April 13, 2024
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Politique

Patrick Belcourt : “Je ne fais aucun cadeau au Premier ministre !”

Petit à petit, En Avant Moris fait son petit bonhomme de chemin sur la scène politique locale. L’occasion de nous entretenir avec son leader Patrick Belcourt. Il nous en dit plus sur le parcours de son parti, et sa vision pour les villes et le pays.

Où en est En Avant Moris (EAM) depuis sa création ?

 En Avant Moris a fait du chemin, pour devenir un parti qui a montré la voie du développement intégré pour les collectivités locales et qui poursuit son chemin au plan national alors que les élections municipales ont été  renvoyées aux calendes grecques. Notre manifeste pour Beau-Bassin/Rose-Hill a clairement fait comprendre que nous étions à même de sortir une collectivité « de l’abandon à l’abondance ». Et je pense que cela a ébranlé les grosses formations politiques qui ont pris nos villes et villages en otage plutôt que de les affranchir afin qu’ils puissent contribuer au développement du pays.

Ce que cela a montré aussi, c’est que nous sommes parvenus à mobiliser la volonté populaire de deux territoires que se disputaient le MMM et le MSM. Il y a peu, M. Bérenger insinuait que ma candidature au No 19 avait favorisé l’élection de M. Collendaveloo. Il s’est calmé quand j’ai fait comprendre que c’est grâce à EAM que BB/RH  n’est pas devenu un bastion du MSM.

Donc, voilà où en est EAM concrètement : nous avons une assise solide au No 19, nous travaillons assidûment pour avoir cette même position dominante au No 20. Nous entamons des manœuvres dans d’autres circonscriptions puisqu’il y a des demandes de la part de regroupements dans d’autres régions qui voudraient adopter notre démarche. EAM n’est pas dans la logique de présenter 60 candidats aux élections législatives. Nous serons dans quelques circonscriptions spécifiques où la population est favorable à notre approche.

 Les élections sont « derrière la porte » comme on dit. EAM fera-t-il cavalier seul ou restera en alliance avec Reform Party?

 Nous sommes en alliance avec le Reform Party. C’est une alliance qui correspond à notre vision d’une collaboration car nous nous attachons à ce que nous devons proposer à la population. Nous avons présenté notre manifeste pour BB/RH et le Reform Party a présenté son ensemble de mesures. Nous disposions ainsi d’une bonne base pour collaborer. Notre partenaire, ainsi que la population, savent que nous sommes en train de travailler sur notre propre programme au plan national. Nous tenons à notre spécificité. Travailler ensemble ne signifie pas se fondre l’un dans l’autre.

 A un moment, « on » disait que vous « rouliez » pour le MSM. D’où venait cette perception ? Y-a-t-il du vrai dedans ?

A l’école on m’a appris que “on” est un pronom menteur. En fait, vous me demandez de commenter une prétendue perception qui serait celle de personnes qui ont besoin de s’abriter derrière l’anonymat que vous leur procurez. N’est-ce pas ainsi que l’on alimente la rumeur? D’autant plus que tous vos confrères publient régulièrement des articles et des tribunes où je ne fais aucun cadeau au PM et aux membres de son gouvernement. Qui a dit que le PM était incapable de réagir en chef d’Etat après le jugement du Privy Council? C’est Patrick Belcourt. Qui a remis en cause la nomination d’un conseiller étranger pour la sécurité nationale ? C’est encore Patrick Belcourt. Qui a dit que le Premier ministre ne devrait pas être omnipotent et décider seul de qui peut rester sur le territoire et qui doit s’en aller ? C’est toujours Patrick Belcourt. La liste peut être bien plus longue, mais je pense qu’elle est suffisante pour démontrer que ces rumeurs sont sans fondement. Par contre, puisque vous connaissez ceux qui font circuler cette rumeur, je vous encourage à faire votre travail de journaliste. Puisqu’il s’agit d’une fausseté, ce serait bien d’avoir des informations sur ceux qui font circuler cette rumeur.

