui fut aussi la première personne d’une appartenance ethnique non-hindoue à devenir chef du gouvernement. En 2003, il a remis la direction du MSM à son fils, Pravind Jugnauth, l’actuel Premier ministre depuis 2017. Lors de son premier mandat à la présidence, en raison de la constitution, il a dû annoncer des élections générales, qui ont finalement eu lieu en juillet 2005. En raison de la fin du mandat de Sir Anerood Jugnauth comme Président de la République, deux personnes, le vice-président, Angidi Chettiar, et lui-même étaient les deux personnes nommées à la présidence. Sir Anerood Jugnauth a été soutenu par les membres du gouvernement au pouvoir ainsi que par les députés de l’opposition pour qu’il reste à la présidence.

Pas de « Remake »

En 2012, Paul Bérenger propose à Sir Anerood Jugnauth de faire un « Remake » de l’Alliance MSM-MMM, qui au départ a été approuvé par les membres des deux partis, le MMM et le MSM. Sir Anerood Jugnauth est alors redevenu le leader de l’Alliance MSM-MMM avec les mêmes conditions que pour les législatives de 2000, soit trois ans comme Premier ministre, puis il devra démissionner pour laisser la place de Premier ministre à Paul Bérenger et ensuite devra assumer le poste de Président de la République En Janvier 2014, il y eu un désaccord majeur entre Paul Bérenger et Sir Anerood Jugnauth sur la position éventuelle de Pravind Jugnauth dans un gouvernement MSM-MMM. Alors que le MMM voulait que Reza Uteem devienne le numéro 3 du gouvernement, après Sir Anerood Jugnauth et Paul Bérenger, le MSM insistait que cette position doit revenir au leader du MSM, Pravind Jugnauth. En avril 2014, Paul Bérenger annonça la fin de la coalition MSM-MMM. Il avait été rudement critiqué à ce sujet car il avait assisté, à la veille de l’annonce, à la célébration d’anniversaire de Sir Anerood Jugnauth et a prononcé un discours très flatteur sur sa carrière politique. Avant que ladite fête ne se termine vraiment, il s’est précipité pour aller rencontrer Navin Ramgoolam, leader du PTr, pour discuter d’une alliance à venir. C’est alors qu’il annonça une alliance entre son MMM et le PTr de Navin Ramgoolam.

Un retour « Ramboesque »

En 2014, lorsque le Premier ministre d’alors, Navin Ramgoolam, a dissous le parlement à la fin de novembre, le MSM conclut une alliance avec le PMSD de Xavier Luc Duval et le Mouvement Libérateur (ML) d’Ivan Collendaveloo. Cette alliance aura pour nom « l’Alliance Lepep ». L’Alliance Lepep remporta 47 sièges des 60 sièges, et Sir Anerood Jugnauth devient Premier ministre pour la sixième fois. Il est entré dans l’histoire en menant l’Alliance Lepep à la victoire en écrasant l’Alliance PTr-MMM, qui était considéré comme ayant les deux plus grands partis politique dans le pays. Peu de temps après la proclamation des résultats, le chef de l’Alliance Lepep, Sir Anerood Jugnauth, a déclaré lors d’une conférence de presse qu’il remettrait le pays sur la bonne voie pour un autre miracle économique et qu’il commencerait à travailler sur le programme pour lequel lui et ses hommes avaient été élus. Dans une émission diffusée sur la chaîne de télévision publique, Navin Ramgoolam a reconnu sa perte et a souhaité bonne chance à l’équipe gagnante.

Le fils reprend le flambeau du père

Le 21 janvier 2017, Sir Anerood Jugnauth annonce qu’il démissionne de son poste de Premier ministre à compter du 23 janvier et qu’il sera remplacé par son fils, Pravind Jugnauth. La passation de pouvoir entre Pravind Jugnauth au poste de Premier ministre a été désignée comme un acte de népotisme, où le père favorise son fils au lieu de consulter l’avis du grand public. Il faut signaler que cela est complètement légal de le faire. Sir Anerood Jugnauth pourra enfin jouir d’une retraite paisible sachant qu’il a marqué de son empreinte l’avancement du pays. Les élections législatives de 2019 ont eu lieu le 7 novembre. Le résultat a été une victoire pour l’Alliance Morisien qui a remporté 42 des 70 sièges. Pravind Jugnauth est devenu le Premier ministre incontesté. Le MSM a remporté plus de la moitié des sièges au Parlement, ce qui signifie que le Premier ministre sortant Pravind Jugnauth exercera un mandat de cinq ans comme Premier ministre. Sur les 62 sièges élus, le MSM en a remporté 38, le Parti travailliste en a remporté 14, le Mouvement militant mauricien (MMM) en a remporté 8 et l’Organisation du peuple de Rodrigues (OPR) a remporté 2 sièges sur l’île de Rodrigues. Le MMM n’a pu que remporter 8 sièges.

