April 14, 2024
Hennessy Court 3rd floor Sir John Pope Hennessy street Port-Louis
Opinion

Le numéro demandé n’existe pas…

Le gros point faible du combat contre la drogue demeure le fait que l’ADSU n’arrive presque jamais à remonter jusqu’au Boss, celui qui commandite les cargaisons et fournit l’argent nécessaire pour l’acheminement, et la location du bateau, si c’est un transport par voie maritime.

En fait, au fil des années, malgré une évidente amélioration dans le domaine des télécommunications à Maurice, Rodrigues et Agaléga, on s’aperçoit que les enquêtes butent toujours sur un rocher quand il s’agit de remonter la filière. De nos jours, pratiquement chaque Mauricien a un portable. Et à chaque arrestation de dealers et trafiquants, les policiers saisissent des portables qui se trouvaient en leur possession. Mais jamais on n’a su ce qu’a donné le screening de ces appareils.

Comment cela peut-il être possible ? Deux expli- cations : Soit par un tour de magie, les enquêtes s’arrêtent au niveau de ceux arrêtés. Ou bien, des ordres viennent de sphères éthérées pour que ces enquêtes soient stoppées à ce niveau. Ce qui fait que malgré les arrestations spectaculaires, comme dans les cas de Husein Abdool Rahim, qui a mené à l’arrestation des sœurs Oozeerally et de Haider Ruttun, et dans le deuxième cas dans l’arres- tation de cinq personnes, dont Pierre Percy Tuyau, connu des services de police, pour trafic de zamal entre Maurice et la Réunion.

Qui peut faire croire qu’au vu des multiples incartades de ce dernier, l’ADSU n’ait jamais pu faire cracher une adresse ou un numéro de téléphone retrouvé sur son portable ? Au fait, combien de fois ce récidiviste a eu des démêlés avec la police ? Et comment se fait-il que pendant toutes ses arrestations, personne de plus haut que lui n’ait été retracé ?

C’est vrai que la loi du silence existe dans le milieu. Et que souvent ceux arrêtés préfèrent rester muets comme des tombes, plutôt que de faire tomber « Gro Latet ». Mais, si l’humain ne parle pas, de nos jours, les portables sont très bavards. Et en un clic, un bon policier-informaticien peut tout retracer. A quand une question parlemen- taire pour demander au Premier ministre, respon- sable de la police, s’il a demandé au Commissaire de police le pourquoi de ce manquement grave ? Personne ne veut savoir pourquoi on n’arrive jamais à faire parler les portables saisis sur les trafiquants de drogue ?

Est-ce devenue la « norme » que ces appareils ne dévoilent pas leurs secrets ? Cependant, si les enquêtes butent à ce seul niveau, il faut saluer la persévérance des hommes et des femmes de l’ADSU, qui arrivent toujours à coffrer les malfrats. Comme le dit le travailleur social Ally Lazer, il n’y a jamais de pénurie de drogue dure dans notre île, mais au moins l’ADSU fait tout pour que nous n’atteignions le point de non-retour. Mais, ils devraient corriger cette seule faiblesse de leur unité : le mystère des portables qui ne parlent pas !

Et le comble dans ce mystère, jamais on n’a entendu dire que « confrontés aux portables retrouvés sur eux, les suspects ont nié que ces appareils leur appartiennent. ».

Et donc, tous les portables saisis sont bien à ces personnes. Il suffirait alors d’avoir l’ordre d’un Juge ou d’un magistrat, pour que les compagnies de téléphonie donnent toutes les informations sur les appels sortants et entrants sur ces portables. Et on aurait su avec qui ces trafiquants étaient en contact. J’ai beau chercher, je n’ai jamais vu quelque enquête menant à cela. Comme si les Judge’s Orders n’existaient pas, ou n’avaient aucune valeur ?

Si le pays perd autant son combat contre la drogue, c’est donc à cause de ce point faible. Et si on y ajoute les instances qui doivent combattre la corruption et le blanchiment d’argent, pas toujours actives dans les cas de drogue, on mesure que tout reste à faire. Rappelez-vous du cas de cette personne arrêté avec une cargaison de « ti papie ». Il est traduit en Cour, et un magistrat/Juge met des scellés/saisie sur ses biens. Il est pourtant arrivé à vendre un terrain. Et cerise sur le gâteux, le notaire qui a avalisé la transaction est introu- vable !

Aux dernières nouvelles, on dit que l’Ordre des notaires enquête. Là encore, on va nous faire croire que ce notaire n’a jamais été appelé par la personne, ou l’a appelé. Et qu’il suffirait que la police probe les numéros de téléphone qui se trouvaient sur l’appareil de cette personne, et comparer avec les numéros des notaires ? Ce serait comme chercher une aiguille dans une botte de foin ? Mais justement, le combat contre la drogue n’est en rien similaire aux autres luttes. Il y a un autre paradigme à ce niveau. Et donc la police aurait dû réagir en conséquence.

C’est pour cela que quand on entend les gens du pouvoir, et ceux qui veulent les remplacer, nous parler « de combat acharné contre le trafic de drogue », nous restons dubitatifs. Car, on sait que leur volonté s’arrête jusqu’aux portables. Et ne vont pas plus loin. Comme si la douce voix dans le téléphone persiste à leur dire : »Le numéro que vous avez demandé n’existe pas ! »

Sedley Assonne

Leave a Reply

Your email address will not be published.