June 20, 2024
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Analyse: l’Alliance Ptr-MMM-PMSD exclut les partis citoyens

La drôle d’alliance que viennent de conclure le PTr, le MMM et le PMSD a décidé d’exclure les formations extraparlementaires, sans oublier Nando Bodha dont le Dr Navin Ramgoolam réclamait la tête contre l’avis de Xavier Duval et Arvin Boolell. A ce sujet, tout le monde au sein du MMM pensait que le 2e député de la circonscription no 16 avait démissionné du MSM contre la promesse d’un hypothétique poste de Premier ministre que lui aurait promis Paul Bérenger. Or, ce dernier n’est pas homme à tenir ses promesses s’il s’avère qu’il avait effectivement pris un engagement dans ces sens. Mais, ce qui est sûr, c’est qu’une fois de plus, c’est le Dr Navin Ramgoolam qui s’est joué de Bérenger et Xavier Duval en les entrainant dans une énième phase suicidaire, comme en 2014 et 2019.

L’opposition parlementaire

Il faut dire que l’opposition parlementaire n’avait pas trop de choix face à l’alliance MSM-ML laquelle démontre une véritable gestion de sortie de crise avec tous les clignotants au vert, dont le plus visible est celui du tourisme. Il restait à cette opposition-là la possibilité de conclure une grande alliance avec les petites formations citoyennes, mais aussi des engagements au niveau de la répartition des investitures aux législatives de 2024. Xavier Duval et Arvin Boolell travaillaient eux dans ce sens, en espérant en coulisses que le Dr Ramgoolam soit contraintes d’abandonner l’activité politique après deux échecs cuisants. Mais le leader du PTr a déployé les grands moyens pour saper cette tentative en convainquant Paul Bérenger qu’il est le seul à avoir le profil idéal pour défier Pravind Jugnauth en 2024. 

Nando Bodha, Rama Valayden, Bruno Laurette…

Dans les rangs des partis, extra-parlementaires, la partie s’annonce désormais plus claire. Pour Nando Bodha, Rama Valayden, Bruno Laurette et leurs amis, il s’agira de ne rater aucune occasion pour tirer à boulets sur la nouvelle alliance de l’opposition. Déjà, Roshi Bhadain ne se gênait pas pour appeler à un rajeunissement dans les rangs de l’opposition avec – bien entendu lui-même comme meneur de troupes-, pour faire partir la vieille garde issue des années 80. Mais rien n’est définitivement joué, car il faudra maintenant que cette alliance passe le test du terrain auprès de leurs partisans respectifs, le MMM ayant déjà éprouvé une telle expérience après avoir fait partie de la maudite alliance de 2014 laquelle décima toutes ses bases à travers l’ile Maurice. S’il ne fait aucun doute que c’est le parti de Paul Bérenger qui risque encore une fois de laisser plus de plumes que le PTr et le PMSD au sein de cette énième alliance, il faudra aussi s’attendre à une désertion en masse au sein du Ptr et du PMSD, car personne au sein de ces deux formations n’est convaincue qu’une alliance aussi peu crédible qu’incapable de proposer un projet de gouvernement alternatif soit en mesure de s’opposer à l’alliance menée par Pravind Jugnauth.

L’opinion publique

Il faut croire que le trio de leaders du PTr, MMM et PMSD soient aussi naïfs pour tourner la tête à l’opinion publique, à l’exception des mêmes têtes auxquelles deux radios privées offrent généreusement et régulièrement les micros. Devant un tel déni de la réalité, il ne faudra pas que cette alliance vienne ensuite dire que la population ne sait pas voter et qu’elle n’a pas été comprise. La terrible défaite de l’alliance PTr-MMM en 2014 contient des leçons encore pertinentes lorsqu’il s’agit de vérifier le comportement des électeurs et leurs choix devant les alliances qui se présentent à eux. Mais à la sortie de la pandémie en 2022-2023 à Maurice et alors que le conflit militaire en Ukraine impacte encore l’économie mondiale, c’est à l’aune économique et sociale que les Mauricien(ne)s jugent la politique du gouvernement et vont vérifier la justesse des propositions de l’opposition.

Secteur privé

L’autre question transversale est de savoir quelle sera la position du secteur privé face à une alliance d’opportunistes entre trois leaders déjà minés par des querelles d’ego et sans réel projet capable de rassurer le milieu d’affaires local et les investisseurs étrangers. À l’exception d’un Parti travailliste, encore nostalgique d’une certaine rhétorique de classe, ni le MMM ni le PMSD ne souhaitent rompre avec une économie de marchés qui a réussi à maintenir tant bien que mal les grands équilibres de l’ile Maurice et épargner à notre économie des conflits sociaux extrêmes comme il était coutumier dans les années 70-80. Le milieu des affaires a un regard très attentif sur cette alliance qui vient d’être scellée, mais qui n’en est qu’à ses balbutiements tant il lui faut montrer maintenant si elle en mesure d’emporter l’adhésion de la population. Ce à quoi les grands capitaines d’industrie de notre pays ne croient pas. 

Climat de paix et stabilité sociale

Mais, dans son immense majorité, le secteur privé ne croit pas qu’une alternance serait en mesure de garantir un climat de paix et de stabilité sociale nécessaire au maintien de la relance depuis la réouverture de nos frontières. Certes, notre économie reste encore tributaire des conséquences du conflit militaire en Ukraine, mais elle a fait montre de résilience durant ces deux dernières années grâce à un ensemble de mesures économiques et sociales cohérentes engagées par le gouvernement de Pravind Jugnauth. La population se demande encore ce qu’aurait fait un gouvernement dirigé par le Dr Ramgoolam en pareille circonstance en ayant encore en tête son absence de prise de prises de décisions rapides et adéquates durant les émeutes de février 1999 à la suite du décès du chanteur Kaya en prison.

Il ne fait aucun doute que la seule perspective de revoir le même Navin Ramgoolam à la tête du pays ne peut que raviver les plus mauvais souvenirs de sa gestion calamiteuse des affaires du pays sans oublier ses comportements indignes d’un Chef d’État.   

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