December 3, 2022
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SOS VILLAGES ou SDF VILLAGES? Whitney Isabelle Jean : « Enn mois avant mo gagn 18 ans, bann-la dir moi al rod enn lot plas pou resté »

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Ils ont l’âge de l’insouciance et pourtant, certains ont déjà un vécu empreint de tristesse et de difficultés. Issus de familles dysfonctionnelles, ces enfants sont en manque de repères et n’ont pas l’encadrement nécessaire. Comment donc se reconstruire au moment même de la construction de soi ? Comment encadrer ces enfants fragilisés par la vie ? Certaines associations dédiées au bien-être des enfants œuvrent chaque jour pour que leurs protégés puissent avoir une vie meilleure.

Nous avons rencontré un groupe de jeunes hommes et de jeunes femmes qui ont fait partie de SOS Villages et qui veulent raconter leurs vies après SOS Villages et leurs difficultés dans le monde du travail et sur le plan affectif. Qui sont-ils, que deviennent-ils, quel avenir envisagent-il? C’est le récit de ces jeunes adultes livrés à eux-mêmes hors du système de SOS VILLAGES. Ces jeunes ont grandi dans le milieu des centres d’aide à l’enfant, car pour la plupart, ils sont orphelins de naissance et ont trouvé une famille d’accueil pour vivre. C’est dans la ville de Curepipe que nous avons rencontré cette équipe de jeunes à qui la vie n’a pas fait de cadeau. Ils sont 7 au total dans une maison en location avec un loyer de Rs 9000 par mois, sans électricité, et comme un malheur ne vient jamais seul, ils sont deux à travailler de temps en temps, car ils nous expliquent qu’il n’est pas facile de trouver du travail quand l’on dit aux gens que son premier parcours dans la vie était SOS VILLAGES.

L’une d’entre eux se prénomme Whitney Isabelle Jean, elle est âgée de 21 ans et elle nous raconte que toute sa vie jusqu’à l’âge de 18 ans, elle a vécu dans des centres car elle est orpheline et n’a jamais connu ses parents biologiques. Placée dans un « Shelter » dès l’âge de 4 ans avec son petit frère Darren, de 2 ans, c’est SOS Villages qui les a accueillis et ils y sont restés jusqu’à l’âge de 18 ans pour sa part et 15 ans pour son frère. Elle s’exprime aujourd’hui avec une aisance déconcertante. Au contraire, elle décrit chaque passage dans le but que cela puisse donner la chance au système de se corriger pour aider les futurs adultes. Un mois avant sa dix-huitième année, on lui annonce qu’elle devra trouver un endroit pour se loger. Cela a été très difficile pour elle car elle ne connaissait pratiquement personne en dehors de SOS Villages. Mais par chance, elle a demandé à une amie, qui comme elle a vécu chez SOS Villages, de l’héberger pour ne pas être à la rue.

Après 3 mois passés chez la copine, elle a dû partir et s’est retrouvée à passer de maison en maison d’amies pour ne pas être à la rue, mais l’inévitable arriva et après avoir épuisé sa liste d’amies, elle se retrouva finalement à la rue. Pendant un long moment elle a connu cette vie de SDF, qu’elle ne souhaite à personne. Suite à quoi elle s’est retrouvée dans un centre d’aide à la femme pour pouvoir débuter une nouvelle vie, cette fois-ci elle profite de ses connais- sances acquises pour devenir cuisinière dans un hôtel. Il faut dire que Whitney est un fin cordon-bleu qui a pris des cours de cuisine à l’école Hôtelière Gaëtan Duval. On n’a pas d’heure de travail fixe quand on travaille dans un l’hôtel, et pour les centres cela peut créer des conflits. C’est ce qui s’est passé pour elle du fait qu’elle termine souvent après 1 heure du matin et quand elle retourne au centre certaines personnes se sont plaintes qu’elle dérange à l’heure où elle arrive. Autre problème, ses certificats sont à SOS Villages et on lui refuse de lui donner accès à ses certificats qui pourtant sont à son nom et qui lui seraient utiles pour l’obtention d’un travail.

Jamais deux sans trois, pendant sa dix-septième année où elle vivait à SOS Villages, elle travaillait également dans un hôtel et certains responsables de SOS Villages lui avaient conseillé d’économiser Rs 3500 par mois sur un compte PEL de la MAURITIUS HOUSING COMPANY (MHC). Elle s’est souvenue de la chose et décida de partir vérifier le compte munie de sa pièce d’identité. Là-bas, elle demanda à voir son compte et étrangement, on lui refusa. Selon la MHC, aucune information ne pourra lui être donnée sans une lettre de SOS Villages. Elle partit se renseigner à SOS Villages et on l’envoya balader à chaque fois pour ne pas lui donner d’infor- mation. Cela dure depuis 3 ans maintenant.

Elle continue son bout de chemin dans un autre centre pour femmes, mais voilà qu’elle découvre que son frère s’est retrouvé enfermé au centre Réhabilitation Youth Centre (RYC), suite à un délit sexuel entre mineurs, et là elle se voit dans l’obligation de prendre son petit frère sous sa responsabilité pour que ce dernier ne passe pas trop de temps dans cette institution. Mais ce geste de générosité et de solidarité envers son petit frère lui coûte sa liberté de bouger, ou plutôt de vivre une vie de célibataire. Ils ont tous deux vécu dans des centres pour femmes pendant un temps, mais cela n’a pas duré longtemps, car les règles sont les règles et ces centres ne sont que pour les femmes pas pour son petit frère qu’elle avait pu cacher pendant un bon moment. Aujourd’hui ils sont avec cette équipe de jeunes hommes et de femmes qui pour sortir de la rue ont décidé de se regrouper dans une maison afin de se protéger mutuellement pour pouvoir survivre ensemble. Leur souhait c’est de pouvoir avoir le droit de travailler, de vivre et le droit d’acheter à manger, car comme ils ne sont que 2 ou des fois 3 à avoir de petits boulots mal payés et ils ne mangent pas à leur faim et des fois ne mangent pas du tout.

Pour conclure la vie dans ces centres est bien faite pour aider au premier pas de ces enfants, mais qui s’occupent de leurs premiers pas dans un monde où chaque jour l’on bute contre de nouveaux obstacles ?

Winsley Boule

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