January 27, 2023
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Opinion

Drogue et vols de légumes : attention aux dérives sociales

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En 2020, lors du premier confinement et la première menace sur l’approvisionnement alimentaire, nous faisions ressortir un véritable risque de dérive sociale qui pourrait naitre de la difficulté éprouvée par certaines personnes en rupture économique et l’accès aux légumes. Puis, au même moment, malheureusement, nos appréhensions se sont avérées et la tentation de voir certains petits maraichers de prendre la justice en main est apparue… Cette, depuis le début de l’agression militaire russe en Ukraine en février 2022, ce risque est réapparu à la suite des difficultés d’approvisionnement en grains, blé et autres denrées alimentaires, tous provenant d’Ukraine. Cette situation s’en trouve d’autant plus compliquée avec le mauvais temps à Maurice, qui a fait grimper les prix des légumes à un niveau vertigineux. Aussi ne faut-il pas s’étonner que certains individus soient tentés par des vols de légumes dans des champs à leur portée. Mais il ne convient de ne pas banaliser un tel comportement aussi asocial que désespéré, car il peut prendre des dérives communautaristes pour peu que des pyromanes sectaires y font flamber leurs allumettes. Les vols de légumes ne sont pas un phénomène nouveau à Maurice. Avant la pandémie, il arrivait que des petits malfrats et autres revendeurs à la sauvette dans les environs des marchés dérobent des légumes et autres fines herbes dans des champs. Le hic, c’est que cette pratique se faisait au nez et à la barbe de la police, celle-ci ne se souciant guère des menaces que ces vols laissaient planer sur la santé du public, les champs pouvant avoir été aspergés de produits chimiques à une période précise avant la récolte.

‘Représailles’ brutales et incontrôlées

Mais, en ce moment, les vols dans des champs pourraient entrainer des ‘représailles’ brutales et incontrôlées en raison de la perte de revenus des maraichers. Ces derniers, comme le reste de la population, passent également par des temps très difficiles et éprouvent le même désarroi et envisagent l’avenir avec la même incertitude. En de telles circonstances, on peut aisément imaginer leur réaction si on venait dérober leurs cultures. Mais il n’y a pas qu’eux ! En fait, l’ensemble des petits producteurs et commerçants, dans tous les secteurs d’activité, seraient aussi tentés par des réactions violentes s’ils tombent sur des cambrioleurs. La tentation de prendre la loi entre ses mains serait une première réaction même face à des personnes au ventre creux. On sait que ce sont là les circonstances qui constituent un terrain fertile pour l’hystérie collective. C’est la raison pour laquelle les autorités sont tenues de veiller à ce que la population mange à sa faim et que les plus démunis ne soient pas poussés dans leurs derniers retranchements. La priorité des priorités en ce moment reste l’accès à une alimentation appropriée. L’année dernière, au plus fort de la menace de rupture alimentaire, certains revendeurs de légumes n’avaient pas hésité à augmenter avec exagération les prix de leurs denrées. Cette situation avait contraint des maraichers à la vente directe, devant leurs champs ou en bordure des routes.

Contourner les étapes habituelles

En ces temps difficiles, chacun essaie de trouver des moyens de contourner les étapes habituelles afin d’avoir accès à l’alimentation à des prix convenables. Il ne sera pas étonnant que des maraichers ‘grillent’ les intermédiaires et viennent se mettre à proximité des consommateurs. C’est aussi là un des aspects de la remise en question des systèmes de distribution classiques, où la télévente viendrait abolir les intermédiaires. On l’a vu durant le confinement de 2020 avec la vente de certains produits non-périssables. Mais, rien n’interdit de penser que la télévente soit élargie à des denrées alimentaires, d’autant que les accès deviennent de plus en plus étendus à Maurice, avec des consommateurs cherchant à utiliser leur temps judicieusement. Il suffit que producteurs et consommateurs se mettent d’accord, en mettant en œuvre à Maurice ce qui a bien fonctionné ailleurs.

Air Mauritius

Car, depuis l’apparition de la pandémie et du conflit militaire en Ukraine, ce sont les secteurs de l’économie qui sont à la peine. Ce mardi 12 avril, c’est au tour d’Air Mauritius d’annoncer la hausse de ses tarifs, subissant de plein fouet et comme attendu, les répercussions de l’augmentation du prix des carburants. En clair, cela signifie que les prix de nos produits importés risquent encore de prendre l’ascenseur, compliquant un peu plus leur disponibilité dans les points de vente. L’enjeu est donc est d’exploiter de manière extensive mais prudente toutes les ressources locales, surtout celles de notre zone économique exclusive. Beaucoup ont été dits sur ces ressources nationales, mais aujourd’hui, il s’agit de passer aux actes, car le danger se profile. Même si les autorités mettent en garde contre des comparaisons hâtives, notamment au Sri Lanka dont la dépendance au seul secteur du tourisme a fini par conduire le pays au bord de la rupture de paiements. Il convient de souligner que ce pays est en proie à de graves pénuries de nourriture, de carburant et d’électricité, ainsi qu’à une forte inflation, donnant lieu à de grandes manifestations antigouvernementales.

Dépendance alimentaire

Est-ce qu’un tel extrême, peut-il nous arriver ? Et que faire pour éloigner un tel spectre ? Depuis des années, des économistes et observateurs font ressortir les dangers liés à notre dépendance alimentaire de l’étranger. Certes, les différents gouvernements et le secteur privé ont pris conscience de cette situation et des dangers qu’elle fait courir à notre pays en cas de crise d’approvisionnement mondial. Depuis l’indépendance de Maurice, il existe une filière alimentaire caractérisée entre autres par des fleurons comme les produits laitiers et le poulet. Or aujourd’hui, il est clair que l’offre alimentaire ne suffit pas pour répondre aux attentes d’un pays où la prévalence du diabète et des maladies cardio-vasculaires est parmi les plus élevées au monde. C’est dire que l’enjeu alimentaire nécessite une réponse ‘holistique’ de même que ses canaux de distribution obligent, eux, à la prise en compte des procédés en phase avec le développement des technologies nouvelles de communication, dont la digitale.

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