December 1, 2023
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Opinion

Les raves parties : une face cachée de la
culture occidentale

Cette semaine a été marquée par la descente de la Special Striking Team dans une Rave Party à Triolet où de la drogue a été saisie et plusieurs personnes, surtout des jeunes, placées en état d’arrestation. Ce n’est pas la première fois que des Rave Parties sont organisées à Maurice, mais dans le passé, ces fêtes où la musique techno et la consommation de drogue – la gandia à Maurice -, font de pair, étaient le fait de certains jeunes issus de la bourgeoisie patrimoniale sur leurs terres. Il est important de souligner que ces fêtes cherchaient à maintenir un certain équilibre à l’époque, les jeunes qui y participaient n’étaient pas tous des consommateurs de ‘gandia’. Depuis, les Rave Parties se sont ouvertes à toutes les communautés et les individus qui y participent sont de nouveaux riches, ayant réussi dans les affaires, ou des professionnels issus des professions libérales

Nature clandestine

Dans toute Rave Party digne de ce nom, l’usage de drogues est inclus, car c’est une composante essentielle de cette fête clandestine où la clientèle est désormais constituée d’amis sur WhatsApp. Il y a deux choses à savoir sur ce type de fête : à quoi correspond-elle et qui sont ses clients… La Rave Party est une fête qui a pour but de laisser libre cours à la liberté et à l’extase. Dans cette optique, les boissons alcoolisées et les substances illicites jouent un rôle, mais il est inexact de prétendre que des agressions sexuelles y sont commises. Les participants sont des individus qui se connaissent, sauf lorsqu’il y a parmi eux des individus non invités et des femmes qui ont été payées pour « animer » la fête. Dans ce cas, ce sont souvent des filles qui, elles-aussi, ont l’habitude de ce genre de fêtes – organisées dans certains hôtels avec la même discrétion et le même profil de clientèle triée sur le volet – donc conscientes des risques auxquels elles s’exposent lorsque les alcools et les drogues atteignent des consommations hors-normes. Dans les années 50, à Londres, les ‘rave parties’ faisaient partie de la sous-culture d’une jeunesse bohème qui voulait faire la fêter dans une liesse à n’en pas finir. C’étaient des fêtes qui exprimaient une réponse à la société de consommation industrielle, à l’individualisme et à une certaine forme de puritanisme.

Techno-hard

Mais depuis les années 90 au moment où apparaît la techno-hard et le triomphe des DJ, mais aussi des sonorisations très perfectionnées, les Rave Parties sont devenues des activités festives organisées par des jeunes issues des classes sociales urbaines et aisées. On peut observer des groupes qui se distinguent par leur cohésion de classe et qui rejettent toute interaction avec des individus qui ne partagent pas leurs codes sociaux. Autrefois, les jeunes issus de la bourgeoisie patrimoniale étaient concernés par cette situation. Il convient d’ajouter que ces mêmes personnes, aujourd’hui, souhaitent se différencier en tournant le dos aux pratiques culturelles locales qu’ils estiment ‘vieillottes’ et’ ringard ‘. En participant à des Rave Parties, ils ont le sentiment d’être un cran au-dessus du Mauricien ‘ringard’ et de s’inscrire dans un courant occidental avant-gardiste, jeune et moderne où on parle sur un ton extatique d’intelligence artificielle, d’algorithme ou encore de finance internationale…

Influence occidentale

Dans le passé, la jeunesse mauricienne avait déjà été confrontée à une influence occidentale, à la fois politique et culturelle, de différentes manières. Cela est dû à notre héritage colonial, comme c’est le cas dans de nombreux endroits à travers le monde. Dans les années 70, la jeunesse urbaine mauricienne se prenait déjà pour les étudiants de Mai-68, puis presqu’au même moment, le mouvement hippie envahissait la planète, des jeunes issus des bourgeoisies occidentales et surtout américaines opposant le mantra ‘peace and love’ au poing levé des membres des Panthères Noires des États-Unis et des jeunes marxistes-léninistes de Paris, Milan et Londres. Les jeunes de l’île Maurice n’ont jamais été indifférents à leur génération, d’ailleurs, à cette époque. Les Américains, ne faisaient-ils pas la guerre aux Vietnamiens et à tous ceux qui refusaient qu’ils imposent leur idéologie au monde ?

Vierges effarouchées

Aussi, aujourd’hui, ne faut-il pas venir pousser des cris de vierges effarouchées à l’idée d’apprendre que des jeunes cadres et autres professionnels fliqués et en mal de sensations fortes se trémoussent sur fond de techno et amphétamines dans les fouilles. Nous avons tellement mis en première place comme seuls symboles et incarnation de la réussite les berlines allemandes, les sorties en restaurant, les professions libérales que nous avons oublié que celles-ci pouvaient aussi comporter leur face sombre lorsqu’elles poussaient à l’extrême cette ascension sociale.

Faut-il pour autant jeter le bébé avec le bain ? Peut-on en 2023 imaginer une soirée festive entre jeunes sans consommation d’alcools et de drogues, fussent-elles soft ou hard ? Dans les années 70, 80, des jeunes issus des milieux bourgeois et endoctrinés aux idéologies révolutionnaires ‘occidentales ‘pouvaient s’en dépouiller au retour des études universitaires à l’étranger avant de retrouver en toute logique leur famille idéologique. En 2023, le système éducatif a permis l’ascension sociale au sein des classes modestes et pour certains des nouveaux ‘promus’, il faut un marqueur social codé pour confirmer pleinement cette nouvelle identité. Sans doute, dans quelques années, les Rave Parties de leur jeunesse auront disparu chez ces mêmes jeunes pour laisser la place à des responsabilités sociales classiques telle que la famille et les enfants, car on ne reste pas éternellement fêtard, mais il faudra qu’on se fasse à l’idée à l’île Maurice – où on célèbre le touriste sans se rendre qu’il est aussi d’une certaine culture -, que nous sommes bien partie prenante dans le grand village global et de toutes ses formes d’acculturation.

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