July 13, 2024
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Opinion

Glorification

A moins d’être de mauvaise foi, il faut reconnaître que Sir Anerood Jugnauth a bien sa contribution dans la construction d’une île Maurice moderne. Tout comme avant lui, Sir Seewoosagur Ramgoolam avait jeté les balises de l’Etat-providence, qui a permis à ce pays de donner tort aux pseudos « experts » Européens qui ne croyaient pas dans le potentiel, humain, et économique, de ce territoire.

Cela dit, faut-il pour autant tout ramener à un tribun, une fois qu’il n’est plus de ce monde ? La décision de changer l’appellation du MCB Square en SAJ Square à Rodrigues a été mal perçue dans l’île, où sera célébré le vingtième anniversaire de l’autonomie. Cependant, s’il est considéré comme « le père de l’autonomie », comment peut-on oublier les contributions de Serge Clair et de Paul Bérenger dans cette avancée ? On verra bien d’ailleurs si le nouveau gouvernement régional invitera ces deux personnes aux festivités officielles !

Pour en revenir à ce qui ressemble fort à un exercice de glorification, le nouveau gouvernement régional, tenant compte de ce qui se dit dans la rue à Rodrigues, a pris soin de donner des noms à des édifices. Un peu pour masquer la polémique autour du SAJ Square, à Port-Mathurin. Ainsi, Johnson Roussety annonce les nouvelles appellations suivantes :

Sir Aneerood Jugnauth Square, Port Mathurin

Jean Daniel André, Camp du roi Stadium

Place de la pétition 1915- Place du quai

Marioleen Spéville GLF Corail Govt school

France Félicité Mont Lubin College

Marie Graziella Genave Anse Quitor Community School

Marie Jean Perrine Road Nassola

Marlon Chevery Football Ground Baladirou

Jean Elvis Pasnin Football Ground Riviere Coco.

Bien entendu, si dès son installation au pouvoir, le Chef-Commissaire avait annoncé ces décisions, on aurait compris que son gouvernement voulait rendre hommage à ceux qui ont fait honneur à Rodrigues.

Mais il est vrai aussi que Daniel André était encore vivant à l’époque. Pourquoi ne pas avoir pensé à lui de son vivant ? Par ailleurs, s’il n’y avait pas eu polémique autour du nom de SAJ, le conseil régional aurait-il vraiment montré sa reconnaissance à ces Rodriguais ?

Sir Anerood Jugnauth aimait Rodrigues, c’est un fait, mais c’est aussi un fait que durant tout son mandat comme Premier ministre, avec un ministère de Rodrigues, il n’avait pu résoudre le problème de l’eau dans l’île. Bien entendu, la configuration de Rodrigues est telle que la rareté de cet élément primordial ne se règle pas en un coup de baguette magique. Mais en vingt ans d’autonomie, le gouvernement central, tant de SAJ que de Navin Ramgoolam, Bérenger n’ayant été Premier ministre que durant deux ans, n’a jamais montré son intérêt à prendre ce problème à bras-le-corps. Que fera Pravind Jugnauth, l’actuel titulaire, aussi responsable de Rodrigues ?

Il ne suffit pas de glorifier à tour de bras. Il faut aussi tenir compte du contexte. Pendant qu’on y est, qui mérite d’accoler son nom à ce qui se construit comme « piste d’atterrissage » et autres infrastructures à Agaléga ? Commettra-t-on encore l’insulte d’ignorer ceux qui ont vécu sur l’île, et y ont pris racine ? Bien entendu, nous ne pouvons être plus royaliste que le roi. Si c’est le nouveau conseil régional qui a pris sur lui pour ce changement d’appellation à ce square, qu’il assume son choix. Sûrement fait pour être dans les bons papiers du gouvernement du jour. Mais est-ce ainsi que Rodrigues doit avancer ? Ou bien, n’est-il pas temps, vingt ans quand même !, pour le gouvernement central de laisser cette île, ce pays !, décider de son propre destin ? Comment pouvons-nous aller réclamer les Chagos aux Britanniques et aux Etats-Unis, alors que nous avons encore une mentalité de colonisateur vis-à-vis de Rodrigues et d’Agaléga ?

C’est pour cela que le Muvman Independantis Rodriguais (MIR) est dans son droit, et dans sa logique, quand il rejette ce changement d’appellation. Faisant partie du pouvoir, le MIR tient cependant à démontrer qu’il veut d’une Rodrigues « lib ».Soit le même vœu qu’avaient les Mauriciens dans les années 60, et qui débouchera sur l’indépendance en 1968.Et parmi les nombreuses réalisations de SSR, l’accès à l’éducation permit à Maurice d’avoir une élite. Qui put réfléchir sur son devenir.

Et en quelque sorte, nous sommes tous les produits de leurs décisions, dont certaines pas toujours bonnes. Mais pour autant, nous faut-il continuer dans l’exercice de glorification ? Ou bien n’est-il pas temps de dire à Rodrigues, et bientôt Agaléga, d’être maîtres de leurs propres destins ?

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