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Alors que le monde célèbre aujourd’hui, mardi 8 mars, la Journée internationale de la femme, il est préoccupant de noter que les femmes continuent de subir des violences conjugales. Le pire est que les espaces où cette violence a lieu, sont majoritairement sous leur toit. La ministre de l’Égalité des Genres et du Bien-être de la Famille, Kalpana Koonjoo-Shah, a précisé en 2020 que les signalements de cas de violences domestiques sont en forte croissance depuis le confinement et pas moins de 244 appels pour violences domestiques ont été recensés pour la période du 20 mars au 30 avril 2020. Mazavaroo a contacté l’ONG Passerelle afin de donner la parole à ces femmes qui ont été victimes de violence. Nous avons rencontré une des résidentes de Passerelle, Caroline (Prénom fictif), qui a voulu nous relater son récit et ses péripéties.

Caroline a 32 ans et est résidente chez Passerelle depuis 4 mois. Elle s’y est réfugiée avec ses deux enfants, âgés de 3 ans et 7 mois. Cette femme, visiblement accablée par les malheureux évènements, avait une confiance aveugle en son compagnon. Elle se contentait de peu venant de cet homme, juste qu’il soit près de moi », disait-elle, et lui, s’est contenté de lui faire du mal. Caroline ne pensait plus pouvoir se reconstruire jusqu’à ce qu’elle soit recueillie par cette association.

Pourquoi avez-vous fui votre toit conjugal ?

Mon concubin et moi vivions ensemble depuis 4 ans et nous avons deux enfants. Je l’ai connu lorsque j’étais dans une mauvaise passe. J’étais dépressive et il avait toujours répondu présent pour moi. De fil en aiguille, je suis tombée amoureuse de lui car je voyais en lui un protecteur. Il m’a apporté un soutien moral et émotionnel. Malheureusement, j’ai appris qu’il me trompait avec nul autre que son ex. Depuis, je vis un enfer entre ses coups et ses injures.

Qu’avez-vous fait quand vous avez découvert sa double vie ?

Double vie ? Non, il en avait plusieurs. Je connaissais son passé avec ses multiples concubines et ses enfants illégitimes. Il a huit autres enfants hors de notre couple. Mais pourtant, tout allait bien entre nous. On a tous un passé et tout le monde peut changer, du moins c’est ce que je pensais. Mais tout a basculé lorsque j’ai découvert qu’il entretenait une liaison avec son ex. Depuis, nous sommes à couteaux tirés. Quand j’ai voulu en discuter avec lui, il avait déserté le toit conjugal pendant une semaine. Quand il est rentré un 31 décembre, au lieu de me prêter l’oreille comme il le faisait autrefois, il m’a roué de coups et a fracassé mon téléphone portable. Je ne pouvais appeler personne pour me venir en aide. Il s’est littéralement acharné sur moi.

Comment êtes-vous sorti de ces griffes ?

Il s’est arrêté quand il était fatigué de me battre mais je n’avais plus la force de me relever tellement j’avais mal.

A quel moment les choses se sont calmées ?

Je n’en ai pas le souvenir que les choses se soient calmées. Mais je sais qu’on se disputait tous les jours à cause de cette femme qui avait resurgi dans sa vie. Il se cachait dans les toilettes pour lui parler au téléphone et je n’avais pas le droit de lui dire quoique ce soit sinon les coups pleuvaient encore et encore. Il voulait que je sois muette, aveugle et sourde devant sa vie de débauche mais je ne pouvais plus supporter cela. Qu’est ce qui a été la goutte d’eau qui a fait déborder le vase ? Je m’en veux encore en y repensant mais ne vous méprenez pas. J’ai compris qu’il fallait que je sorte de cet enfer quand sa copine est tombée enceinte de lui alors que j’attendais son deuxième enfant. L’amour que j’ai eu pour cet homme n’excuse pas ma soumission face à ses violences à mon égard. J’espérais juste qu’il revienne à de meilleurs sentiments parce qu’on s’est aimé.

Vous aviez finalement eu le courage de le quitter ?

Oui mais sans savoir où aller. J’avais un enfant sur les bras et un autre dans le ventre. Je suis allée me réfugier dans un Šhivala, sans rien à manger ni à boire, pas de vêtements de rechange et sans un sou. Mon coeur de maman saignait quand mon enfant me réclamait à manger. Je n’avais pas d’autres choix que de me servir dans les quelques fruits que déposaient les dévots auprès des divinités. Une banane ou une pomme, pourvu que mon enfant avait de quoi se mettre sous la dent.

 Vous y avez vécu longtemps ?

Non. Un jour, une femme s’est approchée de moi et m’a proposé de m’accueillir chez elle. Nous n’y sommes pas restées longtemps car ce n’était pas facile pour elle de s’occuper de moi, qui étais enceinte, et de mon enfant. Nous y avons vécu deux mois et j’ai même accouché de mon deuxième enfant. Il était clair qu’on ne pouvait plus profiter de l’hospitalité de cette gentille dame. Elle m’a également aidé à faire des démarches auprès de la police mais je dois avouer que les autorités ne m’ont pas été d’une grande aide. Ce fut un parcours du combattant avant que la police n’accepte de me conduire à l’association. Je vous passerai des préjugésbmais je me suis sentie humiliée.

Votre ex, a-t-il tenté de vous retrouver ?

Il est venu voir son fils à l’association mais c’est un droit que je ne peux lui enlever parce que mon nom ne figure pas sur l’acte de naissance de mon fils. Je ne sais pas comment il s’y est pris mais mon nom n’y figure pas. Quand j’ai accouché de mon fils, il était présent et c’est lui qui a donné les informations. Je ne sais pas comment il a fait pour que mon nom ne figure pas sur l’acte de naissance de mon fils. J’ai entamé des actions légales à ce sujet, mais tout le monde reste sceptique quant à l’éventualité que la Cour accepte ma demande. À l’État civil, on m’a indiqué que le père et deux autres témoins doivent être présents. Du coup, je m’efforce d’avoir de bonnes relations avec lui pour ne pas envenimer les choses. J’en mourrai si la CDU m’enlevait mon enfant.

Avez-vous des projets pour vous reconstruire ?

Depuis que je suis hébergée par l’association, j’ai repris confiance en moi. Je me sens plus forte aujourd’hui. Je veux travailler et retrouver mon autonomie. Mon gros souci est que je n’ai plus aucun papier, mon ex a tout brulé. J’ai essayé de prendre de l’emploi comme aide maçon, mais j’ai été refusée parce que je suis une femme. J’ai besoin d’argent pour mes enfants et moi. L’association m’aide beaucoup, on me donne à manger et à boire, mais je ne peux quand même pas rester les bras croisés. Mon fils me reproche souvent de ne pas lui acheter des gâteaux. Ça me fait mal au cœur mais je n’ai pas le moindre sou pour lui acheter des friandises. Il me dit : «Mama mo pena gato». Mon enfant me réclame un yaourt depuis la semaine dernière, je n’en ai pas les moyens. Caroline est une personne cultivée qui, par amour, a accepté de subir des atrocités infligés par son ex. Diplômée en ingénierie informatique de l’Université de Technologie de Maurice, elle souhaite faire une demande d’un duplicata de ses certificats afin de trouver un emploi qui l’aidera à reprendre sa vie en main et à subvenir aux besoins de ses enfants.

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