July 13, 2024
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Opinion

Un centre né à la vitesse d’un cheval au galop contre la léthargie du MTCSL

À en croire le calendrier provisoire soumis par le Mauritius Turf Club Sports & Leisure Ltd. (MTCSL) à la GRA en décembre pour approbation, la saison hippique 2022 débutera le samedi 19 mars et se terminera le dimanche 11 décembre avec un total de 40 journées de courses. On s’était interrogé sur le non-sens de la démarche du MTCSL: Comment démarrer le nouvel exercice quand les caisses du turf club sont vides ? Il n’a donc pas fallu attendre longtemps pour que le Club essuye un camouflet et jette son calendrier à la poubelle. Le Horse Racing Division brandissant le Finance Act [ solvabilité entendue] a le plus logiquement et légalement rendu ce calendrier nul et non avenu. Il faudra repasser.

Quand la gestion a été catastrophique depuis des années et qu’on ne s’est jamais réellement soucié de l’avenir et du long terme ? Quand on ne s’est contenté que d’expédier les affaires courantes sans s’assurer d’une organisation transparente et visionnaire eu égard aux défis et aux attentes du sport hippique et des turfistes ? Parce qu’on n’a pas su gérer les revenus et rentabiliser tout ce qui pouvait l’être à chaque journée, parce que nous avons eu plus de profiteurs que de volontaires sérieux et soucieux de la survie de cette industrie comme administrateurs, le MTCSL se retrouve aujourd’hui devant une bombe à retardement qui peut lui exploser à la figure à tout moment.

On parle souvent de la glorieuse incertitude du turf quand triomphent des canassons. Fini le temps de la glorieuse époque quand avec un dynamique et discipliné Jean Halbwachs, épaulé par son fils Benoît et Khalid Rawat, la rigueur et le professionnalisme étaient de mise pour l’organisation propre des courses de chevaux. De l’entraînement au Champ de Mars et au Centre Guy Desmarais à Floréal, aux courses en passant par chaque étape pour la réussite d’un meeting dans le respect et l’application des règles, on pouvait voir l’engagement et le dévouement de chacun et de toute l’équipe derrière ces trois hommes, tous à cheval sur leurs principes. Certes, il y a toujours eu des possibilités d’amélioration, mais la marge de progression était visible année après année et le niveau atteint faisait la fierté du plus vieil hippodrome de l’hémisphère sud.

Que remarquons-nous depuis ces dernières années ? Une gestion au petit bonheur au jour le jour sans aucun cahier des charges pour l’avenir. Malgré les nombreuses plaintes venant des professionnels de courses, dont des entraîneurs et des jockeys, il n’y a pas eu de grande amélioration pour une piste plus sécurisée. L’année dernière, nous avons eu le malheur et la douleur de perdre l’un des cavaliers locaux le plus prometteur. Les circonstances de cette chute fatale restant encore à être déterminées par l’enquête judiciaire en cours, il ne faut pas écarter la dangerosité de la piste où l’accident ayant coûté la vie à Nooresh Juglall a eu lieu. Le gazon sur lequel galopent les coursiers est parfois dans un tel état quand il pleut des cordes à Port-Louis que l’annulation des courses à venir est le moyen le plus sûr d’éviter des pertes de vie humaines et équines.

La configuration de la piste, l’absence de drain d’évacuation rapide d’eau de pluie quand il y a des inondations et les ‘false rails’ compliquent une situation déjà compliquée par le manque de vision et de clairvoyance pour des infrastructures sûres.

Avec des tribunes qui datent de plus de 200 ans, les risques d’effondrement sont réels quand les loges sont pleines à craquer. Parfois, la foule à l’intérieur du turf donne des frissons quand l’on sait que les retouches de la rénovation ne sont pas une garantie de sûreté. Le bâtiment qu’on croit n’a pas l’air d’être désuet l’est vraiment en dépit du test de charge pour mesurer la solidité ou la fragilisation du fleuron du MTC. Cet essai de chargement doit être un exercice annuel de la mairie de Port-Louis car il y va de la sécurité des turfistes et des employés du club. Si l’on n’a pas trop à se plaindre de la parade des chevaux dans le paddock avant et après chaque course, que dire toutefois quand ces équidés ont à faire la marche durant de longues minutes les matins et les après-midis sur le bitume chaud de la rue Shakespeare ? A-t-on jamais réfléchi sur le bien-être des chevaux et sur la modernisation des équipements que ce soit pour un traitement rapide et efficace ou une opération ? Des réflexions profondes ont-elles été engagées sur l’institution d’une clinique et la construction d’une piscine pour ces chevaux ?

Nous regrettons de le devoir dire ici, mais quand on n’a pensé qu’à jouir des privilèges et des facilités pour des moments de farniente et de sensation entre proches et amis sans apporter sa modeste contribution pour assurer la pérennité du sport et du loisir préféré des Mauriciens, la faillite touchera le but en vainqueur. Quand l’argent et le gain facile ont été la seule motivation pour donner libre accès aux coulisses et aux écuries à des gens qui n’ont pas été passés à la loupe alors que ces nouveaux riches sont liés à des trafics, quand il n’y a pas eu un « proper screening » et un contrôle préalable avant de donner le feu vert pour une adhésion au-dessus de tout soupçon, c’est qu’on a ouvert le tombeau de la décadence et que tôt ou tard, on finira par payer cher, très cher, le prix de cette décadence, de cette insouciance, de cette irresponsabilité. Et comment voulez-vous que ce noble sport n’aille pas à la dérive ?

Le moment est enfin venu pour qu’on arrête de faire comme l’autruche qui pour ne pas voir la vérité plonge sa tête dans le sable. Ceux qui refusaient de voir le bijou équin qui est sorti des terres à Petit-Gamin se sont vite rendus à l’évidence : la vision et les investissements de Jean-Michel Lee Shim sont une bouffée d’air frais bien mérité pour nos chevaux de courses. La présence quotidienne des professionnels recrutés spécialement pour démontrer que le bookmaker-ingénieur « means business », les structures modernes, la planification, la sécurité, l’alimentation, la climatisation des box, la clinique et les conseils experts d’un entraîneur chevronné de la trempe du champion Geoff Woodruff sont autant de preuves que le projet du JMLS Equestrian Centre est bien sorti des boîtes de départ car réglé comme du papier à musique.