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Paul Bérenger se sent si fort ces derniers temps depuis son meeting de Bar Chacha qu’il se répand en critiques acerbes, jusqu’à aller en imprécations contre non seulement les autres politiques, mais aussi des personnalités n’épousant pas ses convictions et adhérant à celles de ses opposants. On savait qu’il était devenu plus opportuniste qu’idéologue et que bon nombre de ses résolutions s’étaient évaporées dans la pratique d’un « bérengisme » arrogant. On connaissait aussi l’état d’esprit du leader du MMM, ponctué par le credo «Je me suffis à moi-même », mais, de là à penser qu’il s’enorgueillirait de cette stature de sainte-nitouche et prendrait ceux qui ne sont pas du même bord que lui pour des moins que rien, les diabolisant dans certains cas, cela relève d’un écervelé, d’un outrecuidant.

Bérenger sait mieux que nous qu’en politique, les vertus sont si rares qu’elles cachent d’innombrables vices. Certes, les scandales et les petits arrangements entre amis, le protectionnisme, les rétro-commissions, tous les régimes en ont connu. Il s’est toujours permis autant à absoudre qu’a amener les bons militants à s’accommoder de son niveau de discrètes transgressions. Le décalage est devenu flagrant entre les avantages de l’île Maurice d’en haut, dont font partie les responsables politiques, et les souffrances de l’île Maurice d’en bas. Le fait est qu’on ne juge plus un homme politique seulement sur ses idées et son action, mais aussi sur sa constance, sa transparence et sa modestie, personne ne peut se poser en parfait politique et prétendre avoir les mains propres et la tête haute. À l’heure des médias sociaux et de l’information en boucle, les Mauriciens ne sont plus si naïfs que ça pour avaler les couleuvres aussi facilement.

Bérenger a été au pouvoir pendant un peu plus de 100 mois durant ses 50 ans de carrière. Si l’on ne lui tient pas rigueur (ses ministres avec) d’avoir arrondi son patrimoine ou vécu une vie aisée légitimement de ses bénéfices de Premier ministre, de vice-Premier ministre, il y a quand même des histoires qui collent à sa peau comme un sparadrap doré. Qui a oublié la vente des hôtels La Pirogue au groupe sud-africain « Sun International », qui le contraignit à faire face à un puissant tir de barrage ?

Sous un autre ordre d’idées, on se rappellera qu’à chaque fois qu’il fit partie du gouvernement il n’hésita pas à agiter son chiffon rouge. Non seulement, il assuma sa politique, mais la revendiqua aussi. Si 1982, il provoqua la colère de l’opinion publique en les paniquant avec son fameux « bizin prêt pour mange patate et manioc » ; en 2000 il lança l’alerte d’urgence économique. Tout cela était économiquement absurde, socialement injuste et politiquement suicidaire.

Les Mauriciens attendent toujours que le gouvernement, qui leur demande de se serrer la ceinture, se montre exemplaire, voire « irréprochable » en matière d’intégrité, de train de vie et de morale. Or, aucun signe d’exemple de sacrifice (en premier) venant d’en haut ne fut noté. Ses déclarations très controversées, à partir d’une conception, qui n’avait d’ailleurs de théorie que le nom, étaient le fruit de simples réflexions politiques et non des travaux d’économistes.

C’est pourquoi on comprend mal l’incroyable cécité politique de PB, qui le conduisit à commettre des faux-pas pareils dans d’autres situations. Là, nous retiendrons sa réaction lors de la grève des employées d’usine, insultant ces dernières (bousculées par la Special Mobile Force) par ses propos « SMF pa la pou donne biberon ».

Il a beau s’en défendre, Paul Bérenger était bel et bien conscient que son acceptation du chèque de RS 10 millions de Dawood Rawat & Co. s’inscrit dans un geste généreux (mais calculé en vue d’un intérêt) qui passe mal. Affirmer que ce fut une erreur ne suffit pas, encore moins convainc-t-il. Il ne fera croire à personne que dans le passé il n’a pas profité de telles largesses, avec d’autres bailleurs de fonds. Pourquoi diable prendre un tel risque ; alors qu’il est au courant qu’il y a beaucoup de gens qui réussissent de façon sale et frauduleuse dans les affaires qu’ils gèrent.

À chaque fois, en campagne électorale et au pouvoir, PB nous promet une « gestion irréprochable ». La suite, on la connaît, malgré le fait d’admettre qu’il soit moindre : les ministres qui voyageaient à grand frais ou qui se font payer des services par la République, des offres de prébendes, des conflits d’intérêts.

Faudrait-il conclure (pour appuyer nos dires) en nous interrogeant sur un évènement associé à une manœuvre pour sauver un des leurs? Pourquoi ce branle-bas de combat après les élections de 2000 et qui aboutit à l’arrêt de mort de l’« Economic Crime Office » ?

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