December 3, 2022
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Opinion

Margaret Astor

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Navin Ramgoolam souhaite la présence d’observateurs étrangers pour les prochaines élections. Il l’a dit lors du rassemblement de son parti, en hommage à son père, à Belle Rive, dimanche dernier. S’il est vrai que c’est son droit d’avoir des appréhensions quant à l’organisation entourant les élections à Maurice, il était pourtant bien placé, de 1995 à 2000,et de 2005 à 2014,pour changer ce système.

A l’époque, bien installé dans le fauteuil de Premier ministre, Ramgoolam n’a pensé qu’à garder le pouvoir. Croyant, comme tous ceux qui l’ont précédé, que le pouvoir est éternel. Or, s’il avait fait comme Paul Bérenger en 1982, qui s’était assuré que les élections se tiennent chaque cinq ans, Ramgoolam serait rentré dans l’histoire. Mais comme Sir Anerood Jugnauth avant lui, il ne fut intéressé qu’à jouir du pouvoir, et non de transformer un système, qui arrange dans le court terme, mais qui, à la longue, depuis 1968 donc !, est devenu obsolète !

Le présent système d’organisation des élections à Maurice n’a pas vraiment besoin d’observateurs étrangers. Même si leur présence est la bienvenue ici. Mais ce qu’il faut changer, ce sont les pouvoirs qui sont entre les mains du Premier ministre, et dont a joui Navin Ramgoolam en son temps. Et parmi ces pouvoirs, celui de décider de la date des élections. Comme si lors d’une course à pied, ce serait le dictateur joyeusement incarné par Sacha Baron Cohen qui donnerait le signal de départ, après avoir distancé ses adversaires de plusieurs mètres. Et tirant sur eux s’ils s’avisaient de le dépasser !

Normalement, c’est la Commission Electorale qui aurait dû avoir ce pouvoir. Mais il ne lui fut jamais permis de le faire. Ce qui donna d’ailleurs la possibilité au régime Ptr/PMSD de l’époque de renvoyer les élections, qui devaient se tenir en 1972.Aujourd’hui, même avec la présence d’observateurs étrangers durant une élection, ils seraient bien en peine de savoir si ces élections sont « truquées ».Car, la Commission Electorale opère sous les ordres du bureau du Premier ministre, notamment dans le choix des fonctionnaires qui vont participer à ces élections.

Bref, tant que la Commission Electorale n’agira pas comme un corps indépendant, qui aurait à sa disposition ses propres employés, disons une centaine, pour le côté administratif, et qui aurait aussi pouvoir d’user de son propre service de sécurité, tant pour l’impression des bulletins, que pour le transport et la surveillance des urnes, les élections seront toujours organisées sous tutelle gouvernementale. D’ailleurs, et cela se perpétue encore, on voit toujours un gouvernement sortant, avec son Premier ministre et son Cabinet, être traités comme faisant toujours partie du gouvernement, alors qu’ils auraient dû être traités comme n’importe quel autre candidat.

D’ailleurs, même maintenant, la frontière entre poste gouvernemental et partisan reste flou. SSR, SAJ et Navin Ramgoolam l’ont fait, et Pravind Jugnauth aussi en profite. Quand il se rend au Sun Trust, comme leader de son parti, ses gardes du corps sont là. Alors qu’ils sont payés, des fonds publics !, pour épauler un Premier ministre, et non un leader de parti. Ce sont toutes ces choses qu’il faut changer. Pour qu’il y ait égalité entre candidats aux prochaines élections. Alors, au lieu d’appeler à la présence d’observateurs étrangers, juste pour épater ses partisans à Kewal Nagar, Navin Ramgoolam aurait dû avoir l’honnêteté de reconnaître qu’il a été dans l’erreur en ne revoyant pas les pouvoirs du Premier ministre, et en poussant à une refonte du système électoral. C’est très bien de parler de « rupture », mais tant que cela ne sera pas suivi d’actions concrètes et tangibles, tout ce que proposera Navin Ramgoolam ne sera que du cosmétique. Donnant ainsi raison à Roshi Bhadain. Qui clame que juste changer de tête au bureau du Premier ministre ne changerait rien.

Ce qu’il faut pour une vraie rupture, notamment dans l’organisation des élections, c’est donner sa pleine indépendance à la Commission Electorale. Pour la débarrasser de la pesanteur du bureau du Premier ministre. Tant que cela ne devienne pas réalité, quoi que puisse dire Navin Ramgoolam, ce sera toujours du Margaret Astor sur la face hideuse de notre système électoral. Dont le fonds de teint ne masque plus les rides qui handicapent le bon déroulement des élections à Maurice !

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