July 24, 2024
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Hommage : Meera Mohun, une vraie mauricienne

La chanson mauricienne perd coup sur coup Carino, Gérard Louise, connu comme l’Al Jarreau local, et maintenant Meera Mohun. Cette dernière peut être considérée comme la première artiste « crossover », quittant l’univers de la chanson en bhojpuri et hindoustani, pour la variété le sega, le maloya. D’ailleurs, elle disait toujours que son « move » fut mal vu, mais elle avait résisté et écouté son cœur.

Et cela a donné des collaborations avec Mario Armel, sur « Jane Chamane », avec Negro Pou Lavi,- Sandra Mayotte, mais surtout avec Dominique Barret, avec « Mon cœur épris ».C’est Gérard Louis, son producteur et aussi ami d’enfance, qui suggéra le nom de Meera à Dominique, qui cherchait à donner un ton « Bollywood » à une de ses chansons. Et le résultat fut un des plus gros succès discographiques dans l’océan indien. Un morceau joué jusqu’à ce jour, et que Meera chantait avec plaisir dans les cabarets d’ici et de l’étranger.

Bruno Malcolm, choriste de Geda Music, qui a chanté sur maints albums de Cassiya, Sandra Mayotte et Gérard Louis, se dit « triste du départ de Meera. C’était une personne très gentille. Et d’ailleurs, je me rappelle qu’elle me disait qu’elle s’occupait de sa mère, qui était elle aussi malade. Mais c’est elle qui est partie. On a fait beaucoup de tournées ensemble. Et Gérard Louis, qui était aussi son producteur, la considérait comme sa sœur. Ils étaient amis d’enfance. Meera toultan ti donn bon konsey. Son départ m’attriste. »

Meera Mohun était une passionnée de la chanson. Reprenant les standards de Lata Mangeshkar et Asha Bronsle, elle devint un nom connu dans le milieu musical, avec les « bands » de l’époque. A 62 ans, elle avait toute la vie devant elle, mais le sort en a décidé autrement. A la rue Bourbon, elle travaillait à la librairie familiale Nalanda, fondée par Bhikramsing Ramlallah. Elle s’était mise à son compte, en ouvrant sa propre librairie à la rue La Corderie. Elle devait ensuite bouger vers les villes-sœurs, à Stanley, en investissant dans une vieille boutique qu’elle transforma en librairie.

Elle voulait venir au plus près des lecteurs des régions défavorisées.

Mais c’est la chanson qui était sa passion première. Et elle ne ratait aucune occasion de prendre un micro. Que ce soit à la MBC, dans des concerts ou dans des tournées à l’étranger. Mario Armel, qui l’a côtoyée pendant longtemps, se dit « sous le choc. C’est terrible. Meera, je l’ai connue depuis les années 70.Je chantais dans le groupe Les Night Birds, mais aussi au sein de l’orchestre Universal, et Meera chantait dans cet orchestre. Et puis, je l’ai perdue de vue. Un jour, un ami est venu à la maison et m’a dit « Mario, pourquoi tu ne ferais pas un duo avec Meera Mohun ? Et c’est comme ça qu’on a fait « Jane chamane », en 2004. C’était bien avant « Mon cœur épris ».Cette chanson se trouvait sur l’album « Fam ki sa lavi la », où ma femme Patricia chantait. Il y avait aussi Reynald Labonté, lui aussi décédé, et moi-même. Dimanche, je rendrai hommage à Meera sur ma page Facebook. »

La députée Sandra Mayotte, qui vient du monde de la chanson, a bien connu la défunte, au travers de leur duo « Ishq ».Et c’est par l’intermédiaire de Gérard Louis qu’elles se sont rencontrées. »J’en étais à mes débuts dans la chanson. Et un jour, Gérard m’a présenté Meera. Il m’a dit qu’elle était sa sœur. En fait, tous deux ont grandi à Tranquebar. Et avaient la même passion pour la musique. Zot ti pe zwe lamizik lor bann bwat konserv ek bann difil nilon ». Sandra dira de Meera qu’elle « était une personne très douce, très calme.Et il y avait la même sensibilité en elle, qui se reflétait dans les chansons qu’elle chantait. Mais elle était aussi très discrète. Même si on a eu nos moments de fous-rires. Car Meera était toujours souriante. »

Quand elle assuma la présidence de la Mauritius Society of Authors, son mandat ne fut pas de tout repos. Et on lui mit des bâtons dans la roue. Qu’à cela ne tienne, elle poursuivait sa route. Gérard Louis, son producteur et ami, encore sous le coup de l’émotion, déclare que « c’est une grande dame de la chanson mauricienne qui est partie. Meera était une très grande personnalité. Et elle chantait tous les styles. Elle est une des rares mauriciennes à avoir chanté avec de grands noms de la musique en Inde et en Europe. Et savez-vous que pas plus tard que lundi dernier, on avait finalisé son projet de rendre hommage à Lata Mangeshkar. Elle avait préparé tout un dossier. Afin que quand elle monterait sur scène, elle allait dire quel était le vrai nom de Lata. Je suis encore en train de réfléchir comment lui rendre hommage. »

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