May 17, 2022
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Opinion

Un leader de l’opposition à trois têtes ?

Depuis l’indépendance obtenue en 1968, l’Assemblée Nationale a connu 12 leaders de l’opposition. Sir Gaétan Duval a été le premier leader de l’opposition postindépendance et Arvin Boolell l’actuel titulaire au poste. Ce dernier a hérité de cette fonction pour la simple et bonne raison qu’il est le plus expérimenté parmi les députés travaillistes siégeant au parlement. Le leader du Parti Travailliste (PTr), Navin Ramgoolam, n’ayant pu se faire élire, le choix s’est naturellement porté sur le député du No 18. (Belle-Rose/Quatre-Bornes). Toutefois, les prises de positions du leader de l’op7position sont souvent critiquéespar l’establishment rouge.

Arvin Boolell est entré en politique en 1987, soit trois ans avant Navin Ramgoolam. Pour sa première participation à des élections générales, Boolell est élu dans la circonscription No. 11 (Rose-Belle/Vieux Grand-Port). Mais, Navin Ramgoolam, le fils prodigue du PTr, retourne au pays en 1990 et prend le leadership rouge. 30 ans après Boolell est toujours prisonnier de l’ombre de Ramgoolam, relégué à être un éternel second couteau. Il n’a jamais été habitué aux premiers rôles et il semblerait qu’il vit très mal. Deux situationstémoignent de cet état des choses.

Premièrement, la décision du nouveau leader de l’Opposition de partager son temps de parole avec les autres formations politiques. Un choix très controversé qui rend les observateurs politiques très sceptiques. D’autant plus que la Private Notice Question (PNQ) est le privilège du leader de l’Opposition et une opportunité de croiser le fer avec le chef du gouvernement sur des sujets épineux et sensibles. Son choix de partager ce temps de parole, qui dure moins d’une heure, avec les autres chefs des partis politiques formant l’opposition, témoigne d’un manque de confiance en soi. Il se pourrait que Boolell ait des doutes en sa capacité à meubler ce précieux temps.

« Après avoir été un second couteau au PTr… Boolell joue le même rôle au sein de l’opposition »

Boolell arpente les couloirs de l’Assemblée Nationale depuis plus de trois décennies. Il devrait connaitre tous les standings orders et toutes les coutumes de l’hémicycle. Il devrait savoir également que le leader de l’Opposition intervient uniquement lors de la PNQ laissant la chance aux autres députés de poser des questions lors des Prime Minister’s Question Time (PMQT). Cette séance est réservée aux députés des deux côtés de la chambre qui interpellent les ministres du cabinet. Ainsi, la PNQ est le moment du leader pour briller et pour asseoir son autorité. Boolell aurait-il peur de ne pas être à la hauteur ? Seul le principal intéressé pourra répondre à cette question.

Le partage du temps alloué à la PNQ n’est pas le seul impair politique commis par Arvin Boolell. On pourrait également lui reproché son silence depuis sa prise de fonction. Il a rarement convoqué la presse pour commenter l’actualité locale ou internationale. Il est un leader d’Opposition effacé qui se la joue discret.

Arvin Boolell s’est également montré discret au sujet du boycott du discours programme. Ses déclarations sont passées inaperçues, tandis que celles de Paul Bérenger et de Xavier-Luc Duval ont eu l’impact escompté et l’attention des médias. La logique voudrait que ce soit Arvin Boolell qui fédère l’opposition à cette cause. Or, c’est Bérenger qui a endossé ce rôle. Après avoir été un second couteau au PTr pendant plus de trois décennies, aujourd’hui Boolell joue le même rôle au sein de l’opposition.

«…nul besoin d’être un génie pour arriver à la conclusion que le VRAI leader de l’opposition est Paul Bérenger »

Paul Bérenger a, lors de sa première sortie de 2020, déclaré qu’un consensus aurait été trouvé entre les membres de l’opposition pour boycotter le discours programme du gouvernement prévu pour le 24 janvier (ndlr : hier). Le leader du MMM devait même ajouter que l’absence du MMM n’empêchera pas à ses élus de « participer pleinement et activement aux débats et aux discussions portant sur les projets de loi et aux questions parlementaires». Est-ce que Paul Bérenger fait allusion aux débats et aux discussions par rapport au discours programme? Une chose est sûre, plus les années passent, c’est le même refrain du côté du MMM.

En observant et en analysant la position prise par Paul Bérenger, nul besoin d’être un génie pour arriver à la conclusion que le VRAI leader de l’opposition est Paul Bérenger. Sa fermeté est naturelle vu qu’il est un habitué à ce poste. Une fonction constitutionnelle qu’il a occupée à six reprises depuis 1983. Pour ce qui est du « modus operandi » de Xavier-Luc Duval, c’est « business as usual ». Quelques temps de cela, il avait déclaré qu’il avait reçu une offre du PTr pour qu’il reste coller à son poste de leader de l’opposition. Mais, qu’il aurait préféré qu’Arvin Boolell assume un nouveau rôle de sa carrière politique.

Pour conclure, quoi de mieux d’analyser les propos dans le message de fin d’année d’Arvin Boolell. Repris dans la presse le 26 décembre dernier, Boolell avançait que 2020 sera « une année charnière» mais surtout « une année de vérité ». Il faut, selon lui, «conjuguer les efforts » et avoir «une entente avec un esprit d’unité et de solidarité» pour le bien-être de la nation mauricienne. « Il faut que Maurice reste un exemple dans le monde.

Il n’y a pas de vérité plus criarde que celle ou M. Arvin Boolell a laissé passer sa chance pour montrer qu’il a l’étoffe d’un leader. Ce dernier parle d’année charnière, mais sous quelle angle, une année de vérité mais pour qui, qui va devoir conjuguer ses efforts, si ce n’est le PTr qui doit « flush » ses politiciens dinosaures y compris M. Boolell. Ce qui est plus que probable que le leader de l’opposition ne serait pas uniquement Arvin Boolell mais aussi Paul Bérenger et Xavier-Luc Duval. Un leader de l’opposition à trois têtes ?

En guise d’un cadeau de ce début de 2020, une faveur est faite au politicien Arvin Boolell. Cette liste complète des leaders de l’opposition de 1968 à ce jour. En espérant qu’il saura se poser la question si l’un de ses prédécesseurs était disposé à partager ses privilèges de la PNQ.

Sen Toojha