 On vous prête l’intention de poser au No 19. Pourquoi cette circonscription ?

 Je serais candidat au No 19, cela tout le monde le sait. Ce n’est un secret pour personne depuis 2020 ! Après les législatives de 2019, j’ai dit publiquement que j’allais honorer la confiance de ceux qui avaient voté pour moi au No 19 et que j’allais animer pour eux l’opposition extra-parlementaire. Tout ceci est vérifiable, vos confrères l’ont publié. Je suis bien à l’origine de cette expression et je l’assume totalement et avec fierté. Toute la circonscription du No 19 se réjouit du fait que j’aie tenu parole et mieux encore, que je ne sois plus seul mais à la tête d’une formation politique. Le No 19 est la circonscription avec une densité de population très élevée et avec une concentration de logements sociaux. Malgré toute la misère qui s’y trouve, nous sommes riches de notre démarche volontariste avec la population. Le No 19, c’est la seule circonscription qui connait déjà son trio de candidats « En Avant Moris ». Ryad Subratty et Sharven Cuttaree sont mes colistiers et ils labourent le terrain avec une énergie sans pareille. Je l’ai déjà dit, j’ai beaucoup de respect pour Paul Bérenger, mais les électeurs du No 19 lui en veulent trop.

Mais, pourquoi se focaliser sur le No 19 seulement. Nous avons pu garder le MSM hors du No 20 aussi et il me semble que Rajesh Bhagwan est sensible à ce combat que nos membres ont mené valeureusement. Contrairement à Paul Bérenger qui, à force de se fier à Deven Nagalingum est devenu un député par procuration au No 19, Rajesh Bhagwan est un député qui a un ancrage extraordinaire au No 20. Nous sommes déterminés à le vaincre, et je lui donne l’assurance que nous le combattrons loyalement. C’est sa dernière joute électorale. Pour Bérenger, j’aurais souhaité pouvoir en dire autant, mais les ressentiments des électeurs de la circonscription à son égard sont terribles. C’est triste, mais certains hommes politiques scellent leur destin dans des confrontations inutiles.

 Quelle est votre vision pour Maurice, disons pour les 5 prochaines années ?

 C’est la vision d’une situation catastrophique. Je viens de l’univers bancaire et ma vision pour les prochains cinq ans est celle de la dette. Qu’il faut repayer alors que le pays importe tout et ne produit presque rien désormais. Nous savons que les réserves sont épuisées et les gens qui doivent faire des emprunts comprennent très bien ce que cela signifie quand votre banquier vous réclame une garantie pour sécuriser cet emprunt. Ceux qui n’en ont pas finissent chez l’usurier qui les saigne  à blanc ainsi que leur famille. Pour un pays c’est pareil. Les institutions habituelles ne vont pas s’engager et le ministre des Finances va solliciter des fonds privés et ceux qui vont compromettre votre souveraineté, comme c’est déjà le cas.  

Votre journal nous livre régulièrement le récit de la générosité de votre fondateur. Ça peut émouvoir certaines personnes, mais je vous le dis très honnêtement, je n’aime pas ce type de charité. Parce que cela contribue à nier les causes profondes de la pauvreté qui sont d’ordre systémique. En d’autres mots, nous avons un système qui produit de la pauvreté et qui favorisent d’autres qui s’adonnent à la charité. Ce n’est pas mon école. Le mien est celui de l’entraide en vue du développement des personnes et du pays.

Savez-vous que l’ONG Foodwise distribue plus de 2000 repas quotidiennement ? Et elle n’est pas la seule organisation qui essaie de faire en sorte que les gens, et les enfants en particulier, puissent faire au moins un repas par jour. C’est catastrophique parce que même les grosses formations politiques exploitent cette situation en appâtant les gens avec du briani pour qu’ils aillent aux meetings.

Je ne ferais pas partie des marchands de rêves lors de la prochaine campagne électorale. Je sais que je vais me battre contre ceux qui en vendent à la population et c’est un combat qui va durer plus de cinq ans. 

Propos recueillis par Sedley Assonne

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