May 20, 2024
Hennessy Court 3rd floor Sir John Pope Hennessy street Port-Louis
Opinion

Le visage du renoncement matériel

Le gagnant du ticket du Loto, valant Rs 100 millions, a soutenu, dans une déclaration à la presse qu’il va « aider ceux qui sont dans le besoin. ».On ne doute pas de sa sincérité, mais comme personne ne le connaît (il a tenu à garder l’anonymat), il sera difficile de savoir s’il aidera vraiment les nécessiteux.

A charge d’ailleurs pour la presse de savoir si elle compte toujours répercuter de telles déclarations. Comme celle de lauréats (ce sera la saison bientôt!) disant qu’ils veulent devenir Premier ministre, ministre des Finances, ou whatever, et qui disparaissent ensuite dans la nature, ne revenant plus jamais dans le pays qui les a aidés pour leurs études tertiaires !

Cela dit, au moment où les gourmands de Davos se regroupaient pour parler de l’économie du monde, dont ils détiennent les clés économiques, en Inde la jeune Devanshi Sanghvi, héritière d’une famille opérant dans la joaillerie, a préféré renoncer aux 63 millions de dollars qui allaient lui revenir. Pour devenir nonne au sein de la communauté des Jain. La presse ne dit pas ce qu’en pense Mukesh Ambani, l’homme le plus riche de l’Inde, avec une fortune estimée à 40 milliards de dollars.

Mais toujours est-il que cette fillette de huit ans incarne désormais le visage du renoncement matériel. Car, au fil du temps, c’était plutôt des adultes qui prenaient la lourde décision de se débarrasser des chaînes du matérialisme. Mais Sanghvi le fait dès son jeune, et en toute connaissance de cause. Bien entendu, les uns ont dit que « cela lui passera quand elle grandira », tandis que d’autres ont salué sa décision. Mais toujours est-il que sa famille a respecté ce choix, tout en gardant son héritage au chaud.

Tout cela arrive au moment où l’humain reste encore cupide, prêt à tout pour démultiplier son argent. Et qu’importe si son prochain croule sous la misère, lui doit sans cesse s’enrichir. Et c’est ainsi que l’on apprend que les uns attendent beaucoup des exercices d’appels d’offres, tandis que les autres trouvent moyen de gonfler leurs poches, le temps d’un mandat politique. Cela se passe sous toutes les latitudes.

Alors, l’argent le vrai maître du monde ? A voir comment beaucoup se battent pour en avoir, et en garder le plus possible !, on aura donc peine à comprendre l’acte de la petite Devanshi. Qui a fait le choix d’un simple sari blanc, de marcher pieds nus et d’aller frapper aux portes pour avoir l’aumône. Tel est le quotidien des Jains, une religion comptant 2500 ans d’existence, et figurant parmi les plus anciennes du monde. Ils sont 4.5 millions de Jains, en Inde.

Devanshi, deuxième fille de Dhanesh et Ami Sanghvi, richissimes joailliers Indiens, qui ont pignon sur rue en Europe, figure parmi les rares enfants qui ont fait ce choix du renoncement. Elle a pris le « diksha »,le vœu de renoncement, dans l’Etat du Gujarat, dans la cité de Surat. Et ce qui est encore plus « miraculeux » dans cet acte, c’est que ses parents n’ont pas découragé leur enfant dans sa quête spirituelle. Ce n’est pas comme dans certains pays, où les enfants sont programmés coûte que coûte à réussir. Afin de devenir « quelqu’un » dans la vie !

Au fait, ne sommes-nous pas la « Little India » ? Pourquoi ceux qui s’en réclament n’ont pas parlé de Devanshi ici ? Cela dérangerait leur mode de pensée et leurs actes illicites ! Savent-ils par exemple qu’un Jain doit faire attention où il met les pieds ? Afin de ne pas écraser la fourmi qui marche ? Admirable, n’est-ce pas ? N’est-ce pas là le vrai respect de la vie, humaine et animale ? Quand on voit comment chiens et chats sont abandonnés, comment les chauves-souris sont massacrés, et des jardins bulldozés, on sait alors que ce n’est pas dans « Little India » que certains quitteront leur confort pour aller défendre des fourmis !

En son temps, le père Henri Souchon envoyait des jeunes faire leurs « études » aux côtés des clochards et des sans-abris. Malheureusement pour lui, son école de pensée n’a pas fait recette. Et veille de pluies ou pas, les enfants doivent bien aller à l’école. Où il ne faudra surtout pas leur parler d’une certaine Devanshi. Des fois que ça donnerait des idées de renoncement matériel aux gosses nés avec une cuillère d’argent dans leurs bouches !

Leave a Reply

Your email address will not be published.