May 22, 2024
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Politique: Bhadain le gâte-sauce de l’opposition

Les Mauriciens qui souhaitent le départ du gouvernement, et ils sont nombreux, appellent de tous leurs vœux l’unification des forces de l’opposition. Un souhait tout à fait compréhensible et qui logiquement devrait être aussi celui de tous les partis d’opposition. C’est le minimum qu’on peut attendre de ceux qui aspirent à accéder au pouvoir. Or, cela ne semble pas être le cas à voir le comportement de certains. Roshi Bhadain, en premier pour ne pas le citer.
Si au Parti Travailliste, au MMM et au PMSD l’on a bien compris que c’est une condition sine qua non pour affronter la puissante machine de guerre du MSM, au sein des partis extra-parlementaires on fait montre d’une grande naïveté en croyant, ou plutôt en espérant, que seul le mécontentement populaire suffira pour faire partir le gouvernement. C’est vrai que la concrétisation de l’alliance rouge-mauve-bleu n’a pas encore suscité beaucoup d’enthousiasme au sein de la population et que les dirigeants de ces trois partis auront un gros travail à abattre pour rassurer l’électorat quant à leur capacité de s’entendre et de travailler ensemble dans la durée. A ce jour, seuls les partisans de ces trois partis y trouvent leur compte. Concernés par d’autres préoccupations, notamment la hausse continue du coût de la vie, les Mauriciens assistent impassibles et méfiants à ce jeu d’alliance.
Le temps des compromis
Quoi qu’il en soit, la concrétisation de l’alliance PTr-MMM-PMSD a le mérite de baliser le champ d’action des uns et des autres et de clarifier le débat. Qu’on le veuille ou non, cette alliance finira, tôt ou tard, par créer une dynamique au fur et à mesure qu’approchera la campagne électorale. Il ne saurait en être autrement puisque le PTr, le MMM et le PMSD ne peuvent être plus impopulaires qu’en 2019. Ils sont donc condamnés à remonter la pente pour gagner la confiance de l’électorat. Et quid des autres ?
Rezistans ek Alternative a compris la nécessité d’un regroupement des forces de l’opposition pour faire partir le gouvernement et ne semble pas être insensible à l’appel du pied du trio Ramgoolam-Bérenger-Duval. Bruneau Laurette de One Moris et Dev Sunassee de Linion Pep Morisien ont laissé entendre, lors d’une émission politique sur une radio privée, que les partis d’opposition n’ont d’autre option que de se regrouper et que le moment est sans doute venu de faire des compromis. Nando Bodha, qui s’est accroché aux basques de Rama Valayden, se contentera de suivre.
Les casseroles de Bhadain
Quant à l’inénarrable Bhadain, son attitude est telle que les journaux commencent à se demander pourquoi il fait le jeu de Pravind Jugnauth en divisant l’opposition. Il vient de montrer, lors de son dernier congrès, son manque de perspicacité politique. Il n’a pas encore compris que faire cavalier seul relève du suicide politique. Comme la grenouille de La Fontaine qui voulait se faire aussi gros que le bœuf, il continue de jouer au matamore. En sus d’irriter plus d’un avec son slogan «Ni Pravind, ni Navin» il a l’outrecuidance de prétendre au poste de Premier ministre et ose dire qu’il occupera ce poste pour la moitié du salaire qui y est attaché. Décidément Bhadain se met le doigt dans l’œil jusqu’au coude.
Le trio Ramgoolam-Bérenger-Duval, contre qui il s’acharne, ne manquera certainement pas de lui rabattre le caquet, le moment venu, en lui rappelant les fantômes cachés dans son placard, du temps où il était ministre des Services financiers dans le gouvernement de sir Anerood Jugnauth. On peut citer, entre autres, sa participation dans la fermeture du groupe BAI, son rôle dans l’affaire Betamax, qui a coûté quatre milliards de roupies aux caisses de l’Etat, le flop du projet Heritage City qui a englouti plusieurs millions de roupies en termes d’honoraires pour des consultants, dont on ignore l’existence, et sa participation au complot dans l’affaire Dufry visant à anéantir politiquement Navin Ramgoolam. C’est dire si le leader du Reform Party traîne, lui aussi des casseroles.
Ses adversaires mettront également en exergue ses deux revers électoraux successifs. D’abord à l’élection partielle de Quatre Bornes, qu’il croyait être son fief, en décembre 2017, se classant troisième avec seulement 12,8% du nombre de voix exprimés se faisant même devancer par Nita Juddoo, une illustre inconnue. Puis à Beau Bassin lors des dernières élections générales, se faisant battre à plate couture en se classant à une piteuse huitième place ne récoltant que 21,6% des voix exprimés.
La naïveté politique Bhadain le pousse à se vanter de recueillir de nombreux «likes» pour tous les commentaires et critiques qu’il publie sur son compte Facebook. Les réseaux sociaux aident certes à communiquer avec les électeurs mais les «likes» ne se traduisent pas nécessairement en succès électoral. Sir Anerood Jugnauth, qui avait le sens de la formule, disait souvent à propos des banderoles et autres décorations de ses adversaires que ce ne sont pas les oriflammes qui votent.
Il est temps de demander au leader du Reform Party quelle est sa base électorale et ce que représente son parti dans certaines régions précises car pour être Premier ministre encore faut-il remporter 31 sièges lors des prochaines législatives. A ce jour il est difficile, voire impossible, de dire quelles sont les circonscriptions où il pourra faire élire 31 candidats. Autant dire que Bhadain rêve les yeux ouverts. Valeur du jour seul le groupuscule En Avant Moris de Patrick Belcourt lui fait confiance. Les autres se méfient de lui comme de la peste. Bhadain est ce qu’il convient d’appeler le gâte-sauce de l’opposition.

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