November 30, 2022
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Sir Anerood Jugnauth : Le sens de l’histoire

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Premier ministre et président de la République : personne ne pourra en dire autant, sans oublier des livres qui lui sont consacrés et un titre de gloire qui restera attaché à sa carrière politique : l’architecte du « miracle économique ». La carrière de Sir Anerood Jugnauth est celle d’un homme qui sut mener de front une carrière politique sans sacrifier sa famille, donc exemplaire en ce sens. Mais plus important sans doute est le fait qu’il a su incarner l’espoir à un moment où tout était contre lui. Le mérite est d’autant plus grand compte tenu des origines très modestes de SAJ.

Qu’est-ce qui fait la stature d’un homme politique ? C’est celle d’avoir su combattre l’adversité, d’avoir répondu présent aux moments déterminants de l’histoire et d’avoir su faire les choix qu’il fallait. SAJ répond à tous ces critères. En 1983, au moment où Maurice joue son destin, face à des choix de société, il prend le pari de maintenir l’anglais comme langue officielle contre la pression d’imposer le kreol mauricien dans toutes les sphères de la société à Maurice. SAJ sait que ce serait là une décision qui risque de faire reculer le pays, puis et surtout avec le soutien de Sir Gaëtan Duval et Vishnu Lutchmeenaraidoo, tous deux formés en France, il fait le choix de l’économie libérale tout en renforçant l’état-providence. L’équilibre à trouver tient à un fil. Mais, c’est là le génie des personnes qui sont en parfaite harmonie. Il ne s’agit pas de combattre les syndicats, mais de réfléchir à la meilleure voie possible pour sortir Maurice du marasme écono- mique où l’avaient conduit deux grandes grèves générales et qui auraient pu conduire le pays à un déclin économique et social sans fin, comme celui que connaissent toujours Madagascar et certains pays d’Afrique.

Pragmatisme

SAJ a toujours été connu pour son pragmatisme alors qu’il doit une partie de sa carrière politique au MMM, un parti d’inspiration marxiste. Mais il n’a jamais épousé les idées de Marx, mais plutôt un socialisme mou de la Fabian Society. Au même titre que Sir Seewoosagur Ramgoolam, qui avait pourtant Le Capital dans ses valises lorsqu’il est rentré de Maurice après ses études de médecine en Angleterre. La voie révolutionnaire, les actions de grève, la propagande marxiste n’ont jamais trouvé grâce chez SAJ. Sans doute parce qu’il avait bien compris la nature profonde de la population mauricienne, plus respectueuse des traditions ancestrales, telle que l’attachement à la famille, la religion et l’ordre moral. C’est cette sainte Trinité qui sera l’axe de son engagement politique et dont la stabilité sera nécessaire pour relancer l’économie de Maurice dans les années 80. Lorsque le Professeur Édouard Lim Fat part en mission de prospection à Hong Kong, il vend cette stabilité aux manufacturiers qui souhaitent s’installer dans des pays qui leur garantiraient la stabilité de leurs entreprises et le rapatriement de leurs profits. L’Afrique, à ce moment-là, n’est pas leur terre d’élection, car de nombreux pays africains ont choisi le modèle de développement dit socialiste populaire et pris pour camp l’Union soviétique.

L’Occident

SAJ joue lui au plus fin, il reste attaché à l’Occident, s’aligne sur l’Organisation des Nations unies et reste résolument patriote lorsqu’il faut nourrir la population. D’où sa décision de permettre à Taïwan d’ouvrir un Trade Office à Port-Louis contre des bateaux remplis de riz pour nourrir les Mauriciens. À ses détracteurs, il lancera : « Moralité n’a pas rempli ventre ». Car il ne veut pas passer à la postérité comme un Premier ministre qui aura choisi de laisser son peuple mourir de faim au nom de l’idéologie. Ce sens du pragma- tisme et des priorités est aujourd’hui au centre de la vie économique et sociale de l’île Maurice, toute la classe politique reconnaissant la nécessité de tenir compte de la diversité culturelle de l’île et des valeurs traditionnelles auxquelles les Mauriciens sont attachées. C’est la raison pour laquelle les idéologies extrêmes n’ont jamais pu s’implanter à Maurice, cela tenant au fait que notre population connaît le sens du vivre-ensemble. C’est cette réalité qui s’est imposée à SAJ lorsqu’il décide de tourner le dos à l’idéologie du MMM qui, dans les années 70, souhaite constituer un front marxiste dans l’océan Indien, composé de Paul Bérenger, Didier Ratsiraka et Albert René. On connaît aujourd’hui les conséquences de l’instauration d’un régime socialiste populaire à Madagascar lorsque Didier Ratsiraka avait renversé le gouvernement.

L’expérience marxiste

Mais que ce soit SSR ou SAJ, tous les Premiers ministres mauriciens ont su tirer des leçons de l’expérience marxiste à Madagascar ou en Afrique. Lorsqu’il redevient Premier ministre en 1983 et 1987, SAJ consolide le modèle de dévelop- pement libéral à Maurice en se fiant à un secteur privé qui a toujours investi à Maurice avec ses capitaux propres, mais aussi avec une classe syndicale qui accepte de jouer le jeu. C’est aussi dû au fait que le pays connaît un essor économique sans précédent, cette fois-ci, c’est toute la population qui en profite grâce à des impulsions aux petites entreprises.

Tout le pays est en mouvement, la population est gagnée par les affaires. La griffe de Jugnauth est là, elle imprègne le pays même si le ‘vieux lion’ ne revendique pas la paternité du ‘miracle écono- mique’. Sa revendication légitime, c’est d’avoir saisi le sens de l’histoire et de l’avoir orientée en tenant compte des attentes de la population. Car c’était là sa seule priorité.

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