April 19, 2024
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Analyse: Scène 1, acte 3…l’alliance s’embourbe

S’embêter les uns les autres: c’est la conviction d’une opposition parlementaire embourbée dans ses propres contradictions et qui se sait vouée à la dispersion. Si une première débandade est déjà apparue avec la bande à Bhadain qui poursuit aveuglément son ambition de Premier ministre, l’opposition parlementaire n’en mène pas large en dépit des déclarations de façade circonstanciées qui dissimulent mal la profonde divergence entre Paul Bérenger, le Dr Navin Ramgoolam et Xavier Luc Duval. Ce dernier, depuis que le leader du MMM a souhaité qu’il aille s’exiler à réduit, ne veut plus entendre parler d’une alliance tripartite qui verrait Paul Bérenger occuper le poste de Premier ministre à mi-mandat. Entre eux, les députés du PMSD et leurs membres – dont les conseillers municipaux -, se demandent pour qui se prend le leader du MMM pour se permettre d’agencer tout seul la hiérarchie au sein d’une hypothétique alliance de l’opposition parlementaire. Pour calmer le leader bleu et lui assurer que Paul Bérenger aime jouer à ce jeu qui n’engage que lui, le leader du PTrr a dû déployer toute son énergie et sa bonne volonté, l’objectif étant aussi de garder tout espoir d’arriver à une alliance pour les futures législatives. Mais le ver est déjà dans le fruit car le leader du PMSD a déjà perdu confiance en la possibilité de conclure une alliance honnête incluant le MMM.  Ce qui donne encore à réfléchir et qui conduit inéluctablement à une forme de fatalisme est la question de l’attribution des investitures dans les circonscriptions urbaines.

Intérêt des trois partis

Pour le PTR et le PMSD, cette question est centrale pour la conclusion d’une alliance, doit être réglée dans l’intérêt des trois partis et tous les risques doivent être partagés à égalité. Il est hors de question qu’un parti soit privé d’une investiture dans une circonscription où les dés autres partenaires seraient en position de force. Or le MMM voit les perspectives autrement et ne veut pas partager son gâteau dans les circonscriptions où il pense pouvoir faire le plein des bulletins, sachant qu’il n’a aucune chance de faire élire un candidat dans les régions rurales. Il est un fait que les partisans mauves ne souhaitent aucun accord avec un PTR dirigé par le Dr Ramgoolam, responsable selon eux, des débâcles aux législatives de 2014 et 2019. La perspective d’une nouvelle alliance où le leader rouge serait présenté comme futur Premier ministre ne ferait que faire fuir vers le MSM les derniers militants restés fidèles à Paul Bérenger. Le Dr Ramgoolam, pendant ce temps, se comporte comme s’il tenait fermement les rênes du PTR, survivant dans une espèce de bulle où il ne reste que les béni-oui-oui… Selon les travaillistes critiques, c’est une sorte de ballet ridicule qui se joue au PTR, où le Dr Ramgoolam croit qu’il a encore des cartes en main. Si ce dernier a perdu toute chance de conduire son parti à la reconquête du pouvoir, une alliance avec le MMM pour eux n’est ni davantage une perspective rassurante. À leurs yeux, Paul Bérenger a depuis longtemps perdu de son aura et de sa verve au Parlement et le fait même de n’être qu’un simple député ne serait d’aucun apport à une éventuelle alliance de l’opposition parlementaire.

Déclarations triomphalistes

Nous comprenons donc pourquoi les déclarations triomphalistes de Paul Bérenger ou du docteur Ramgoolam prennent de plus en plus le ton d’un vaste canular. Plus grand monde ne croit en ces propos creux tout juste bon à donner un semblant d’unité entre ces partis dont les membres ont perdu tout espoir de renverser Pravind Jugnauth. Il sera très difficile, à l’heure du bilan, de convaincre les Mauriciens qu’une alternance s’impose alors que l’opposition n’est même pas capable de proposer un projet de gouvernement alternatif commun. On sait qu’elle attendait que le gouvernement de Pravind Jugnauth échoue à contenir la pandémie en 2020 et se révèle incapable, dans le même temps, à proposer un plan économique et social face aux conséquences de la pandémie. Or grâce aux fonds de la Mauritius Investment Corporation et à la wage assistance Scheme, les entreprises et les salaires ont été sauvés, ce qui a permis à l’économie de se relancer en début de 2022 après la réouverture totale de notre frontière. Certes, le gouvernement doit encore relever des défis issus de la pandémie et du conflit militaire en Ukraine, mais l’ile Maurice n’est pas le seul pays qui fait les frais de ces deux crises mondiales sans précédent et dont les conséquences ne sont pas près de disparaitre. C’est dans ce sens que le budget 2023-2024 doits répondre d’une part aux attentes de la population mais sans manquer aussi de se projeter dans les années proches, avec des projets adéquats. Il y a lieu de se réjouir de la vitesse avec laquelle notre économie s’est relevée, surtout dans le secteur du tourisme, il reste encore à traiter les enjeux qui concernent l’emploi des jeunes, le manque de main-d’œuvre locale, le niveau de la productivité et la question des salaires des personnes au bas de l’échelle. Il faut se rendre à l’évidence que ces enjeux ne semblent pas faire partie des priorités de l’opposition parlementaire plus préoccupée à se répartir les portefeuilles ministériels et autres présidents de Boards et ambassades…

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