Le Dossier Chagos

En 2007, Sir Anerood Jugnauth a menacé de quitter le Commonwealth pour protester contre le traitement « barbare » du Royaume-Uni envers les habitants des îles Chagos. Sir Anerood Jugnauth a déclaré qu’il pourrait traduire le Royaume-Uni devant la Cour internationale de Justice pour le sort des insulaires. Les îles Chagos, une colonie britannique de l’océan Indien, ont été louées aux ÉtatsUnis dans les années 1960 (pour construire une base militaire) par les Anglais qui recherchaient de nouveaux missiles des Américains. Les résidents ont été contraints de quitter le pays et le gouvernement dit qu’ils ne peuvent pas revenir, mais ont obtenu la citoyenneté britannique. Beaucoup de résidents vivent maintenant dans la pauvreté à Maurice ou en tant que réfugiés au Royaume-Uni. La base américaine a été construite sur la grande île de Diego Garcia au sein de l’archipel des Chagos. Maurice revendique les îles comme faisant partie de son territoire, et Sir Anerood Jugnauth a affirmé que son pays avait été contraint par les Britanniques d’accepter les Chagossiens comme condition de l’indépendance.

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Sir Anerood Jugnauth est né le 29 mars 1930, à la Caverne, Vacoas. Il a étudié à l’école primaire de Palma avant d’entamer des études secondaires au Regent college et au New Eton College. Quelques années plus tard, il devient clerc au Poor Law Department. Passionné par le droit, il prend ses bagages et file en Angleterre, pour des études de droit en 1951. Trois ans plus tard, il enfile sa robe d’avocat et démarre sa carrière politique en 1956 en devenant conseiller du village de Palma et ensuite son président

En quelques dates

1930 : Naissance à Palma.

1956 : Élu conseiller de village à Palma.

1963 : Il devient député de l’Assemblée législative comme membre de l’Independent Forward Block (IFB).

1964 : Élu conseiller municipal à Vacoas/Phœnix.

1965 : Il devient ministre d’État en tant que membre du All Mauritius Hindu Congress.

1966 : Sir Seewoosagur Ramgoolam lui donne le portefeuille du ministère du Travail en novembre

1970 : SAJ rejoint le Mouvement militant mauricien (MMM) et devient son président.

1976 : Il devient leader de l’opposition.

1982 : SAJ devient Premier ministre pour la première fois au sein d’une alliance MMM/PSM avec un 60-0.

1983 : Après une cassure au MMM, SAJ crée le Mouvement socialiste militant (MSM) et remporte les élections anticipées grâce à une alliance avec le PTr et le PMSD.

1987 : Il remporte une nouvelle fois la joute électorale.

1991 : Sir Anerood Jugnauth devient Premier ministre pour la quatrième fois.

1995 : Le MSM est laminé par l’alliance PTr/MMM qui porte Navin Ramgoolam au pouvoir grâce à un 60-0.

2000 : Sir Anerood Jugnauth reprend le poste de Premier ministre.

2003 : À la suite de l’accord électoral de 2000 avec Paul Bérenger, ce dernier devient Premier ministre et sir Anerood Jugnauth devient président de la République. Il cède sa place de leader du MSM à son fils, Pravind Jugnauth.

2013 : Le 30 mars, il démissionne comme président de la République pour se lancer une nouvelle fois dans la politique active

2014 : Sir Anerood Jugnauth une dernière fois à la tête du gouvernement.

2017 : Cède sa place de Premier ministre à son fils, Pravind Jugnauth.

Texte par Zuhayr DHUNNY.

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